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20.05.2008

Tahar Ben Jelloun – l’enfant de sable

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Ce livre débute par la voix du conteur, semblable à celles de ceux qui occupent les places publiques des médinas du Maroc. D’entrée, il sait capter l’attention de son auditoire. Les badauds s’arrêtent, amusé. Ils rentrent dans l’histoire, deviennent captivés. Comme moi en tournant ces premières pages.
Dans un pays où chaque homme se doit d’avoir une descendance male, un père décide de travestir, aux yeux de tous, sa huitième fille pour assurer la pérennité des affaires familiales.

Extrait :
- Alors, j'ai décidé que la huitième naissance serait une fête, la plus grande des cérémonies, une joie qui durerait sept jours et sept nuits. Tu seras une mère, une vraie mère, tu seras une princesse, car tu auras accouché d'un garçon. L'enfant que tu mettras au monde sera un mâle, ce sera un homme. Il s'appellera Ahmed même si c'est une fille! J'ai tout arrangé, j'ai tout prévu. On fera venir Lalla Radhia, la vieille sage-femme; elle en a pour un an ou deux, et puis je lui donnerai l'argent qu'il faut pour qu'elle garde le secret... »
Ainsi le pacte fut scellé! La femme ne pouvait qu'acquiescer. Elle obéit à son mari, comme d'habitude, mais se sentit cette fois-ci concernée par une action commune. Elle était enfin dans une complicité avec son époux. Sa vie allait avoir un sens; elle était embarquée dans le navire de l'énigme qui allait voguer sur des mers lointaines et insoupçonnées.


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Il faut réellement se laisser embarquer dans ce récit qui quitte souvent les rives du réel pour le merveilleux, la poésie, le mystère. Le conteur se mélange, s’embrouille dans son récit, Un orateur l’interrompt. On découvre le journal intime de Hammed, la jeune femme devenue jeune homme. Ses pages s’effacent à la lueur de la pleine lune. Il faut inventer la suite.

La lecture fut parfois difficile. Je l’ai stoppé puis repris, plusieurs fois. Pourtant, arrivé au bout de cette légende, je me dis que ce fut un beau voyage au pays des mille et une nuits, une initiation au mode de pensée du pays. La structure n’est pas linéaire, différente, avec de multiples apartés, des contradictions, des ouvertures.

Les premiers chapitres sont d’ailleurs intitulés du nom de chacune des portes d’entrée de la ville, ces lourdes portes en bois sculpté qui percent les fortifications des murs d’enceinte de la Médian de Marrakech. Elles représentent une entrée et une sortie possible pour le voyageur embarqué dans ce récit. Elles sont parfois opposées comme les suites et fins de l’histoire d’Hammed.

Comme le précise l’auteur : "Et puis un livre, du moins tel que je le conçois, est un labyrinthe fait à dessein pour confondre les hommes, avec l'intention de les perdre et de les ramener aux dimensions étroites de leurs ambitions."

Commentaires

Tout ça donne assez envie de le lire...merci .C'est bien ici ;-)

Ecrit par : frasby | 20.05.2008

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