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11.02.2008

Auto interview du Castor (ou discussion onaniste)

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Pourquoi appeler un recueil de nouvelles « envies d’ailleurs » ?
Aujourd’hui, chaque français passe en moyenne plus de trois heures chaque jour devant sa télévision. Nous sommes inévitablement exposés par le matraquage publicitaire et conditionnés à vouloir toujours être plus beaux, plus forts, plus minces, plus branchés. Cette quête de bonheur à tout prix passe par la volonté d’échapper à la routine, de briser la fatalité des journées qui se suivent et se ressemblent. Certains trouveront l’apaisement momentané de cette recherche continuelle dans l’achat d’objets de consommation. D’autres, à force de vivre par procuration les aventures de leurs personnages de fiction préférés, s’imaginent à leur tour sauver le monde.

D’autres recherchent d’autres voies ?
Oui, certains ont fait le deuil de vivre ou de faire des choses extraordinaires au quotidien. Ils tentent d’atteindre la sérénité en s’appliquant à profiter de leurs enfants, de leur couple, de leurs amis. Mais il y a des moments de doute, comme cet homme qui se trouve soudain terriblement médiocre à pousser un caddie dans un centre commercial un samedi soir en famille ou celui qui s’aperçoit qu’il ne deviendra jamais écrivain. D’autres s’inventent des histoires pour bousculer leurs proches ou se rêvent en héros, semblables à ceux des séries américaines.

Ils ont tous des « envies d’ailleurs » ?
Oui, la répétition du quotidien est inévitable. Travailler, manger, lire, discuter devant un café, l’enchaînement de ces occupations est souvent inévitables. S’échapper peut signifier que l’on a peur de vivre sa vie.

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Extrait:
Envie d’être ailleurs sans m’en donner la peine, enfoncé dans la lâcheté morose des jours qui passent. Heureusement, les médias sont là pour rappeler que c’est mieux ailleurs, que ça brille, que c’est beau, riche et bronzé dans ces pays merveilleux où il n’y a pas d’hypermarchés, où les réfrigérateurs sont tout le temps pleins.

- Bordel ! Où sont mes clés ? C’est toi qui les a ? Non, je te les ai donné au moment de payer. Non, les enfants, on mangera les pizzas en arrivant à la maison.

Il pleut à présent. Un énorme panneau publicitaire à l’entrée du parking exhibe une belle femme en maillot dans une pause orgasmique. Au-dessus d’elle, en lettre capitale, une marque de yaourts allégés. C’est ça le bonheur. Le Graal moderne enfin révélé, la mystérieuse coupe est devant nous. Regardez comme elle semble procurer de merveilleux moments. Après quoi courons-nous ? Le bonheur ou l’image du bonheur ? Seule une belle femme aux formes parfaites sera autoriser à y goûter et à afficher son extase tarifée et à portée de bourse.
Changer de vie comme on change de marque de yaourt.
Le coffre grippé, forcer l’ouverture, voiture pourrie.
- Attention, Paul. Ne court pas, il y a plein de voitures ici, tu pourrais te faire écraser. Reste avec nous, donne-moi la main.
Même les propos sont d’une banalité affligeante.
- Les œufs, c’est fragile.

Charger, décharger, les brioches écrasées, le pack d’eau au fond du chariot, mal de dos. Il faut encore sortir de l’enfer du parking, encore attendre, se couler dans le flot.
Le pâté acheté au rayon traiteur me donne des envies de rusticité « authentique ». Plus classe qu’au rayon sous vide mais vulgaire malgré tout. Vulgaire et agréable, authentique, gras et rustique. Comme nous ce soir.

Envie d’être ailleurs.

Fin de week-end. Le rythme trépidant de la semaine a repris. Je m’accorde une parenthèse avant un repas professionnel.

Chauvigny en Poitou Charentes, jour de marché, jour de fête. Les lycées traînent dans le centre ville, désœuvrés. Les grandes vacances sont proches, à la fin de la semaine et l’on sent que l’autorité de leur environnement s’est relâchée. Le monde est à eux. Ils s’apostrophent bruyamment. Ils ont pris d’assaut le kiosque à musique et se vautrent sur le sol. A la terrasse du café, les consommateurs observent les passants qui observent les consommateurs.

A y regarder de plus près, il s’agit d’un bar à la décoration et à la carte d’inspiration cubaine et les clients sont anglais pour la plupart. Le clocher, la place du village, l’image d’Epinal de la France, la douce France chantée par Charles Trenet. Pourtant, à y entendre de plus près, ce sont des musiques anglo-saxonnes que l’on entend sur la terrasse.

Le monde est un village, ce village est le monde. Arrêtons de fantasmer l’ailleurs. Il est ici l’ailleurs, l’universel. Il est dans les couleurs changeantes du ciel, dans la mondialisation des cultures, l’uniformisation des goûts, des parfums de yaourts et des pensées. Il est dans l’amertume du café, les programmes de télé réalité et l’esthétique des séries télévisées, dans l’odeur du tabac blond, la charcuterie sous cellophane, la douceur du vent, le bruit des moteurs et celui du papier journal froissé. Et si l’universel c’était la banalité et la morosité du quotidien, les logos des multinationales, les cris d’enfants et nos rêves d’ailleurs ?

Commentaires

C'est très riche ! À bientôt Castor.

Ecrit par : Sophie | 11.02.2008

Wai, très vrai tout cela : on est tous un peu dans cette envie d'Ailleurs, de Poésie, d'Amour. J'ai depuis longtemps coupé la télévision, je suis dans cette envie d'Higher, d'highway to Hell, ce goût amer des regrets, proche de la folie qui nous fait appuyer sur l'accélérateur, le coeur à 180. L'amertume de l'Ailleurs, de désirs d'une autre vie, se termine toujours par un caddie plein et une pizza froide... Et si l'universel c'était la morosité du quotidien. Atchaww !

Ecrit par : dom | 26.02.2008

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