22.03.2008

Harlan Coben - Innocent

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"Votre nom est Matt Hunter. Vous avez vingt ans. Vous avez grandi dans une banlieue résidentielle du New Jersey, non loin de Manhattan. (...) Vos parents travaillent dur et vous aiment inconditionnellement. Vous êtes leur deuxième enfant. Vous avez un grand frère que vous idôlatrez et une petite soeur que vous tolérez..." Dès les premières lignes du prologue (ci-dessous en extrait), l'auteur nous scotche à ses pages et on peut facilement comprendre comment il se retrouve régulièrement en tête des best-seller.

Les histoires de cet auteur se ressemblent toutes un peu mais peu importe car, à chaque fois, on se laisse prendre. Ici, un ex-taulard sur la voie de la réhabilitation avec un travail respectable dans un cabinet de juristes, reçoit une vidéo sur son téléphone portable de sa femme dans une chambre d'hotel avec un inconnu qui semble le narguer. Que se passe-t-il? Quel lien avec le collège catholique St Margareth à Newark ?

Pas la peine de minauder: les caractères sont taillés d'un bloc, stéréotypés, les situations prévisibles mais peu importe. Car, on s'abime dans les doutes du personnage central. Accusé d'un homicide involontaire, il a connu la prison. Il se retrouve dans une situation comparable à celle, vécue 15 ans plus tôt. Comment va-t-il réagir? Peut-il réellement se réhabiliter après avoir connu la prison? Ne va-t-il pas replonger, se laisser aller à cogner?

Et, comme à son habitude, il y a l'être aimé, Olivia, loin, perdue, qu'il faudra retrouver sans cesser de croire que sa duplicité avérée est un leurre. On explore les bas-fonds du Nevada, les boites à strip-tease et la description du quotidien de ces danseuses est particulièrement caricaturale (les pauvres filles, comment vont-elles se sortir de là, c'est mal de s'exhiber ainsi...). On sent que le récit, le décor sont déconnectés du réel. Harlan Coben est un auteur en chambre, nourrit aux clichés des séries TV, habile pour ficeler un scénario même si le dénouement final est compliqué, tarabiscoté et peu crédible.

Extrait du prologue :

Vous n'avez jamais eu l'intention de le tuer.
Votre nom est Matt Hunter. Vous avez vingt ans. Vous avez grandi dans une banlieue résidentielle du New Jersey, non loin de Manhattan. Votre quartier ne paie pas de mine, mais la ville elle-même est relativement riche. Vos parents travaillent dur et vous aiment inconditionnellement. Vous êtes leur deuxième enfant. Vous avez un grand frère que vous idolâtrez et une petite sœur que vous tolérez.
Comme tous les gosses du voisinage, vous vous faites du souci pour votre avenir et vous interrogez sur l'université qui va vous accepter. Vous vous appliquez, et vos notes sont bonnes, sinon extraordinaires. Vous avez une moyenne de A moins. Vous n'êtes pas dans les dix premiers, mais tout juste. Vous avez d'honnêtes activités parascolaires ; entre autres, vous exercez la fonction de trésorier du lycée. Vous faites partie à la fois de l'équipe de foot et de celle de basket - vous êtes assez fort pour jouer en troisième division, mais pas suffisamment pour décrocher une bourse. Vous avez légèrement tendance à la ramener et vous ne manquez pas de charme. En termes de popularité, vous vous classez tout de suite après le peloton de tête. Quand vous vous présentez aux tests de sélection qui vont décider de votre cursus universitaire, votre conseiller d'orientation est surpris par vos bons résultats.
Vous visez l'Ivy League, mais à vrai dire vous ne faites pas le poids. Harvard et Yale vous refusent tout net. Penn et Columbia vous placent en liste d'attente. Pour finir, vous entrez à Bowdoin, un petit établissement sélect à Brunswick, dans le Maine. Vous vous y sentez bien. Les classes sont petites. Vous vous faites des amis. Vous n'avez pas de copine attitrée, sans doute parce que vous n'en voulez pas. En deuxième année, vous intégrez l'équipe de foot en tant qu'arrière. En troisième, vous commencez le basket, et maintenant que leur joueur vedette a terminé ses études, vous avez de grandes chances de gagner de précieuses minutes de temps de jeu.
C'est là, en revenant sur le campus entre le premier et le second semestre de cette troisième année de fac, que vous tuez quelqu'un.
Vous passez des vacances délicieusement mouvementées dans votre famille, mais il y a l'entraînement de basket. Vous embrassez donc papa et maman et repartez avec votre meilleur copain et camarade de chambre, Duff. Duff vient de Westchester, dans l'État de New York. Il est trapu, avec des jambes comme des poteaux. Plaqueur droit dans l'équipe de foot, il joue les remplaçants dans celle de basket. C'est le plus gros buveur de tout le campus - il n'a jamais perdu un seul concours de bières.
Vous conduisez.
Duff veut s'arrêter à l'université du Massachusetts, à Amherst. C'est sur le chemin. Un de ses vieux copains de lycée y fait partie d'une confrérie de oufs. Et ils donnent une mégafête.
Vous n'êtes pas très emballé, seulement vous n'êtes pas du style rabat-joie. Vous vous sentez plus à l'aise dans les réunions en petit comité, où vous connaissez tout le monde. Bowdoin compte environ mille six cents étudiants. Amherst, quarante mille. En ce début de janvier, il fait un froid de canard. Le sol est couvert de neige. En entrant dans la maison de la confrérie, vous pouvez voir votre haleine.
Duff et vous jetez vos manteaux sur la pile. Ce geste nonchalant, vous aurez souvent l'occasion d'y repenser dans les années à venir. Si seulement vous aviez gardé votre manteau, si vous l'aviez laissé dans la voiture, si vous l'aviez posé ailleurs...
Mais ça n'a pas été le cas.
La fête est sympa. L'ambiance est chaude, pourtant il y a là quelque chose d'un peu forcé. L'ami de Duff veut que vous passiez tous les deux la nuit dans sa chambre. Vous acquiescez. Vous picolez pas mal - c'est une soirée entre étudiants, non ? -, mais certainement pas autant que Duff. La fête tire à sa fin. À un moment donné, vous allez chercher vos manteaux. Duff a une bière à la main. Il attrape son manteau et le drape par-dessus son épaule.
C'est là qu'il renverse un peu de bière.
Pas beaucoup. Juste une éclaboussure. Ça suffit.
La bière atterrit sur un coupe-vent rouge. C'est l'une des choses dont vous vous souvenez. Dehors, il gèle à pierre fendre, et pourtant quelqu'un est venu avec un simple coupe-vent. L'autre chose qui continuera à vous obséder, c'est qu'un coupe-vent est imperméable. Quelques gouttes de bière risquent difficilement de l'abîmer. Ça ne tache pas, la bière. Il n'y a qu'à rincer un petit coup.
Cependant quelqu'un hurle
- Eh !
Le propriétaire du coupe-vent rouge est un type baraqué, mais pas un colosse. Duff hausse les épaules. Sans s'excuser. Le gars, M. Coupe-Vent Rouge, lui en colle une. Erreur. Car vous savez que Duff a la détente rapide. Dans chaque établissement scolaire, il y a un Duff - celui qu'on n'imagine pas perdre une bagarre.
C'est bien tout le problème. Dans chaque établissement scolaire, il y a un Duff. Et il arrive que votre Duff tombe sur leur Duff à eux.
Vous tentez de vous interposer, de calmer le jeu, mais vous avez affaire à deux excités, imbibés de bibine, qui rougissent et serrent les poings. Un défi est lancé. Vous ne vous rappelez plus qui a fait ça. Tout le monde sort dans la nuit glacée et vous réalisez que vous êtes dans un sacré pétrin. Le gaillard au coupe-vent rouge est avec des potes.
Ils sont huit ou neuf. Vous et Duff êtes seuls. Vous cherchez des yeux le copain de lycée de Duff - Mark ou Mike, vous ne savez plus -, il n'est pas là.
La bagarre démarre aussitôt.
Tête baissée à la façon d'un taureau, Duff fonce sur Coupe-Vent Rouge. Ce dernier s'écarte et le cravate. Il le frappe au visage. Sans lâcher prise, il cogne à nouveau. Puis encore. Et encore.
La tête en bas, Duff s'agite frénétiquement, sans succès. Au bout du septième ou huitième coup, il cesse de s'agiter. Les amis de Coupe-Vent Rouge l'acclament. Duff laisse retomber ses bras.
Vous voulez arrêter ça, seulement vous ne savez pas comment faire. Coupe-Vent Rouge s'acquitte de sa tâche méthodiquement, en prenant son temps, avec de grosses vannes en prime. Ses copains l'encouragent. Des "Oh !" et des "Ah !" saluent chaque torgnole.
Vous êtes terrorisé.
Votre ami se fait tabasser, pourtant c'est votre propre sort qui vous inquiète. Ça vous mortifie. Vous avez envie de faire quelque chose, mais vous avez peur, très peur. Vous êtes incapable de bouger. Vous avez des jambes en coton. Des fourmis dans les bras. Et vous vous en voulez à mort.
Coupe-Vent Rouge met un nouveau coup de poing à Duff, en pleine figure. Puis desserre son étreinte. Duff s'écroule comme un paquet de linge sale. Coupe-Vent Rouge le frappe du pied dans les côtes.

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