« Nouvelle presentation | Page d'accueil | Jim Harrison – En marge »
22.07.2007
The Inmates – Dirty Water
Ce que j’apprécie chez les Anglais, c’est leur manque total de timidité et de modestie lorsqu’il s’agit de pop ou de rock.

Les Inmates sont un des fleurons de ce que l’on appelle le pub rock, un mouvement né dans les années 70 lorsque la jeune garde découvre ou redécouvre leurs aînés américains venant du blues et de la soul. Ils reprennent les standards, découvrent des morceaux encore inconnus, participent à leur vulgarisation avec beaucoup d’énergie, un son neuf, une instrumentation de base : guitare, basse, batterie. Ils se servent de ce répertoire précieux pour animer les happy hours dans les pubs.
Une des figures de proue de ce mouvement est le groupe Nine Below Zero et son génial harmoniciste. Il y a également Doctor Feelgood et les riffs saccadés de son guitariste, Wilco Johnson, les Pretty Things concurrents d’un autre groupe de pub, les Rolling Stones.
Ici, on ne parle pas de génie de l’écriture, de justesse de l’harmonie. Il s’agit de muscle et de voix rocailleuse. C’est une musique jouée pour couvrir le bruit des verres de bières qui s’entrechoquent, des rires, des cris. Nous sommes dans la série B, celle qui n’a pas droit à la lumière, les tacherons du rock, les Smicards du riff.
The Inmates portent haut et fort cette musique de bagnards. Le groupe est mené par le géant Bill Hurley qui, comme son nom ne l’indique pas, à une voix d’or. Boxeur dès l’age de 15 ans, il remporta 45 combats et ira jusqu’au championnat scolaire de Londres. Il chante comme il boxe, laissant son public KO. Ils ont une telle pratique de la scène qu’ils en maîtrisent chaque centimètre carré et savent faire réagir le public, le faire participer, leur donner tout ce qui fait un bon concert de rock, pur et simple. Bill ferme les yeux sur les ballades, serre les poings. Il aboie sur les morceaux plus rock et s’adresse au public avec les mots usuels qu’on s’attend à entendre dans de telles circonstances : « ça va bien ? », « vous voulez du rock ? »
Une intro à la guitare, rejoint par la basse et la batterie puis c’est parti pour le gros son. Les yeux dans les yeux avec le chanteur, à quelques centimètres de lui, dans la chaleur étouffante et enfumée d’un club, dans une promiscuité virile, j’entonne à l’unisson de la salle : «you know, I love that dirty water ». Lui, tenant fermement son micro, campé sur ses deux jambes écartées dans une attitude de héros fatigué, les yeux plissés, moi, gueulant comme un forcené pour saluer le solo de Peter Gunn. Une scène répétée des dizaines de fois pendant des années.
Il m’importe peu qu’ils ne soient pas les auteurs de ce morceau classique du garage rock composé par le californiens Standells en 1966 à propos de la rivière Charles de Boston. Le choix de leurs reprises, l’interprétation qu’ils en font, donnent une nouvelle vie à ces morceaux oubliés dont il ravivent le souvenir soir après soir. Dirty Water fut le seul succès des Inmates.
Ce qui me fascinait dans ce groupe, c’est sa proximité. Nous n’étions plus dans l’adoration des idoles, dans la vénération d’une musique qui passait par le culte de la personnalité mais dans le partage d’une énergie, la communion d’amateurs autour d’un rythme et d’une histoire commune, d’une passion partagée. On se retrouvait dans ces petites salles entre chercheurs de pépites rock et soul. Le groupe avait remis au goût du jour le morceau « security » d’Otis Redding, ils reprenaient sans complexe les Beatles le temps d’un album saluant les 20 ans de la parution de l’album « sergent pepper Lonely heart Club Band », tout cela simplement, sans ego, pour le plaisir des oreilles et de quoi survivre.
Les idoles et les époques passent et il y a ceux qui entretiennent la flamme dans ce qu’elle a de meilleur, sans génie mais avec ferveur. Aujourd’hui Bill Hurley a les cheveux blancs, il a vieilli, mûri mais il est resté un « Inmates », un immature.
J’espère pouvoir rester longtemps comme lui, un immature amateur de riff et de voix soul.
23:14 Publié dans Musique | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : rock, the inmates, inmates, bill hurley, peter gunn, pub rock, pubrock























Commentaires
Pareil que pour Dylan, toujours bon.
Ecrit par : Patick S. VAST | 22.07.2007
Bonjour Castor
C'est un genre d'immaturité pas vraiment immature si tu veux mon avis. Des gens sincères, directs. J'aime bien.
Ecrit par : sophie | 23.07.2007
Dans le même genre (moins rock et plus modestes cependant), j'apprécie beaucoup le Blues Band batti autour d'anciens de Manfred Mann (Tom McGuinness et Paul Jones) et de Dave Kelly (un des meilleurs guitaristes de blues anglais). À ma connaissance, ils se produisent et enregistrent toujours
Ecrit par : Quiet Man | 23.07.2007
Ecrire un commentaire