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16.11.2007
La loose 4 - Should I stay or I should I go?

Pascal se gare sous le grand pin le long de l’allée qui mène à la propriété des parents de Pascal Il est satisfait de constater que malgré le trafic routier chargé, il a respecté l’horaire de l’invitation. Aucun autre véhicule n’est garé devant la maison. Est-il le premier arrivé ? Au moment de sortir de la voiture, il s’aperçoit qu’il a la gorge sèche, le trac. Il a hésité à venir et aurait aimé se faire prier. Il a attendu l’appel de Jean, en vain. Alors, il a bien fallu se résoudre à partir. Durant l’intercours de cet après-midi, il s’était dit qu’il pouvait encore changer d’avis. Il savait que sa vie n’avait pas eu l’intensité espérée, que se retrouver entre amis vingt ans plus tard serait l’occasion de faire le bilan, de raconter les parcours. Il serait bref : un diplôme, un mariage, un poste d’enseignant, deux enfants, des jumeaux, une maîtresse depuis peu. Non, bien sûr, il ne parlerait pas de Natacha, de ses mamelons tout en rondeur même si c’était peut-être sa seule folie, son seul génie, sa seule prise de risque dans une vie trop bien ordonnée.
Il avait consulté sur Internet tout ce qui se rapportait à son ami Jean qui était devenu une référence dans le domaine de la photographie. Des expositions portant son nom s’étaient montées dans toutes les grandes capitales et sa côte ne cessait de progresser. Il enviait cette vie d’artiste reconnu et regrettait de n’avoir pas exploité d’avantage ses talents d’écriture ? Après tout, c’était lui qui avait écrit les paroles des chansons du groupe. Il s’en voulait d’avoir cédé au confort d’une vie domestique sans danger et ne connaîtrait la gloire que par procuration. Depuis qu’il avait reçu l’enveloppe beige de Jean, il ressassait ces sombres pensées chaque nuit. Il se raisonnait, se trouvait trop jeune pour être amer, se disait que le talent était là, qu’il était encore temps, que rien ne lui interdisait de se consacrer à cœur perdu dans sa passion pour les mots. Son métier lui en laissait le temps, il pouvait profiter des longues périodes de vacances scolaires pour s’isoler, se concentrer. Mais toutes ces pensées trottaient dans sa tête et il n’avait jamais osé les évoquer devant sa femme ou ses amis. C’était du passé. Pourtant, le soir, il ne pouvait pas s’endormir sans rédiger mentalement, les yeux grands ouverts dans l’obscurité de sa chambre, les premières pages de son futur roman à succès. La reconnaissance mondiale des talents de Jean n’enlevait rien à la qualité de sa plume.
En arpentant l’allée, il tente une nouvelle fois de se raisonner, de ne pas céder à la tentation de tout quitter sur le champ. Ce qu’il va affronter, ce ne sont pas les autres mais lui-même et il n’est pas trop tard pour changer d’orientation. Le livre de sa vie n’en est qu’à sa moitié et de nombreuses pages blanches restent à écrire. Il gravit les trois marches qui mènent au perron et d’un geste déterminé secoue le carillon de la grosse cloche de métal qui annonce son arrivée.
21:30 Publié dans Le café lecture | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : clash, ecriture, nouvelle, collective, personnages, pascal, loose























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