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13.11.2007

L'écran plat

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- Tu peux téléphoner de mon bureau, si tu veux.

Je la remercie et me presse d’en finir avec ce client trop pressant. Je prends place sur son siège, décroche le combiné, compose le numéro de mon correspondant. L’écran plat de son ordinateur est allumé. Derrière les icones, le fond d’écran représente une scène familiale. Elle est là, souriante, radieuse, assise sur le bord du lit. A ses côtés, sa mère est allongée, les pommettes rouges, l’œil brillant. Entre elles, un enfant rit aux éclats, les bras sur les épaules de ses voisines.

- Société Mortex, bonjour.

La voix de ma correspondante m’arrache à l’observation de l’écran. Je décline mon identité, m’enquiers de mon interlocuteur.

- Ne quittez pas. Je vais voir s’il est là.

Le son agressif d’un piano synthétique est censé me faire patienter en douceur. Mes yeux de nouveau s’égarent sur l’écran. L’enfant, je le découvre, est nu, offrant à tous la vue de son anatomie décomplexée. Une soudaine gêne m’envahit comme l’impression de m’immiscer dans une intimité, de regarder par le trou de la serrure. Le bonheur qui s’échappe de la photo est presque palpable. Je me remémore le récit de Karima lors d’un repas, son enfance algérienne, le poids des coutumes, les années d’oppression, l’exil nécessaire, les difficultés d’intégration quand on est considérée comme algérienne ici et française là-bas, étrangère partout. Je m’aperçois que j’ai beau la côtoyer, ici, régulièrement, je ne la connais pas. Qui est ce garçon plein de vie ? Est-ce son fils ? Cette femme, sa mère ?
Derrière les trois personnages, le mur est gris, sale, vide et une lampe est posée à même le sol. C’est une de ces lampes que l’on achète par correspondance dans les publicités mensongères des magasines présentant chaque semaine les programmes de télévision. « Il suffit de la toucher pour l’allumer ».
Où la photo a-t-elle été prise ? En France, en Algérie ? Je penche pour l’autre côté de la Méditerranée, dans son bled, celui de ses origines. Elle y serait retournée cet été et l’affichage de cet écran la rapproche de ceux qu’elle aime, qu’elle laissé au pays.
Je me raisonne. C’est idiot, si ça se trouve cette scène a été prise dans son appartement de la banlieue parisienne le week-end dernier.

- Bonjour, c’est Marc Colin. Merci de me rappeler. J’essaye de vous joindre depuis ce matin …

Je tente de me concentrer sur la conversation. Mais ma tête est ailleurs, à mesurer le poids de mes clichés et préjugés que toutes ces questions posées soulèvent.

- J’ai bien reçu votre proposition mais vos tarifs me semblent élevés.

Commentaires

C'est le début d'une nouvelle?

Ecrit par : enriqueta | 14.11.2007

Merci pour le petit message.
Café Castor c'est une chouette découverte. Je ne vais pas hésiter à naviguer le temps d'une pause café entre Marseille et Brest. Il me semble que vous êtes par là-bas ?
Je dis vous parce que vous avez l'air d'être plusieurs ?
Il y a tant de choses...
Allez salut
Antonella

Ecrit par : plaques-sensibles | 14.11.2007

Et bien, oui, en fait malgré les apparences, je suis tout seul sur ce blog.
"Brest, terminus de ce train, n'oubliez pas vos affaires, bienvenue à la cité du Ponant", que j'aimais arriver dans ce bout de ligne, ce bout du monde. Je suis originaire de cette ville mais hélas, il a fallu déménager. Alors comme les marins , on parcourt le monde mais les attaches sont là-bas, sur cette terre balayée par les pluies et le vent.
Marseille - Brest, c'est long, non?

Ecrit par : castor | 18.11.2007

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