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24.09.2007

Bret Easton Ellis – Lunar park

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La première partie de ce drôle de roman élu meilleur livre de l'année 2005 par la rédaction du magasine Lire, débute par une autobiographie où l’on retrouve les thèmes classiques de l’auteur : la défonce chic à base d’héroïne, de crack, de cocaïne et de grands crus classés. On suit le parcours de cet écrivain célèbre et défoncé, de fête en fête, durant les séances de dédicace à travers le territoire américain. Pour ses déplacements, sa maison d’édition lui impose un garde du corps pour le protéger de lui-même.
En parallèle à cette vie dissolue, il décrit ses relations difficiles avec son père que le succès lui permet d’éviter. Son inconstance relationnelle, ses multiples conquêtes sexuelles dont il perd le fil, la médiatisation de son homosexualité présumée et clamée par l’auteur lui-même, tout est fait pour entretenir la réputation, maintenir un parfum de scandale.
Et puis, il se lasse, renoue avec Jayne, mère de son fils dont il nie la paternité par avocat interposé avant de l’accepter dix ans plus tard. Il quitte l’univers excitant de la ville pour une banlieue upper class, tente de prendre part à une vie familiale (en compagnie de Jayne avec qui il s’est marié, sa fille issue d’une première liaison et de son fils), promet qu’il a stoppé drogue et alcool.

La seconde partie quitte les rives de l’autobiographie pour s’aventurer dans le surnaturel, le bizarre à mi-chemin entre Stephen King et David Lynch. Les nombreuses références à un de ses ancien ouvrages, American Psycho, alourdissent le récit. Le style hésite, part dans beaucoup les sens. Seuls fils conducteurs : la suffisance, l’arrogance et le nombrilisme de l’auteur (ou celui qu’il décrit comme tel). Sa seule humanité réside dans son obsession de la paternité. Son père décédé vient le hanter, il n’arrive pas à communiquer avec son fils.
Le narrateur qu’on identifie à Bret Easton Ellis se détache progressivement pour devenir l’auteur de ce livre. Il prévient : « c’est au lecteur de décider ce qui, dans Lunar park, a bien eu lieu ». Finalement, on a peu de mal à se figurer ce qui et plausible de ce qui ne l’est pas. Et ce qui ne l’est pas ressemble à une farce grand-guignolesque, un film d’horreur de série B, un catalogue d’idées de roman mal exploitées et une caricature de ses romans précédents. Il reste des passages incisifs et clairvoyants sur le mode de vie des banlieues, ses luttes démoniaques et sa quête de paternité.

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Extraits :
« Quand nous nous sommes assis pour dîner, j’ai fait l’inventaire des personnes qui se trouvaient dans la pièce, et ce qui restait de ma bonne humeur s’est évaporé quand j’ai constaté que j’avais peu de choses en commun avec eux – les papas à carrière, les mamans responsables et zélées – et j’ai rapidement été envahi par la terreur et la solitude. Je me suis fixé sur le sentiment de supériorité suffisante qu’affichaient les couples mariés et qui saturait l’atmosphère – les croyances partagées, la douce apathie satisfaite, c’était dans tous les coins – en dépit de l’absence de tous célibataire vers qui diriger tout ça. J’ai conclu avec une irrévocabilité pénible que le temps du tout est possible était terminé, faire ce qu’on veut quand on veut, c’était de l’histoire ancienne. Le futur n’existait plus. Tout était dans le passé et aller y rester (…) ».

« Je n’étais jamais allé à un dîner où toute la conversation tournait autour des enfants, et comme j’étais au fond un nouveau papa, je n’arrivais pas à sentir le courant émotionnel et l’anxiété qui circule sous le bavardage inoffensif – et il y avait un truc un peu dingue dans cette obsession pour leurs enfants, à la limite du fanatique. Ce n’était pas tant qu’ils étaient inquiets pour leurs enfants, ils voulaient surtout quelque chose en retour, ils voulaient un retour sur investissement – c’était un besoin presque religieux. C’était épuisant d’écouter tout ça et c’était tellement corrompu puisque ça ne rendait pas les enfants plus heureux. Qu’était-il arrivé au simple désir de voir ses enfants contents et cool ? Qu’était-il arrivé à la possibilité de dire que le monde déconne ? Qu’était-il arrivé à la distribution de claques de temps en temps ? Ces parents étaient des scientifiques et ils n’élevaient plus leurs enfants instinctivement – chacun avait lu un livre ou vu une vidéo ou surfé sur le Net pour se faire une idée de ce qu’il fallait faire ».

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