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23.08.2007

Azzuro

Mardi 14 août – 4ème jour du séjour

Le café Castor a pris ses quartiers d’été en Ligurie, dans un petit village à flanc de montagne, perdu dans la forêt du domaine naturel des Cinqueterre. Pour y accéder, il faut suivre une route sinueuse et très étroite, klaxonner dans les virages, rouler la fenêtre ouverte pour mieux entendre les voitures pouvant venir en sens inverse et surtout prier pour ne pas croiser un de ces bus verts qui assurent la navette avec les villages environnants et qui foncent à toute allure.

12:03
La cloche du village sonne les 12 coups de mi-journée avec retard. Tout ici est à peu près, de l’heure de passage du bus vert au respect des stops sur la route. Lorsqu’il m’arrivait en début de séjour de m’arrêter à un stop, j’entendais les véhicules derrière moi qui pestaient en klaxonnant nerveusement. J’ai progressivement renoncé à stopper. Le tintement de la cloche résonne dans les montagnes alentours.
Ici, la femme est femelle, bellissima, le décolleté provoquant, la démarche étudiée. Elle aguiche l’homme, le dompte du regard. Puis, elle devient la Mama possessive et gouailleuse, la main sur les hanches et les deux jambes fermement campées sur le sol en surveillant sa tribu évoluer sous ses yeux attentifs.

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Le village s’appelle Biassa, un peu à l’écart des circuits touristiques, sans attrait majeur si ce n’est son authenticité et sa proximité du parc naturel des Cinqueterre. Peu de choses ont du changer ici depuis des décennies. A flanc de coteau, les maisons s’agrippent à la roche, toutes en hauteur. La notre, de dimension modeste, s’étire sur 4 étages. Un escalier de marbre assure la distribution entre les paliers. Il est abrupt et les marches sont hautes. Mauvais signe, les marches hautes. J’ai lu que lorsque l’on commence à trouver les marches trop hautes cela signifie que l’on vieillit. Il faut croire que mon passage dans la quarantaine dans quelques jours me rend sensible à toute détérioration de ma forme olympique. Comme si, passé minuit, la nuit du 15, je serai un vieux débris.

L’intérieur de la maison est perpétuellement sombre, les volets verts filtrent la lumière chaude du soleil. Tous les volets du village semblent identiques, même couleur de sapin sur des façades colorées de saumon, de jaune, de rose. Les maisons semblent attachées les unes aux autres par des cordes dont un système de poulie permet d’étendre un linge éclatant de pureté, blanchi par les rayons du soleil matinal et parfumé au souffle de la mer qui s’est chargé pour venir jusque là des essences des arbres des hauteurs boisées environnantes.

De la terrasse du bar pizzeria « Aquila », une gargote qui jouxte un lavoir municipal qui semble encore en activité, on domine la baie et la ville de La Spezia, grand port militaire de la côte ouest. De pizzeria, il n’y a que le nom et les autochtones déjeunent en trempant des morceaux de pain blanc dans une soupe minestrone, un ragout consistant de pommes de terre et de bœuf. La tiédeur environnante ne les décourage pas pour avaler ce plat d’où la fumée indique la chaleur. On entend la télévision dont le son monté à fond couvre le bruit des couverts. Plus bas, le trafic s’écoule en pointillé et les pétarades d’une vespa lancée à toute allure viennent ponctuer les jérémiades d’une femme au débit de parole rapide et au ton implorant de l’émission de téléréalité. Les convives l’écoutent avec attention, en silence.

En cette période estivale, le village a tenté de se donner des airs de fête en accrochant au dessus de la route des fanions de plastiques multicolores.
On dit que c’est ici, en Italie, que l’on boit le meilleur café du monde et je veux bien le croire. Le café cubain, plus typé, est loin de la robustesse de l’expresso, plus liquoreux. Le café que l’on me sert est fort, puissant. Un vrai petit noir, savoureux, court, crémeux, odorant, qui s’avale en deux petites gorgées que l’on garde en bouche une poignée de secondes par appréhension d’avaler le liquide âpre.
Puis, la lèvre supérieure est ornée d’une moustache de couleur crème que l’on fait disparaitre d’un coup de langue rapide. Inévitablement, un petit haut le cœur me fait sursauter provoquant le rire des enfants moqueurs. L’amertume tapisse alors le palais et c’est le bon moment pour allumer une cigarette.
Contre toute attente, les italiens que l’on aurait crus rétifs respectent l’interdiction de fumer dans les lieux publics et l’on ne voie aucune cigarette allumée dans un bar ou un restaurant. Sur la terrasse et le perron, la fumée bleue des cigarettes flotte au dessus des clients.

Il est temps de rentrer à présent. Dans les ruelles étroites, nos pas réveillent des lézards qui se prélassaient au soleil sur les pierres chaudes. De loin en loin, on perçoit les cris des enfants et les échos de conversation aux intonations amplifiées qui heurtent nos sensibilités intraverties nordiques. On entend mais on ne voit pas. On devine tout un monde grouillant, vivant derrière les façades à l’ombre mais le chemin est désert. Il fait sans doute trop chaud pour sortir à cette heure consacrée au repas.
Contrairement à nos rues où les trottoirs bordent la route, ici, on sépare les deux. L’étroitesse de la rue n’incite pas à l’emprunter sous peine de jouer au torero évitant un bolide lancé à toute allure. Alors, un sentier serpente entre les habitations, tout en pierres et en dénivelés, loin du vacarme des moteurs. Entre les pierres, des pousses d’herbes folles tentent de se frayer un passage puis l’on passe sous un porche, descendons des escaliers. On se croirait dans des villages médiévaux, sans trace visible du monde contemporain. Des chats malingres nous observent d’un œil morne.

13:03
Le village semble endormi, la cloche sonne un coup unique, pas âme qui vive dehors. Le soleil étend ses rayons brulants et c’est à peine si une timide brise venue des confins de la Méditerranée arrive à faire se mouvoir les draps étendus au dessus de nos têtes. En tendant l’oreille, on perçoit la voix des commentateurs qui s’échappe des postes de télévision.
Comme dans beaucoup de pays méditerranéens, le culte de Marie est vivace et dans les niches qui ornent les façades de maison un bouquet de fleurs fraiches est accolé à la statue de la Vierge. Parois également, on joint une image pieuse dont les couleurs passent avec les rayons du soleil et de la lune. La torpeur environnante finit par nous envahir, comme une contagion qui s’étend à tout le village assoupi. Au dessus de nous, comme le chante Régine, c’est « azzuro, le ciel est bleu comme la mer en Italie ».

Commentaires

Un récit de voyage qui donne envie de découvrir cette Italie là pour tout et surtout pour la sacro-sainte sieste !
Et à propos, très bon anniversaire avec un peu de retard

Ecrit par : Mlle Frou | 26.08.2007

Matin gris de septembre..le soleil entre en vous lisant...j'imagine ainsi le village de mes ancètres frioulans...merci .

Ecrit par : liseuse de certains blogs | 03.09.2007

Matin gris de septembre..le soleil entre en vous lisant...j'imagine ainsi le village et la maison de mes ancètres frioulans...merci .

Ecrit par : liseuse de certains blogs | 03.09.2007

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