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05.03.2008
Café matinal sous la neige
Il est des cafés matinaux comme des jours. Souvent égaux mais pas toujours. Prenez ce matin par exemple. La terrasse du Mont d’Arbois, près de Megève, en Haute-Savoie dans les Alpes. La neige n’est pas tombée depuis plusieurs semaines et l’arrivée des pistes laisse poindre ça et là des taches brunes, la terre qui pointe.
Megève, le 21ème arrondissement de Paris selon jean Cocteau, un habitué des lieux dont les œuvres ornent les murs du bar « les enfants terribles ». Ce bar est situé au rez-de-chaussée de l’hôtel Mont-Blanc, fréquenté à la fin de la guerre, par tout ce que Paris comptait d’intellectuels et d’artistes (Sagan, Bardot, Jean Marais, Line Renaud, Sacha Distel, Mistinguett,). C’est Jean Cocteau lui-même, alors qu’il tournait le film « les enfants terribles » eu l’idée de le nommer ainsi. Il porte depuis cette période le nom de l’une de ses œuvres les plus connues, qu’il écrivit en 17 jours, enfermé dans sa chambre, lors d’une cure de désintoxication.
En fait, un petit village différent, pittoresque le jour et qui s’illumine, une fois l’obscurité venue, pour ressembler aux rues de Disneyland avec ses calèches menées par des chevaux auxquels l’on accroché des cloches pour prévenir les piétons distraits et attirer le chaland. Elles sont menées par les rares agriculteurs qui sont restés sur la région et cette activité qui leur est réservée leur permet de survivre pendant l’hiver. Mener les têtes couronnées l’hiver et les têtes cornées l’été. Il y a les milles illuminations colorées qui illuminent les façades des hôtels de luxe. Le site fut popularisé dès 1910 lorsque la famille Rothschild décida d’en faire un lieu de villégiature et connut un fort essor touristique. Mais heureusement, malgré les flots de touristes, les rues ont préservé leur caractère de petit village montagnard traditionnel.
Enfin en vacances ! Peu importe finalement la hauteur de la couche neigeuse, l’essentiel n’est pas là. Il est dans l’air des sommets et les deux chevreuils aperçus tout à l’heure. J’aurai aimé penser qu’il s’agissait de chamois mais un spécialiste de la question, un chasseur, m’affirma qu’il s’agissait de chevreuils. Là-haut, les pics sont blancs. Malgré tout, malgré le réchauffement climatique et la fonte des glaces, les sommets affichent encore une blancheur immaculée, rassurante. Des années que je n’avais pas skié et les sensations me reviennent peu à peu. En fait, j’avais surtout gardé mémoire des galères, les jours de neige, le froid, les chaussures qui compressent le mollet pendant des heures, les gants trop grands, les chutes, attendre les retardataires alors qu’on souhaiterait s’élancer sur la piste, les vêtements mouillés, déchausser, voir son ski glisser sur la poudreuse toujours plus loin, se tromper de pistes, attendre encore et encore le boulet du groupe qui n’en finit pas de se plaindre, la queue pour les télésièges, le brouillard qui tombe. Finalement, cette année, il ne reste que le meilleur. Il a fait beau depuis deux jours, un ciel pur, d’un bleu de carte postale. Et l’essentiel : glisser sur les étendues fraichement damée. Oublier la promiscuité soudaine des œufs, le tri aléatoire des occupants, leurs yeux que l’on devine sous d’épaisses et énigmatiques lunettes de soleil. On croise les moniteurs de l’ESF (Ecole de Ski Française) dans leurs combinaisons rouges. Ils sont les locaux, les maîtres des lieux et savent faire respecter leur autorité à des bataillons de jeunes oursons mal assurés sur leurs skis. Ils dirigent leur petit monde en s’exaspérant de leurs lents progrès et finissent la plupart de leurs phrases par OK interrogatif. OK ?
Leur peau est brunie par le soleil et semble prématurément vieillie faisant passer tout homme de plus de 30 ans pour un vieux beau. Les snowboarders affichent leur tenue savamment étudiée, les lèvres blanchies, les logos des marques en vogue bien en évidence. Tout doit être griffé et reconnaissable. Ils sont les rebelles des pistes, parfaitement marketés pour remplir leur rôle. Ils sont jeunes, beaux et riches. Une cible parfaite. La station leur a même mis à disposition un snow-park pour mieux les parqués. Là, une sono pollue les alentours d’une house mal à propos. Ils évoluent sous des banderoles aux couleurs des sodas pour grossir et des marques de sport aux produits fabriqués en Chine. Mais finalement, à l’arrivée sur les cimes, on oublie tout et tout le monde en admirant devant soit les forêts de pins, les pics enneigés, l’étendue blanche, la vallée plus loin.
Ce matin, quelques nuages ont fait leur apparition et la brume a recouvert progressivement le paysage. On n’y voit bientôt plus, il faut bien connaître les pistes pour pouvoir se repérer. A gauche, à droite ? La luminosité gomme les reliefs et il faut fixer un point immobile émergent de la neige : un chalet, un poteau.
Descendre encore et encore les pistes, les jambes tendues, les muscles des cuisses trop sollicités commencent à renâcler. Eviter la chute, être prudent, rentrer en entier, éviter de prendre trop de vitesse, se raisonner, ne pas jouer les Jean-Claude (Killy, Killy). Le danger n’est pas de tomber mais de ne pas admirer le paysage alentour, ne pas lever la tête, rester à fixer le bout de ses skis, focaliser sur le blanc et non sur le vert. Bientôt, c’est la descente finale, le tout-schuss, la foule des skieurs s’épaissit. On se frôle, on louvoie et on s’autorise à rêver du moment où l’on pourra ôter les enclumes que l’on a chaque pied, où l’on s’écroulera dans un fauteuil confortable, se réchauffer, se restaurer, prendre un café et noircir quelques pages blanches.
Retrouver la chaleur réconfortante du chalet, tendre la paume des mains vers les flammes orangées du feu qui crépitent dans l’âtre de la cheminée et observer, au chaud, à travers les vitres, la montagne. Envie de se plonger dans un roman d’Agatha Christie, un plaid écossais sur les jambes, un coussin dans le dos pour finir la journée.
19:24 Publié dans Voyage | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : megeve, mont blanc, cocteau, cafe, enfants, terribles






















Commentaires
Bonsoir pépé Castor !
Ecrit par : d | 05.03.2008
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