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09.03.2008

Initials BB

La salle de la cité est bondée ce soir. Un panneau apposé à l'entrée du porche indique que le lieu affiche complet. Arrivé à l'heure, il est pourtant surprenant de constater qu'il n'y a pas de file d'attente. La fouille est inexistante. On entre ici sans autre formalité que la détention d'un billet. Il est vrai que le public est innofensif, essentiellement composé d'adolescents dont on entend la présence par une vague clameur qui s'échappe de la salle ouverte, une fois franchi le porche. Les néons bleus indiquent "salle de la cité" d'une écriture ronde. Ce soir, l'enseigne brille faiblement et grésille parfois.

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Un lieu mythique, s'il en est, comparable à feu le CBGB de New-York ou Marquee de Londres, au Gibus de Paris. Une salle ouverte en 1925, née du mouvement ouvrier du XIXème siècle et accessoirement maison du peuple. C'est ici qu'on lieu les grandes réunions syndicales de l'Ouest de la France et les affiches des centrales sont affichées sur les murs sous le porche, en entrant dans la cour. La première édition des Transmusicales se tint en ces lieux, il y 30 ans déjà. Ce jour là, les spectateurs payèrent en sortant et le montant était laissé à leur appréciation. Combien de groupes mythiques ont joué dans cette salle depuis 1977 où elle commença à accueillir des concerts ?

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D'une capacité totale de 1 015 spectateurs, on peut soit transpirer dans la fosse, soit rester sagement à l'étage. Mais quel que soit sa place, on ressent la salle, on éprouve, on ressent le groupe. C'est exactement la bonne capacité pour une salle. Nous sommes loin de la froideur impersonnelle des Zenith provinciaux, du gigantisme des stades, de monstrueuses scènes des grands festivals où l'on suit les concerts par écrans géants interposés, loin aussi de la salle de l'Ubu, trop petite à mon goût. Il n'en coûte que 56 euros pour louer cette salle (sans entrée payante) si l'on est une entreprise ou une association et 284 euros pour y organiser un concert avec entrées payantes. De quoi donner des idées.

La première partie est un groupe local, Scums, qui s'inscrit bien dans l'esprit de ce que l'on appelle désormais la nouvelle scène du rock français. Des paroles en français, du rock décomplexé des influences anglo-saxonnes, une reprise de Mme Sarkozy (copieusement huée à la simple évocation de son nom) - quelqu'un m'a dit - pour le fun, une bonne énergie sans le detroy circus, la pause héroïque des groupes 80's. Ci-joint une petite vidéo de présentation du groupe et de son appartement:



Les filles hurlent d'un cri strident qui parvient, lorsqu'elle s'unissent, à couvrir la sono. Le groupe s'amuse, en joue, sans se prendre la tête et en faisant monter l'ambiance avant le groupe tant attendu, les BB Brunes. Ils savent que tout ce public ne leur est pas dédié. Entre les deux groupes, personne ne sort. Les jeunes générations ne fument pas et ne boivent pas non plus. Du moins, il faut le croire puisque dehors, la buvette ne propose que du soda. Les premières notes du seven nation army des White Stripes sont entonnées par certains et reprisent par tous.

Puis, la lumière s'éteint et l'on entend les premières notes d'Initial BB de Gainsbourg. Les BB Brunes montent sur scène. Hier à Caen, demain à Poitiers, le groupe est rodé. On sent une certaine décontraction peu habituelle pour les groupes de cet âge. Il est vrai que l'engouement de tous ces lycéens les encouragent. La version des morceaux est trés proche de celle du disque et il y a peu de place pour l'improvisation. Pas assez , peut être. Mais, la prestation est trés honorable, à défaut d'être mémorable. A l'arrière les parents semblent attendre la fin du concert avec calme et résignation. Chaque annonce d'un nouveau morceau provoque l'hystérie collective. On se presse, se bouscule et il fait trés chaud. Le service d'ordre joue les baby sitters ce soir et asperge copieusement les premiers rangs d'eau, quelques jeunes filles passent les barrières de sécurité à l'horizontale. De quoi assurer pour les années futures, l'avenir des concerts de rock. Il est trés rassurant de voir tous ces jeunes se bouger sur des gros riffs de guitare. On avait dit le rock mort, dépassé, le hip-hop avait tout balayé, la techno tout supplanté. Les jeunes? Ils vont en teuf, les pieds dans la boue, la tête dans l'ampli. Ils ne pensent qu'à la tecktonic® (une marque déposée et une belle invention marketing ). Et bien, il faut croire que non. A Paris, depuis 2005, les Rock'n roll friday du Gibus, organisé par Philippe Manoeuvre, rédacteur en chef du célibrissime magasine Rock'n Folk, attirent tout ce que la capitale compte de rock'n roll kids pour un prix modique (5 euros). Le nouveau jury de la Nouvelle Star compare ce mouvement à celui qui fit émerger le mouvement punk en Angleterre en 1977. Et s'il se prend pour Johnny Rotten, l'ex chanteur des Pistols après tout, lui aussi se commet dans des émissions de ce type (la version anglaise d'American Idol). Tous ces nouveaux groupes se nourrisent musicalement d'une époque qu'ils n'ont pas connu (les années 60 et 70), ont assimilé les principales influences du rock et jouent, chacun dans leur style, sur une base classique 2 guitares, basse, batterie sans superflu (pas de cuivres, de DJ ou de synthé). Elevés aux White Stripes, Strokes ou Libertines, certains n'hésitent pas à remonter plus loin et découvrent à leur tour les groupes fondateurs (the Stooges et le MC5, inspirateurs du mouvement punk et de tous groupes garage depuis 30 ans).

De quoi garder la foi en la musique du diable qui sans cesse attire de nouvelles victimes.

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