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23.05.2008
Jeunesse perdue
Why don't you all f-fade away (Talkin' 'bout my generation)
And don't try to dig what we all s-s-say (Talkin' 'bout my generation)
I'm not trying to cause a big s-s-sensation (Talkin' 'bout my generation)
I'm just talkin' 'bout my g-g-g-generation (Talkin' 'bout my generation)
This is my generation
This is my generation, baby
Pourquoi ne disparaissez vous pas tous? ( parlant d'ma génération)
Et n'essayez surtout pas de piger ce qu'on dit tous ( parlant d'ma génération)
Là je ne cherche pas à faire une grosse impression ( parlant d'ma génération)
Je parle seulement de ma génération ( parlant d'ma génération)
C'est ma génération
C'est ma génération, bébé
The WHO – My generation

C’était quelques minutes avant qu’ils ne rentrent sur scène. Nous attendions ce précieux moment depuis plusieurs semaines. Nous avions d’abord appris par cœur les morceaux du nouvel album puis réécouter avec émotion les plus anciens. L’excitation montait alors que se réduisaient les minutes qui nous séparaient de l’évènement. Chacun d’entre nous venaient de loin. Il avait fallu rouler des centaines de kilomètres pour se retrouver là, dans la pénombre souterraine. Nous avions abandonné femmes, maîtresse et enfants pour un soir, pour ce soir, le grand soir. De toute notre tribu, il ne restait que nous, quatre copains d’ici que la vie avait éloigné géographiquement et que le rock rapprochait régulièrement. Qu’étions-nous venus chercher ?
- Finalement, ce soir, nous récupérons un peu de notre jeunesse perdue » m’avoua Hubert d’une voix forte pour couvrir le morceau des Libertines lancé à toute volée. L’observation du public confortait ses propos : les cranes étaient dégarnis, les verres progressifs et les ventres arrondis se pressaient poliment devant la scène. Etaient-ils tous comme nous, de vieux nostalgiques qui refusaient de lâcher la rampe et préféraient, pour un soir, honorer leurs héros de jeunesse à l’abrutissement télévisuel.
Quelques minutes avant, deux de ces décatis étaient venus saluer l’un d’entre nous qui avait précisé « Des gars qui animent une émission de radio ». Ils nous avaient ensuite tendu la main, d’un geste amical. Nous ne les connaissions pas.
- Tu les reconnais ? Ils étaient avec nous au lycée ».
Non, ces visages m’étaient définitivement inconnus mais de cela, je ne m’en souciais pas. Cette brève entrevue m’interrogeait sur comment ces débris avaient-ils pu être la même année que nous au lycée. Ils étaient beaucoup trop vieux pour cela. Je refusais catégoriquement d’admettre cette triste réalité. J’étais rassuré de ne pas avoir reconnu ces éventuels anciens camarades de classe. Puis une autre question plus insidieuse vint. Paraissais-je aussi vieux qu’eux ?
Le morceau rock s’estompe dans la salle, la lumière s’assombrit et le cœur s’emballe. L’imminence du concert presse les soiffards, parqués à l’arrière de la salle, à vider leur gobelet de bière tiède. Le silence tendu laisse place à un rugissement de guitare. Les Fleshtones envahissent la scène, sautent dans la salle, s’installent sur les escaliers qui mènent au bar, attirent les regards. Toutes les lumières se sont rallumées le temps d’une ovation préliminaire. Ils repartent. Il faut aller au charbon. L’orgue farfisa au son mal réglé et la guitare fuzz rappellent le son des productions des années 60 lorsque le rock dérivait vers le psychédélisme. La voix est incertaine. Le groupe se chauffe. Au deuxième morceau, la machine s’emballe, les cris fusent, la température monte. On danse, on s’agite. Nous y sommes. Au cœur du cyclone, là, où nous n’avons définitivement plus d’âge. A moins que, le temps d’un morceau ou deux, nous récupérions sans nous en apercevoir des fragments de notre jeunesse perdue.
12:58 Publié dans Le café lecture | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note






















Commentaires
veinards ! pas une date en Rhone Alpes...
Ecrit par : La bUze | 23.05.2008
Il n'y a plus de jeunesse perdue, mais la recherche de l'intemporalité.
Ecrit par : Patrick S. VAST | 23.05.2008
C'est ce qui s'appelle dépasser les bornes, faire des kilomètres pour un concert, et puis dépasser un âge certain pour se conduire comme des ados, surtout la clop au bec à la terrasse d'un café sous la pluie battante. C'est peut-être cela être rock'n'roll. (j'aime bien l'image) !
Ecrit par : dom | 25.05.2008
Intrus perdu, noyé, presque transparent au milieu du flot des mots relatifs au rock, du champ lexical de l’euphorie et autre excitation, on aura remarqué le singulier d’une liaison entre les femmes et les enfants…
:-)
Ecrit par : Virginie | 26.05.2008
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