« Hasards et lecture | Page d'accueil | Dieu, Lester Young et Lobo Antunes - extrait »

21.04.2008

Etrange nostalgie

155759386.JPG
Dimanche, jour du seigneur, du gigot, des réunions familiales qui n’en finissent pas et des ballades digestives ennuyeuses « pour voir la mer ».
En cette mi-saison, on hésite encore entre pulls et chemises. L’allée Pablo Picasso longe la grande plage de Dinard. Sur sa gauche, des cabines de plage donnent des envies d’été, de gaufres dégoulinantes de chocolat liquide et de glaces italiennes. La villa Reine Hortense les surplombe et sa façade est colorée d’une couleur vieux rose bonbon qui lui donne des airs de vieille lady. Sa terrasse donne envie de paresser en écoutant le bruit des vagues et en relisant une vieille intrigue de Miss Marple. Je pense à Agatha Christie qui a fait ses premières brassées ici même.

183824333.JPG

Sur une tablette, le long de la promenade, il est écrit que « le premier établissement de bains de Dinard est un édifice rudimentaire qualifié de « cabane fixe » équipée d’un tonneau et de quelques cabines roulantes ». Plus loin, on apprend que la mode des bains de mer débuta au milieu du XIXème siècle.
Au dessus de nous, les mouettes virevoltent et se laissent porter par le vent tiède. L’une d’entre elle tente d’emporter un brin d’algue mais elle le perd en plein vol. Le temps semble se ralentir, le bruit des conversations se perd dans le paysage, avalé par cette immense étendue de sable, ce grand amphithéâtre naturel.
Une étrange nostalgie m’envahit. Celle de tous ces étés passés dans ce décor naturel, des heures à jouer au soleil. Des souvenirs qui ne sont pas les miens, qui auraient pu être les miens. Une nostalgie déplacée, portée par ce lieu chargé d’empreintes d’hier. Un portique surmonté d’une enseigne « club des écureuils », des marchands d’articles de plage, de bouées en plastique, de boules de pétanque colorées, de seaux, de pelles, de réglisse, de lunettes de soleil de pacotille, de cartes postales, de colliers en coquillages vernis. L’odeur des pins, le rire des enfants, le ressac de la mer, des empreintes intemporelles qui marquent à jamais nos mémoires universelles.

237471831.JPG


Plage de l’Ecluse, chemin de ronde, … Je pense aux contes d’été d’Eric Rohmer, aux longues discussions en marchant sur les chemins du bocage sur les amours de vacances, l’indécision de Gaspard à choisir parmi ses conquêtes, à la pluie, un repas dans une crêperie, une 4L pour faire l’aller retour à Rennes, une guitare pour jouer des chants de marin … Souvenirs d’un film qui pourraient se confondre là encore avec mes propres souvenirs.
J’ai connu des étés comme ceux là, des longues après-midi à construire des châteaux de sable, à dresser des murailles protégeant des bassins contre la marée montante. Je me souviens des goûters, assis sur une serviette jaune en coton, des gâteaux BN au chocolat rendus mous par la chaleur, les dents qui croquent des grains de sable, des bains toujours trop courts à mon goût et jamais froids, jouer avec le rouleau des vagues et traîner sur le bord, profiter encore quelques instants de la tiédeur de l’eau puis retourner en grelottant à sa place, un peu inquiet de ne pas la retrouver. Cette nostalgie étrange est sans doute celle de l’enfance.
1038851907.JPG

« …j’ai reconnu aussitôt cette odeur, cette lumière. Si seulement, on pouvait me rendre, fût-ce une minute ce que j’ai perdu. Assieds-toi sur ces marches bordées de vigne. Tu t’en souviens ».
Antonio Lobo Antunes – Livre de chroniques III




Ecrire un commentaire