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17.03.2008
Italie
En ces jours de grisaille, j'ai retrouvé la suite des quartiers d’été du Castor en Ligurie, dans un petit village à flanc de montagne, perdu dans la forêt du domaine naturel des Cinqueterre. Pour y accéder, il faut suivre une route sinueuse et très étroite, klaxonner dans les virages, rouler la fenêtre ouverte pour mieux entendre les voitures pouvant venir en sens inverse et surtout prier pour ne pas croiser un de ces bus verts qui assurent la navette avec les villages environnants et qui foncent à toute allure.
16 :03
Nous entreprenons une excursion maritime au départ de La Spezia. Première étape à Portovenere, un des joyaux de la région. Le bateau qui assure la traversée, l’Albatros 1er, est rudimentaire et adapté à ces navettes courtes en eaux tranquiles. Sur le pont supérieur des bancs son disposés en rang d’oignon et permettent d’observer la baie de Spezia. Nous approchons d’un magnifique paquebot et l’on distingue deux formes blanches sur ses cheminées. Pour plaisanter, j’indique que l’on dirait les oreilles de Mickey. Puis, la distance diminuant, l’on distingue maintenant clairement les deux formes peintes sur les immenses cheminées. Il s’agit en effet bien du symbole Disney.
Nous quittons les façades colorées de Portovenere, enfer absolu des automobilistes, pour accoster sur une île qui lui fait face. Le site est exclusivement réservé aux populations militaires. Des plages entières sont gardées et surveillées, on y accepte que les familles de militaires. Sans trop savoir où nous allons, nous suivons un sentier qui plonge sous les pins parasols et semble longer l’île. Sur notre droite, une grande terrasse semble encore résonner des cris des générations d’enfants qui ont du y gouter. L’endroit semble habiter de toutes ces fournées de mioches, d’enfants de militaires qui y ont séjourné durant leurs vacances. On devine que ce monde est un peu terminé. Seules quelques sages familles jouent aux cartes à l’ombre des canisses. L’allée pierreuse se prolonge et j’hume l’odeur caractéristique des figuiers au soleil. Enfin, nous nous installons sur une plage de galets gris. La température de l’eau est agréable et nous observons la faune et la flore sous-marine qui peuple les fonds. Notre baignade nous a fait oublier l’heure et nous devons nous hâter pour rejoindre le dernier retour vers le continent sous peine de passer la nuit sur notre île. Il s’en faudra d’à peine deux minutes que nous jouions les Robinsons d’une nuit.
Lundi 13 août – 3ème jour du séjour
A notre arrivée à l’embarcadère de La Spezia, nous croisons l’énorme organisation du Disney Cruise, première traversée Disney en Méditerranée. Au départ de Barcelone, ils sillonnent durant 10 jours l’Espagne, l’Italie puis la France. Vêtues de rouge, les hôtesses Disney guident leurs passagers en escale qui observent d’un œil méfiant la population locale.
Mardi 14 Août
Ce matin, nous décidons de découvrir Pise et sa célèbre tour penchée. La route est plus longue que prévue et les problèmes gastriques de Louise nous obligent à nous arrêter régulièrement sur les aires des stations services. Finalement, la sortie Pise est en travaux et nous devons continuer. Nous décidons de partir découvrir Florence.
L’activité de la ville en fin de matinée nous change de la torpeur de Biassa. On s’active, les voitures investissent chaque parcelle de trottoir. L’Italie est très mal dotée en parking et l’on doit tourner et retourner au hasard des rues longtemps. Finalement, nous décidons de confier notre véhicule à un de ces petits garages de quartier qui pour le tarif prohibitif de 4 € de l’heure nous propose de garder notre voiture. Munie d’un plan, nous partons à la découverte des splendeurs de la cité florentine. Nous nous mêlons au flot de touristes ébahis devant les splendeurs de la capitale de la Toscane. Places monumentales, sculptures, églises, campanile, basiliques, fontaines, ponts, jardins, palais, tout y est enchanteur. J’ai lu que sur les 1000 plus grands artistes européens du second millénaire, 350 ont vécu ou travaillé à Florence. On a envie de tout voir, de tout connaitre du passé de cette ville si riche. Je me promets de lire « la passion Lippi » de Sophie Chauveau qui décrit de façon documentée l’histoire du peintre italien Fra Lippi et permet de se replonger dans l’ambiance de la renaissance italienne à Florence.
Mercredi 15 Août
Ce matin, les cloches ont sonné l’Ave Maria de bonne heure et suffisamment longtemps pour me donner un bon mal de crane. Dans l’étouffante chaleur moite de la chambre, les volets ouverts, les moustiquaires closes, dans un demi-sommeil, j’écoute. Les maisons sont collées les unes aux autres dans une véritable promiscuité auditive : les femmes levées de bonne heure actionnent les poulies des fils à linge qui grincent à l’unisson. On sort les faitouts, la radio grésille des airs populaires que les ménagères couvrent en sifflotant discrètement.
La maison que nous louons est habitée le reste de l’année. Ses habitants ont laissé leurs affaires personnelles et nous ressentons leur présence fantomatique avec le sentiment d’envahir un lieu privé, de violer une intimité.
Nous visitons Riomaggiore dont les maisons aux façades colorées s’ouvrent en demi-cercle sur un petit port de pêche toujours en activité malgré l’afflux massif de touristes. En remontant sa principale rue, nous assistons à une messe données pour la Sainte-Marie. La petite église est pleine de vieilles femmes habillées de noir, aux visages austères. On a installé dans la courette devant les portes ouvertes de l’église, des chaises pliantes et un haut-parleur qui diffuse les chants religieux. La solennité de la cérémonie tranche avec la douce insouciance des passants en maillot. Certains d’entre eux tentent d’apercevoir des fragments de la célébration en se pressant devant la porte.
Jeudi 16 Août
La grisaille du mois de juillet est oubliée. Le soleil tape fort … 27° …. 28° …. 29°. En ce milieu de journée, la gare de La Spezia semble vidée de ses voyageurs. Un Mac Do a remplacé le traditionnel buffet de la gare. Nous avons déjeuné dans un des plus vieux établissements de la ville, dont les hauts murs laissent apparaitre de vieilles pierres noircies. Au plafond, très haut, de lourdes pales brassent l’air tiède. Nous demandons la carte au patron. « La carte, c’est moi » nous répond-t-il dans un anglais parfait. Il nous propose les spécialités de la maison. Nous observons les vieilles photographies et cartes postales sous cadre qui ornent les murs et représentent la ville en des temps anciens. Les visages en noir et blanc de ces personnages du passé nous sourient à travers les âges, bien habillés, prenant le frais à la terrasse d’un café (de ce café ?). La vocation militaire du port ressurgit sur d’antiques représentations de gradés qui posent en uniforme, l’œil rieur devant l’objectif. C’est la situation géographique de la ville qui l’a fait passer de port de pêche à fabriquant d’armes, arsenal et port militaire depuis le début du 19ème siècle. En sortant, le patron sort du four une large tarte de couleur jaune. Il nous en propose un morceau. Après dégustation, on tente de découvrir les ingrédients de cette spécialité culinaire locale. Il nous semble reconnaître le goût d’œuf. C’est une erreur. A part la pate, ce ne sont que des légumes. Nous ne trouverons de cette tarte que dans cette ville, dans un de ces rares établissements qui perpétuent la tradition. C’est gras, chaud et bon.
Le train sur deux étages en direction des cinq terres est bondé d’un mélange de touristes et d’autochtones qui arborent des tenues de plage qui dénotent dans l’univers urbain de la gare. Comme à son habitude, le train part avec retard, dix minutes, normal sans doute. Personne ne semble remarquer ou s’offusquer de ce retard. La voie longe la côte et c’est une longue succession de tunnels qui nous prive de la vue maritime. A nos côtés, certains sont torse nu, d’autres en maillot. Chacun garde ses lunettes de soleil malgré l’obscurité des tunnels. La tendance est aux grands hublots fumés aux branches ornées des copies de logos des grands couturiers et achetées pour la plupart sur les marchés pour quelques euros.
Premier arrêt : Riomaggiore. Peu de monde descend et la foule s’agglutine sur le quai pour entrer dans notre wagon. On se pousse et je suis coincé près de la fenêtre. La chaleur du soleil qui tape sur la carlingue métallique rend l’atmosphère étouffante et l’habitacle encombré réveille ma claustrophobie. Enfin, nous stoppons à Vernazza, un autre village des Cinque Terre.
A flanc de montagne, le village voit défiler des hordes de touristes. Malgré cette invasion estivale, la vie locale ne semble pas trop dénaturée. Sur les bancs, à l’ombre, les vieux italiens observent le défilé des jeunes en short. Ils discutent sans se regarder, en parlant fort. Ils sont ici chez eux, habitués à tout ce vacarme. La rue centrale est bordée de boutiques de souvenirs, de restaurants, de bars, d’alimentations aux étals de fruits frais.
Elle débouche sur le port où une minuscule plage est envahie de corps à plat ventre dans une promiscuité souriante. Nous longeons un chemin derrière la plage pour tenter de nous poser plus loin sur des gros blocs de cailloux. La moindre parcelle est occupée, il faut continuer longtemps, longer la falaise, pour pouvoir trouver un rocher disponible pour poser nos fesses. La chaleur emmagasinée depuis le matin sur le granit chauffe nos arrière-trains. Au dessus de nous, une énorme inscription à la peinture bleue et rouge « Italia, campio del mundo 06 » orne la falaise, nous invitant à la plus grande modestie sur ces terres victorieuses de la France à la dernière coupe du monde de football. Plus au dessus, le train qui relie les Cinque terres continue ses navettes. Le chauffeur de la locomotive observe les baigneurs avant de rentrer la tête au dernier moment avant de s’engouffrer dans le tunnel. Sur les rochers, les femmes parlent entre elles sans discontinuer, un caquètement incessant ponctué de grands gestes des mains. Pas un seul instant de silence dans les conversations. L’une d’entre elle manque de cogner en glissant le long d’un rocher. Mue par un réflexe salvateur, elle plonge dans l’eau plutôt que de vouloir se rattraper. Les autres femmes s’arrêtent une nanoseconde de parler et reprennent de plus belle leur conversation en commentant l’incident.
Nous nous baignons dans l’eau claire, détachons des oursins de leur rocher pour les donner à manger aux poissons qui nous observons nager sous nos pieds.
A l’embarcadère, les vedettes qui relient le village à La Spezia accostent avec leur flot de touristes qui tentent à leur tour de s’agglutiner sur les blocs de roches. Rafraîchis par notre baignade, nous quittons notre base minérale et aussitôt les hommes et femmes en slip accourent pour occuper l’espace devenu libre.
Nous gouttons aux crèmes glacées dont nous nous fions d’avantage aux couleurs pastelles qu’à leur appellation italiennes pour faire nos choix de parfum. Puis, c’est le retour en train jusqu’à « La Spezia Central ». Le quartier de la gare comme dans la plupart des villes est un quartier populaire, de hauts immeubles sales, des cyclos dépouillés dont il ne reste que des carcasses arrimées aux poteaux par des chaînes rouillées. Nous sommes garées près d’un ancien cinéma, l’Odéon, dont on devine que l’heure de gloire est passée depuis bien des années. Le néon ne luit plus la nuit et les panneaux destinés à recueillir les affiches des productions italiennes des années 60 et 70 sont barrées de l’inscription « à vendre ».
En roulant sur la route étroite qui conduit à notre village, une grosse branche d’arbre barre la route, juste après un brusque virage. Je pile.
Aujourd’hui est célébré dans le monde le 30ème anniversaire de la mort d’Elvis, des milliers de fans éplorés se sont réunis devant les grilles mythiques de Graceland à Memphis. J’ai 40 ans aujourd’hui.
Vendredi 17 Août
Le temps est gris ce matin. La cloche a sonné 80 coups sur l’heure de midi. Nous avons craint l’orage mais c’est une lourde brume qui a envahi les hauteurs du village.
Mardi matin, vers 7 heures, des coups de tonnerre nous ont réveillés brusquement. Le vacarme de chaque explosion se répandait par écho à travers la plaine. Un déluge d’eau s’est abattu nous faisant craindre que la voiture, mal garée sur une pente escarpée, ne soit emportée par les flots.
Nous prenons le temps, nous initions à la « dolce vitta ». Nous avons appris la semaine dernière l’incendie des studios mythiques de Cinecitta à Rome, inaugurés il y a soixante dix ans par Mussolini. Les grands péplums comme « Quo Vadis » ou « Ben-Hur » y furent tournés. Fellini utilisa le studio 5 pour plusieurs de ses productions. Aujourd’hui, le site est principalement utilisé pour les scènes de rues de la série américaine « Rome ». L’âge d’or du cinéma italien semble loin et lorsque l’on évoque les grands acteurs de la péninsule, mon fils cite spontanément « Léonardo Di Caprio » et non Mastroianni, Vittorio Gassman ou Ugo Tognazzi.
La voisine âgée et à moitié sourde s’évertue à nous faire la conversation. Nous ne comprenons pas ce qu’elle nous dit et répondons selon l’intonation de ses questions « si » ou « no ». Un gros taon butine les fleurs roses planté dans un seau de plastique. Nous nous replions à l’intérieur de la maison sombre en refermant les portes. On attend quelques instants qu’il s’éloigne « avec le taon, tout s’en va » comme aurait pu chanter Léo Ferré.
C’est notre dernière journée sur le sol italien et nous sommes las de conduire. Nous choisissons d’ignorer Pise est sa fameuse tour et de découvrir la ville de la Spezia dont nous avons déjà parcouru les grandes artères. Pourtant, il nous semble que nous n’avons pas découvert tous les secrets de cette grande ville.
Nous découvrons un centre ville piétonnier commerçant. Le long de hautes arcades, les terrasses de café servent leurs expressos serrés. Sur les murs, de grandes lettres T indiquent la vente de cigarettes. Elles sont beaucoup moins taxées qu’en France : moins de 4 € le paquet alors qu’en France les prix se sont encore envolés.
Les boutiques rivalisent de charme et de bon goût. Les grands couturiers italiens sont exposés en bonne place dans les vitrines.
Nous passons devant un disquaire indépendant, un résistant qui expose des CD de Tiziano Ferro, Vasco et Bosé.
Nous faisons l’impasse sur le musée maritime pourtant chaudement recommandé dans la plupart des guides et seule véritable attraction de la ville. Nous errons le nez au vent dans les grandes allées. C’est ainsi que nous nous mêlons au flux des piétons sur le marché de la ville. Ce matin, les commerçants alimentaires ont investi les halles. C’est l’heure des balayeuses qui nettoient le sol dallé à grands coups de jets d’eau, elles déplacent les détritus qui jonchent la grande place. Les charrettes en bois qui servent d’étals sont garées le long d’un trottoir, elles s’étirent à l’ombre.
A cette heure de fin de matinée, il ne reste que des stands de vêtements et gadgets tenus par des asiatiques. Entre deux tentes, nous apercevons une belle église blanche. A l’entrée, une statue à l’effigie de Saint-Antoine de Padoue nous accueille, elle brille de mille feux. L’architecture de la Spezia mélange les époques et témoigne des différents styles. Ainsi, la façade du théâtre « civico » est d’inspiration art moderne. Le long du trottoir, une enfilade de scooters s’étire dans un désordre contrôlé. Si la ville est connue comme l’un des plus grands ports militaires de la péninsule, la présence des uniformes est discrète. La Spezia n’a pas de charme et ce sens, reste préservée et même authentique. Sa proximité de la mer et ses abords agréables en font une belle destination pour découvrir l’Italie. Au jeu des correspondances avec les villes françaises, la Spezia pourrait s’apprebter à Toulon alors que Portonvenere avec ses yachts et sa marina fait penser à Saint-Tropez.
23:07 Publié dans Voyage | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : italie, la spezia, cinque terre, riomagiorre, portonvenere























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