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11.05.2008

Viens voir la vie avec moi

Quel fut véritablement ton premier amour ?
La toute première jeune fille qui te fit éprouver ce « sentiment d’infini à la portée des caniches » comme l’écrivait Céline ?
La scène se passait dans le salon familial, perché au quatrième étage d’une tour construite dans les années soixante. Allongé sur le tapis usé, la tête reposant sur le buffet en bois couleur ébène dans une position inconfortable, j’observais les images s’animer sur le gros poste de télévision en noir et blanc. Il fallait du temps pour le mettre en route, qu’il chauffe suffisamment. Nous attendions patiemment devant l’écran monochrome que l’image se précise. Puis, c’était l’heure du feuilleton. Il y avait des épisodes de Maigret qui m’ennuyaient. Trop longs, trop lents. J’aimais les histoires d’animaux, Rintintin le chien, Flipper Le Dauphin, Skippy le kangourou, Belle et Sébastien.
Plus tard, je découvrais une autre série, « le jeune Fabre », programmée à la même heure. Je retrouvais l’acteur ayant incarné Sébastien dans un rôle de jeune homme dans le quartier de Montmartre des années 70. A 16 ans, il découvre le sentiment amoureux, la jalousie, les déceptions également. Il fait ses premiers pas dans la vie professionnelle, se confronte à son père, peintre instable, trop porté sur la boisson et incapable d’élever seul son fils.

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La première diffusion date de 1973. J’avais 6 ans. Ai-je revu cette série plus tard ? Mes premiers émois furent-ils éprouvés dès 1973 ? A vrai dire, il fut rediffusé vers 1985/1986 « Ma mémoire est incertaine mais mon cœur, lui, n’oublie pas » comme le chantait Demis Roussos, alors en pleine gloire, qui signe le générique de ce feuilleton.
Comment oublier les jupes courtes de l’actrice, son regard malicieux, son sourire, son charme ? Ces trucs là, ça marque une vie ! Cette douce romance, que je trouverai vraisemblablement kitch si je la revoyais après toutes ces années, me permettait de m’évader de l’univers des séries pour plus jeunes. J’étais sans doute trop naïf pour m’identifier au personnage masculin (Medhi, le fils de l’auteur, Cécile Aubry). Pourtant, je pressentais, en vivant ces aventures par écran interposé, la possibilité d‘une totale liberté. Ce jeune homme qui fréquentait une belle jeune fille, qui courait dans les rues de la ville sans se soucier de l’heure, qui séchait les cours, s’évadait de chez lui, se construisait un avenir, s’opposait à son père, quel choc ! Et cette relation toute particulière entre les deux personnages centraux, Jérôme et Isabelle, de quoi s’agissait-il ? Que savais-je de ce qui pouvait unir un homme et une femme ? Il n’y avait là aucune sexualité identifiée comme telle. Pourtant ces deux là, ils se tournaient autour d’une façon qui m’intriguait. Ils paraissaient si contents d’être ensemble, si heureux de se retrouver. Elle le regardait avec de grands yeux plein d’espoir. Ce beau sentiment était exacerbé par la musique romantique du générique.

A l’âge de 14 ans, j’avais commencé à approcher les jeunes filles et cernait mieux ce que pouvait être une belle relation fleur bleue. C’est à cette époque que la belle actrice m’apparue de nouveau sur l’écran de télévision pour jouer le rôle de Joëlle Mazart, une assistante sociale dans un lycée difficile. Elle était devenue une jeune femme, raisonnable, prodiguant de bons conseils à des adolescents en difficultés. L’effet d’identification fonctionna de nouveau.

Mais, ce fut dans ce salon du quatrième étage d’une tour des années soixante, la tête inconfortablement posée sur le buffet, que je découvrais ce que pourrait être le sentiment amoureux.




Elle, chante la vie
C'est une fille, belle
Comme Montmartre dans ses vignes
Elle, te dit Viens, descends donc par la rue des Saules
Tu as le soleil sur ton épaule
Viens, voir la vie avec moi


Paroles du générique du « jeune Fabre»


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