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12.03.2008
Nik Cohn - Triksta
On parle de Nik Cohn comme de l'inventeur de la critique rock. A 22 ans, il publie Awopbopaloobop Alopbamboom, une analyse de la musique des pionniers, ceux qui ont fait le rock des 60's qui deviendra la bible rock pour certains.

Puis, il collabore régulièrement dans les grands journaux musicaux anglais qui publient ses articles traitant essentiellement de rock, punk et rap. Il est à l'origine du morceau "pinball wizard" ajouté in extremis suite à une remarque faite à Pete Townsend sur l'album Tommy des Who. C'est également un de ses articles publié dans le New-York magazine en 1975 qui servira de scénario au cultissime "saturday night fever" avec John Travolta.
Dans Triksta, l'homme délaisse le rock pour s'intéresser à la bounce de New-Orleans. La bounce? Selon l'auteur: "quand on danse, la bounce est du sexe pur, une musique pour block parties (*), en été par grande chaleur. Le dimanche après-midi, quand la température atteint 45° dans les immeubles et que l'humidité frise les cent pour cent, les DJ font hurler la musique pendant cinq heures d'affilée et les cités deviennent d'immenses mosh pits. Des femmes, belles et grosses, des femmes belles et minces, accaparent l'espace autour des enceintes, prêtes à l'action en short moulant et en débardeur, secouent leur corps jusqu'à ce que vole la sueur et que le béton sous leurs pieds devienne aussi glissant qu'une patinoire".
L'écrivain délaisse sa plume pour s'improviser producteur de cette musique. Il erre dans les quartiers pauvres de la Nouvelle-Orleans, seul blanc au pays des rappeurs. Il découvre un univers d'ultra-violence, de culte du "gangsta", de sexe, d'armes, de drogue, de chaines en or, de grandes gueules. ici, le taux d'homicides est 8 fois supérieur à New-York et plus de la moitié de la population noire vit en dessous du seuil de pauvreté. Des quartiers entiers sont laissés à l'abandon, des "cités transformées en champs de bataille". L'administration est corrompue, les forces de l'ordre ont déserté les lieux et les gangs controlent ces territoires sauvages. C'est dans ce décor moite et dangereux que l'auteur découvre le bounce, rap sensuel qui s'échappe des énormes caissons de baffle des grosses cylindrées ou des "oldsmobile déglinguées" dans la rue.

Nick Cohn est atteint par l'hepatite C. "Ses symptomes et effets secondaires -insomnies, épuisement, psiorasis, vitiligo- n'avaient rien de romantique, pas plus que ses séquelles fréquentes, cyrrhoses et cancer du foie. Il n'y avait aucun profit dramatique à en tirer, simplement des problèmes de gestion quotidienne. Il y avait également quelques compensations. La conscience aiguë que le temps m'était compté m'a obligé à arréter de jouer". (...) "J'ai compris qu'on m'accordait une seconde vie. Peu importait le temps qui me restait, un an, dix ans, vingt ans, je devais me lancer dans la découverte. Ma curiosité, toujours trés grande, est devenue insatiable". C'est cette curiosité qui le pousse à tenter de découvrir de nouveaux artistes, de Slim, Choppa à Junie B, chaque rencontre est l'occasion d'un portrait de ces artistes des rues qui mettent leur vie au service de leur art.
Ce livre est un passionnant témoignage sur une ville, ses habitants, sa musique. Ecrit avec passion, l'auteur se livre, sans fard. Il ne se prend pas pour un grand producteur, il est plein de doutes. Bien décidé à rester fidèle à lui-même, il apparait pour ce qu'il est: un blanc au pays du rap. De ce mélange est né un grand livre, écrit avec les tripes.
Ci-joint une vidéo qui illustre bien ce mouvement:
(*) Les block parties débutèrent à Cedar Park en 1971 ou 72, "un espace vert situé au milieu des immeubles du Bronx. Là, le DJ Kool Herc investit les lieux avec une platine et un système d'amplification sonore assez proche des "sound systems" qui ont fait leur apparition en Jamaïque quelques années plus tôt. Il le branche en piratant le système d'éclairage public local et diffuse des disques des artsites phares de l'époque: James Brown, Sly and the Family Stone, mais aussi the Last Poets.
Kool Herc attire ainsi une population essentiellement composée de jeunes qui viennent danser sur ses morceaux. D'après plusieurs sources, l'idée viendrait de sa soeur qui lui aurait suggéré de venir faire écouter de la musique aux jeunes qui traînaient dans la rue, sans occupation. Cette initiative connait un grand succès et débouche sur ce que l'on va bientôt appeler des "block parties", une expresssion qui peut se traduire par "fête de quartier".
Mais Kool Herc ne se contente pas de faire succéder des disques sur sa platine, il développe des techniques qui vont marquer l'histoire du "deejaying" naissant".
Ce sera la naissance du mouvement hip-hop.
source: dossier d'accompagnement de la conférence/concert du 8/12/07 programmé dans le cadre du jeu de l'ouïe, projet d'éducation artistique des Trans et des Champs Libres - dossier réalisé par Dieynébou Fofana
12:12 Publié dans Livres | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : bounce, hip-hop, choppa, cohn, nik, triksta, critique























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