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20.03.2008
Tu as bu?

- Bonjour je m'appelle Jean-Pierre
- Bonjour Jean-Pierre (la foule)
- Je voudrais moi aussi témoigner
- Va s'y, Jean-Pierre, nous sommes tous avec toi, prends confiance
- Voilà, c'est difficile à dire ... moi aussi, lorsque j'étais jeune,
j'ai bu (sanglots). ça a commencé en discothèque, pour faire comme les autres. Et puis vous savez comment c'est. Un verre, deux verres...on ne peut plus s'arréter. On dit des bétises.
- Continue ...
- J'ai connu des excès, j'ai vomi tout partout, par le nez, les oreilles.
- Et ?
- J'ai nettoyé.
- Oui, mais encore?
- Et maintenant, je suis père. Comment jouer les prudes devant ce grand dadet aux bras ballants et à la lèvre duveteuse ? Comment ne pas
fermer les yeux sous une apparence d'autorité bafouée en croyant en l'efficacité de la bonne biture qui déchire la tête et aux vertus salvatrices de la gueule de bois? (la foule commence à se racler la gorge, mal à l'aise) Ne faut-il pas en passer par là? Que dire d'un jeune vraiment raisonnable? Ne vaut-il pas mieux faire ses conneries à l'adolescence?
- Tu t'égares, Jean-Pierre. Regarde moi dans les yeux. Juste toi et moi. Tu as bu?
- Non.
- Tu as bu?
- Mais, non. Je vous assure !
- Comment peux-tu tenir ce discours? Ici !
- En ces temps de pensées saines et sécuritaires, réhabilitons l'ivresse, la belle, la grande, la cuite épique, rare, d'où naissent les grands textes, les plus beaux jurons, le serment magique des copains de boisson, la dérive de nuits enchanteresses où l'imaginaire prend enfin forme. Laissons sur le côté les tempéraments raisonnables, les amateurs d'eau pétillante et de sodas allégés. Pour eux, l'ivresse est dangereuse. Quant aux autres, levons le coude, louons Dionysos et buvons ensemble le verre de trop.
- C'en est trop !
- Rappelez vous Charles Baudelaire : "Beaucoup de personnes me
trouveront sans doute bien indulgent (...) vous innocentez l'ivrognerie,
vous idéalisez la crapule.
J'avoue que devant les bienfaits je n'ai pas le courage de compter les griefs. D'ailleurs, j'ai dit que le vin était assimilable à l'homme, et j'ai accordé que leurs crimes étaient égal à leurs vertus. Puis-je mieux faire? (...) N'est-il pas raisonnable de penser que des gens qui ne boivent jamais de vin, naïfs ou systématiques, sont des imbéciles ou des hypocrites; (...) un homme qui ne boit que de l'eau a un secret à cacher à ses semblables".
- Merci, Jean-Pierre. Je crois que ça sera tout pour ce soir.
Lien vers un blog "Un esprit malsain dans un corps malsain": un verre pour la déroute
Extrait de "Women" de Bukowski:
"En beaucoup de domaines, j'étais un sentimental : des chaussures de femme sous le lit ; une épingle à cheveux abandonnée sur la commode ; leur façon de dire : "Je vais faire pipi… ", les rubans qu'elles mettent dans leurs cheveux ; descendre le boulevard avec elles, à une heure et demi de l'après-midi, deux personnes marchant ensemble, simplement ; les longues nuits de beuverie, de tabagie, de discussions ; les scènes ; penser au suicide ; partager un repas en se sentant bien ; les plaisanteries, les rires absurdes ; sentir les miracles dans l'air ; ensemble dans une voiture en stationnement ; comparer les amours d'antan à trois heures du matin ; s'entendre dire qu'on ronfle, écouter ronfler ; les mères, les filles, les fils, les chats, les chiens ; parfois la mort , parfois le divorce, mais toujours continuer, s'accrocher ; lire seul le journal dans une buvette et sentir une nausée te retourner l'estomac parce que maintenant elle est mariée avec un dentiste ayant un QI de 95 ; les courses de chevaux, les parcs, les pique-niques dans les parcs ; même la prison ; ton goût pour la gnôle, son goût pour la danse, tes baises en douce, et elle qui fait pareil ; dormir ensemble…"
15:24 Publié dans Le café lecture | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note | Tags : ivresse, boisson, jeune, alcool, baudelaire





















Commentaires
Superbe photo ! Sacré Bukowski, je me rappellerais toujours son passage dans l'émission de Bernard Pivot, Apostrophes, où il était totalement défoncé !
Ecrit par : Tietie007 | 22.03.2008
Ah oui cette émission, c'était du grand Bukowski !
Ecrit par : Eve | 04.04.2008
Allez tiens ce soir : Whisky ! A la santé du grand Charles, le paquet de clops ouvert, le niveau qui baisse, et ma plume !
A la vôtre ....
Ecrit par : dom | 04.04.2008
Il faut être toujours ivre, tout est là ; c'est l'unique question. Pour ne pas sentir l'horrible fardeau du temps qui brise vos épaules et vous penche vers la terre, il faut vous enivrer sans trêve.
Mais de quoi? De vin, de poésie, ou de vertu à votre guise, mais enivrez-vous!
Ecrit par : dom | 04.04.2008
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