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22.04.2008

Dieu, Lester Young et Lobo Antunes - extrait

Un extrait d'une chronique d'Antonio Lobo antunes, extrait de son livre de Chroniques III. Un livre que je découvre actuellement et que j'aurai envie de citer dans son intégralité. Ici, il s'agit d'un morceau tiré de "Dieu comme amateur de jazz"

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"(…) le Ben Webster de la fin, celui d’atmosphère pour amants et voleurs, où l’on apprend davantage sur les métaphores directes et les non-dits que
dans n’importe quel manuel de technique littéraire. Lester Young, lui, m’a appris le phrasé. Il avait commencé par jouer de la batterie, plus tard, un critique lui demanda les raisons qui l’avaient conduit à abandonner la batterie pour un instrument à vent, et il répondit :
- Vous savez, la batterie est un instrument terriblement compliqué. A la fin des concerts, quand j’avais fini de la démonter, tous mes collègues étaient déjà partis avec les plus belles filles.

Le désir d’avoir de jolies filles l’a conduit également à créer, entre autres chefs d’œuvre, These foolish things où chaque note semble le dernier soupir d’un ange illuminé. La photo que j’ai de Lester Young montre un homme dans une chambre d’hôtel, assis sur le bord d’un lit, avec un sax ténor près de lui. Maigre et vieilli, il vous fixe à travers les années avec les yeux les plus doux et les plus tristes que j’aie jamais vus, il porte une cravate de travers et une veste froissée, mais peu de gens ont rarement été aussi proche de Dieu que ce vagabond céleste. Ben Webster, pour sa part, ressemblait à un boutiquier qu’une auréole invisible mais réelle transfigurait. Ces trois êtres sont assis à la droite du Père et je m’étonne de ne pas les retrouver sur les autels des cieux de marbre et de plâtre, pour des alcooliques déréglés et des pécheurs invétérés. Il y a visiblement des gens qui se sentent mieux en compagnie de personnes édifiantes qui n’ont rien édifié, sinon des vies sans joie s’achevant dans une agonie vertueuse embaumée de lys. Mais je pense que dieu n’est pas un sot, et je suis sûr que tant de bonté mélancolique et de médiocrité rachitique lui donne la nausée. Je parie même qu’il joue de la batterie histoire de laisser aux autres les plus jolies filles, et qu’il reste sur scène à ranger discrètement tout son barda, caisses et cuivres, tandis que Charlie Parker, Lester Young et Ben Webster emportent tranquillement gin, marijuana et jolies filles dans un studio d’enregistrement, où Billie Holiday se met à l’instant même à chanter Sa puissance et Sa gloire jusqu’à la fin des temps".

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