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15.11.2007

La loose 3 - Vacances de Pâques 1987

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- Tu n’as vraiment rien compris sur l’évolution des Clash. Tu verras que l’histoire retiendra d’avantage Sandinista que Combat Rock.
- La vraie synthèse, c’est London Calling » lance Fabien du fond de la pièce. Il se tient près de la sono, excité par une nouvelle version de « magnificient seven » qu’il a glané en solde.

Ce genre de discussion polémique est fréquente dans le groupe. Jean représente la ligne dure, un adepte de la guitare, basse, batterie peu enclin à enrichir le son avec tous les gadgets synthétiques de l’époque. Lucie flashe sur la world, la sono mondiale, se dandine au rythme lancinant du reggae. Pascal a évolué : au départ, il partageait le minimalisme de Jean, puis il s’est laissé convaincre par quelques groupes marquants de la décennie comme les Cure. Il commençait à apprécier les consonances froides dont il louait la modernité et les paroles tourmentées qui mettaient mal à l’aise. Valérie, la dernière recrue, se rapprochait de Jean. Il suffisait de la regarder pour comprendre que son look punk la portait à apprécier des morceaux aux formats courts et au rythme rapide. Ils étaient fermement décider à enrichir leur répertoire de nouvelles chansons. Chacun avait l’obtenu l’autorisation de ses parents de pouvoir passer la semaine de vacances à répéter dans la maison de campagne de Cancale. Les parents de Jean étaient discrets. De toutes les discussions à propos de leur groupe, la plus animée avait été celle pour choisir son nom. En français ou en anglais ? Un nom commun ou un nom propre ? Un format court ou un nom composé ? Chacun campait fermement sur ses positions. Jean avait proposé de voter pour les meilleures suggestions mais personne n’était arrivé à rallier plusieurs suffrages.
Finalement, après une nuit blanche d’alcool, de rock et discussion, Jean lança un peu éméché « on n’est qu’une bande de loosers. Si on n’arrive même pas à se mettre d’accord sur le nom du groupe, comment pourrons-nous avancer ? .
- Et bien, voilà, nous le tenons le nom du groupe ! » fait remarquer Valérie.
- Comment ça ?
- Appelons-nous les « loosers ». Tu l’as dit, c’et ce que nous sommes. Le nom d’un groupe ne doit-il pas désigner ce qui lui correspond le mieux ? »
La proposition fait l’unanimité.

Au fil de la semaine, les rôles se dessinent. Pascal sait bien jongler avec les mots. C’est lui qui propose les paroles des chansons. Mais, il n’a pas le charisme de Jean qui impose sa présence de leader au chant. Valérie martèle les cordes de sa basse avec toute la fougue de ses cousins grands-bretons héroïques. Pascal s’applique à la guitare rythmique et Lucie brode de beaux solos qu’elle élabore en s’entraînant près de la cheminée. Damien s’éclate à la batterie.

Le début de la répétition est fixé à onze heures. Dans la grange, on n’entend qu’une cacophonie d’instruments qui s’accordent. Damien réécoute les bandes enregistrées la veille sur son walkman. Il tape des baguettes imaginaires dans le vide. Pascal termine d’écrire le texte de la prochaine chanson :

Nous ne présentons aujourd’hui devant vous, durs, purs et sans concessions
Le seul message que nous voulons vous faire passer est « durs, purs et sans concessions »
Quoi que tu veuilles faire plus tard, fais le à ta façon, quels que soient les enjeux, les situations, la façon dont on te traite, dont on te prends pour un con, reste fidèle à ce que tu es, loyal envers toi-même, fidèle à tes convictions « durs, purs et sans prétentions »
Quelle que soit la facture à payer, quel que soit le danger, fais attention et reste dans tous les cas, aujourd’hui et plus tard, « durs, purs et sans concessions
».

« C’est pas mal » dit Jean. « Excellent » surenchérit Valérie qui a lu par dessus les épaules du chanteur. Lucie propose un riff pour accompagner les paroles. Le morceau avance rapidement, on modifie légèrement les paroles, on coupe le solo pour plus d’efficacité.

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