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17.05.2008

Rencontre hors cadre

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Sur un mur peint en blanc, en montant le magistral escalier en bois d’un riad luxueux, je m’arrête sur le palier. Au dessus de moi, quatre photographies sont exposées sur le mur blanc. Ce sont des reproductions de cartes postales anciennes, l’une d’elle est datée de 1912. Elle représente une partie de la ville, une entrée de la Médian. Des hommes sourient en portant leur regard vers l’objectif, sans doute intrigués par le drôle d’appareil en bois sur pied qui les fixe. Ils sont beaux dans leur djellaba blanche, témoins muets d’un passé évanoui. Ils me regardent, je les observe. Un échange à travers le temps, les lieux, les cultures, la mort. Je m’abime dans le sépia et plonge entre les baguettes de bois couleur ébène. J’atteins cette autre réalité que peu d’occidentaux connurent. Seuls les aventureux traversaient les terres espagnoles, le canal de Gibraltar puis de Casablanca rejoignaient Marrakech. A moins que ce fussent des navigateurs espagnols ou portugais.
Derrière moi, j’entends des pas qui gravissent l’escalier, me croisent puis s’estompent. Je prends conscience du lieu où je me trouve. Ici, l’observation attentive de cette photo prend tout son sens. Je pourrai être ce photographe qui, ce jour de 1912, se pencha sous la cape noire de son appareil puis déclencha son objectif pour immortaliser une scène de la vie d‘ici. Une réalité qui n’était pas la sienne et qu’il a voulu domestiquer sur papier. Fier de cet instantané, il est retourné parmi les siens et a exposé ses clichés pour témoigner, pour faire découvrir cette autre réalité « exotique ». Cette image devint carte postale, griffonnée d’un côté, estampillée de l’autre. Elle traversa les mers. La finalité était la même. Elle rendait compte. C’est sans doute cette même motivation qui me fit sortir mon appareil photo numérique cet après-midi pour collecter des fragments d’ici. Je les diffuserai, les commenterai fièrement.

Pourquoi ces hommes en blanc sourient-ils ? Peut-être sont-ils tout simplement heureux d’être là, ensemble, sur cette petite butte devant une des portes de la cité promise. Ce sont des voyageurs, le lourd attelage de leur mule en témoigne. Combien de jours de marche ont-ils effectué avant d’atteindre leur destination ? Comment cette carte postale a-t-elle voyagé à travers le temps ? Ces voyageurs ont-ils des descendants ? Ces descendants savent-ils que leurs glorieux ancêtres ornent les murs d’un riad ? Les questions se bousculent.

Mon grand-père paternel fut lui aussi pris en photo dans les années 30. Cette photo devient, elle aussi, une carte postale qui le représente assis sur une moto, à l’arrêt, devant une pompe à essence, dans la rue principale d’un village breton. Peut-être cette carte postale est-elle exposée sur les murs d’un pallier d’escalier d’un luxueux hôtel de bord de mer.

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En fin de journée, après une longue journée de découverte de la côte, un touriste allemand gravit les marches pour rejoindre sa chambre. Il stoppe un instant son ascension et se laisse happer par l’image en noir et blanc au dessus de sa tête. Il se représente le quotidien de cette région au début du siècle dernier. Il observe ce motard immobile. Qui est-il ? A-t-il eu des descendants ? Sont-ils vivants ?
C’est un allemand ou peut-être un marocain.
Une rencontre improbable, hors cadre.


Commentaires

Magnifique !

Ecrit par : frasby | 18.05.2008

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