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27.02.2007

Impers et chapeaux

Retrouver la Place de Clichy au soir tombant, trainer en cherchant l’authenticité des lieux, le Paname d’autrefois, celui des années trente, des paquets de cigarettes Balto avec une caravelle toutes voiles dehors sur le paquet. Tenter de retrouver le Paris en noir et blanc des films où les hommes portaient impers et chapeaux.
Que reste-t-il ?
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Des kiosques à journaux qui luttent contre la concurrence des caddies remplis de quotidiens gratuits, un café désert entre deux établissements franchisés aux néons tapageurs, la bouche du métro signalée par le lettrage art déco, la statue des hommes vaillants qui bombent fièrement un torse dont on devine ça et là le vert de gris sous l’épaisse couche noircie, le tissu rouge au liseré d’or de la terrasse de la brasserie Wepler qui claque au vent ?

Les parisiens pressent le pas quand les étrangers musardent, prennent le temps de rechercher le regard des femmes qui les ignorent. Il est tard à présent et les professionnels ont laissé tomber la cravate, ils déambulent en groupe, partagés entre la liberté que leur inspire le lieu et la sage convenance de leurs relations dont ils tentent de masquer la médiocrité en riant grassement aux vannes avinées de leurs collègues.

Les cinéphiles attendent l’heure de la prochaine séance en évitant de croiser le regard des quémandeurs qui profitent de leur immobilité pour leur soutirer un peu de monnaie ou une cigarette. Ils les implorent le regard éteint et la voix lasse, sans trop y croire.
Et toujours ce flot incessant de passants, des hommes, quelques femmes, de rares couples, pas d’enfants.

Des oreillettes de mon casque, un jazz noir et blanc distille ses notes bleues. J’aperçois à travers une vitre, une femme au visage marqué par les galères et la rue, fatigué de la vie. Elle fixe le vide en fumant une cigarette. Devant elle, la viande de son kebab s’est échappée des deux tranches de pain et refroidie à même la table sale en formica. J’aurai aimé qu’elle me raconte son histoire mais ne fais rien pour cela. Alors, je lui invente un passé et imagine notre discussion, le cendrier plein entre nous et la peur que ressurgisse à l’évocation de ses souvenirs la folie furieuse que je devine à peine masquée par son impavide regard.

Je continue à marcher, les mains dans les poches. Les lumières bariolées des enseignes réfléchissent sur le trottoir luisant de pluie. Ca sent la graisse rance en passant devant les devantures ouvertes des baraques à frites dont s’échappent de lourdes volutes de fumée.

Plus loin devant moi, je l’aperçois, comme un fantôme du passé. L’homme est élégant, il porte un imper beige et un chapeau de feutre, une cigarette à la main. Envie de casser la barre et de dériver comme la caravelle du paquet de Balto, toutes voiles dehors, pour remonter le temps.

Mardi 13 février /2007

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