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24.04.2008

Achetons gaiement


I’m all lost in the supermarket
I can no longer shop happily
I came in here for that special offer
A guaranteed personality

The Clash


Assis dans un fast-food, une tasse de café fumant devant moi, j’observe les allées et venues de consommateurs à l’entrée d’un centre commercial de la périphérie d’Angoulême. Je pense à ces images diffusées quelques jours plus tôt lors d’un reportage sur les femmes aux Emirats Arabes Unis. Elles s’ennuyaient profondément, tournaient en rond dans un pays où la seule occupation est de dépenser l’argent de leur mari (la majorité d’entre elles ne travaillent pas). Pour effectuer ces achats, des espaces marchands poussent comme des champignons dans le pays. Les vitres fumées, l’air conditionné, tout concoure à assurer le bien être de leurs visiteurs. Acheter pour tromper l’ennui, acheter pour exister.

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Empiler des objets inutiles pour éprouver le frisson du moment où l’objet exposé devient le sien, se rassurer par le sourire obséquieux et la déférence du vendeur qui flatte l’ego (ça vous va vraiment bien, vous savez le porter), oublier la vacuité des existences.
Et ici ? Dans ce temple de la consommation de la province française, est-ce différent ? Les achats semblent programmés par l’absorption quotidienne de 3h40 d’images télévisées (c’est la dernière statistique et ce chiffre, chaque fois que j’y pense, me paraît toujours aussi énorme). Les consommateurs sont hypnotisés par ces écrans animés puis, comme des automates, vont remplir leur caddie et faire fonctionner l’économie mondiale.
Ils poussent leur chariot avec l’illusion de pouvoir choisir, se disent qu’ils ne sont pas uniquement une cible.
Mais, c’est trop tard.
Cela fait maintenant longtemps que les experts du marketing nous ont criblés (de dettes parfois), de slogans, d’images conditionnées du bonheur, de fantasmes de perfection. Le rasoir à 4 lames, la 2ème paire de lunettes pour 1€ supplémentaire, la brosse à dent à manche incurvé, un nouveau parfum de savon liquide.
Ils nous transmettent par voie cathodique des messages que l’on stocke dans le disque dur de nos mémoires, passent au rouleau compresseur nos idées, les formatent puis nous sondent, analysent le moindre de nos désirs pour s’assurer que nous choisirons les bons produits pour remplir nos réfrigérateurs.
Rassurez-vous messieurs les stratèges, nous prendrons bien le bon emballage coloré et inutile à portée de main, bien visible en tête de gondole : le café « commerce équitable », la lessive « développement durable », la housse de couette en coton naturel, les ampoules à économie d’énergie, le déodorant de voiture au parfum zen. Tout ceci est totalement en phase avec nos convictions les plus profondes.
Bien sûr.
Sommes-nous si différents de ces femmes voilées qui errent chaque jour dans les grands centres commerciaux des Emirats Arabes Unis ? Travailler la semaine pour dépenser joyeusement, en famille, le samedi en arpentant les allées des rayons bien achalandés. Un rêve de publicitaire.
Comment échapper à ce cauchemar ?
Mon café devant moi est tiède à présent. J'avale une gorgée.
Il est temps. J'ai quelques courses à faire.
Je penserai à ces femmes à Dubaï.

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