17.05.2008

Rencontre hors cadre

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Sur un mur peint en blanc, en montant le magistral escalier en bois d’un riad luxueux, je m’arrête sur le palier. Au dessus de moi, quatre photographies sont exposées sur le mur blanc. Ce sont des reproductions de cartes postales anciennes, l’une d’elle est datée de 1912. Elle représente une partie de la ville, une entrée de la Médian. Des hommes sourient en portant leur regard vers l’objectif, sans doute intrigués par le drôle d’appareil en bois sur pied qui les fixe. Ils sont beaux dans leur djellaba blanche, témoins muets d’un passé évanoui. Ils me regardent, je les observe. Un échange à travers le temps, les lieux, les cultures, la mort. Je m’abime dans le sépia et plonge entre les baguettes de bois couleur ébène. J’atteins cette autre réalité que peu d’occidentaux connurent. Seuls les aventureux traversaient les terres espagnoles, le canal de Gibraltar puis de Casablanca rejoignaient Marrakech. A moins que ce fussent des navigateurs espagnols ou portugais.
Derrière moi, j’entends des pas qui gravissent l’escalier, me croisent puis s’estompent. Je prends conscience du lieu où je me trouve. Ici, l’observation attentive de cette photo prend tout son sens. Je pourrai être ce photographe qui, ce jour de 1912, se pencha sous la cape noire de son appareil puis déclencha son objectif pour immortaliser une scène de la vie d‘ici. Une réalité qui n’était pas la sienne et qu’il a voulu domestiquer sur papier. Fier de cet instantané, il est retourné parmi les siens et a exposé ses clichés pour témoigner, pour faire découvrir cette autre réalité « exotique ». Cette image devint carte postale, griffonnée d’un côté, estampillée de l’autre. Elle traversa les mers. La finalité était la même. Elle rendait compte. C’est sans doute cette même motivation qui me fit sortir mon appareil photo numérique cet après-midi pour collecter des fragments d’ici. Je les diffuserai, les commenterai fièrement.

Pourquoi ces hommes en blanc sourient-ils ? Peut-être sont-ils tout simplement heureux d’être là, ensemble, sur cette petite butte devant une des portes de la cité promise. Ce sont des voyageurs, le lourd attelage de leur mule en témoigne. Combien de jours de marche ont-ils effectué avant d’atteindre leur destination ? Comment cette carte postale a-t-elle voyagé à travers le temps ? Ces voyageurs ont-ils des descendants ? Ces descendants savent-ils que leurs glorieux ancêtres ornent les murs d’un riad ? Les questions se bousculent.

Mon grand-père paternel fut lui aussi pris en photo dans les années 30. Cette photo devient, elle aussi, une carte postale qui le représente assis sur une moto, à l’arrêt, devant une pompe à essence, dans la rue principale d’un village breton. Peut-être cette carte postale est-elle exposée sur les murs d’un pallier d’escalier d’un luxueux hôtel de bord de mer.

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En fin de journée, après une longue journée de découverte de la côte, un touriste allemand gravit les marches pour rejoindre sa chambre. Il stoppe un instant son ascension et se laisse happer par l’image en noir et blanc au dessus de sa tête. Il se représente le quotidien de cette région au début du siècle dernier. Il observe ce motard immobile. Qui est-il ? A-t-il eu des descendants ? Sont-ils vivants ?
C’est un allemand ou peut-être un marocain.
Une rencontre improbable, hors cadre.


12.05.2008

Les chats du souk

Ils sont malingres, le poil sale et économisent leur gestes. Ils longent en silence les murs, aux aguets. Dans les ruelles étroites, les vélomoteurs pétaradent et font retentir leur avertisseur pour se frayer un chemin dans la masse grouillante. Les passants se retournent mollement, habitués au bruit strident des klaxons et se poussent pour laisser place à l’engin. On se croise, s’entrecroise, se bouscule, slalome sans ordre apparent. De loin, cette agitation pourrait ressembler aux vers se partageant la charogne d’un animal. Les uns sur les autres, derrière, devant, partout. Les vendeurs de cigarettes font aller et venir leur monnaie dans leurs mains pour signaler leur présence. Les sollicitations sont continuelles. « Pour le plaisir des yeux », « juste pour voir », « c’est gratuit ».

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Les chats observent ce chaos dans une indifférence et un calme surprenants. Ils plissent leurs yeux bridés, plein de la sagesse ancestrale de leurs ascendants. Les plus petits d’entre eux attirent la sympathie. Dans un bol, ils lapent un fond de lait sous le sourire bienveillant d’un marchand assis sur un tabouret au coussin fatigué. Le commerce s’organise, l’argent passe de main en main : tout se vend, tout s’achète dans la cohue. Lapins, œufs, sèche-cheveux, lecteurs MP3, lotions pour le corps, instruments de musique traditionnelle, épices, babouches, bijoux, chandeliers, tapis, tout y est. En ordre ou en désordre. En stock, exposé ou en arrière boutique mais accessible. Dans sa propre boutique ou une autre mais disponible. Chaque demande, chaque besoin à peine exprimé peut être satisfait. Tu demandes, tu as, tu paies. Les intermédiaires peuvent être nombreux.

Au delà du tourisme triomphant, du folklore, il y a un vrai commerce. Ce n’est pas que du décorum, les grandes surfaces n’ont pas encore envahi le centre ville et pour les habitants de la Médina, le souk reste le meilleur moyen de s’approvisionner que ce soit pour l’alimentaire ou pour le reste. Depuis le XIIème siècle, dès la fortification de la ville sous les Almoravides, il est le poumon de la ville rouge. Les caravaniers s’y arrêtaient sur la route du Sahara. Ici, les 40 000 artisans de la ville perpétuent un savoir-faire dont les rudiments étaient enseignés sur la place principale de la ville. Chaque corporation initiait les populations descendues des montagnes à leurs tours de main.
Un chat erre sur une pile de détritus à la recherche d’un peu de nourriture, de quoi manger. Il est maigre et économise ses gestes. Comme beaucoup, ici.

Marcher ou piétiner, dans la cohue est riche de sensations. Les odeurs apparaissent, explosent, s’enchaînent, se fondent. On perçoit l’urine versée au petit matin et chauffée par le soleil, les bois de senteur en combustion qui apporte un parfum d’Orient, les cadavres de lapins en décomposition accrochés à un crochet et exposés à la vue des passants, des poissons évidés, du musc, de la poussière, du cumin, des peaux fraîchement tannées, des gaz des pots d’échappement.
Avancer, porté par la foule, attentif à ne pas gêner le flux des cyclos, des porteurs avec leur chargement entassé dans une carriole métallique à la peinture écaillée, des calèches aux couleurs bleues et crèmes triomphantes, des ânes chargés de marchandise dont les propriétaires tapent la croupe avec vigueur. Chacun se signale en gueulant, en klaxonnant. L’endroit est clos et tous ces bruits sont amplifiés par l’exiguïté des allées. C’est à peine si l’on distincte les miaulements du chat. Pourquoi miaule-t-il ?

J’oublie vite la question, embarqué par le flux, en route vers d’autres mystères. Du toit, des trouées de lumière percent l’obscurité, la poussière y est visible, presque palpable. Elle danse là-haut, scintille devant nos yeux dans un hale magique. Elle remonte vers le ciel que l’on devine entre les interstices des canisses. Il y a des avenues, des ruelles, des cours, des culs de sac. Difficile de se repérer dans ce dédale. On rentre motivé dans l’écheveau inextricable de ruelles, décidé à rejoindre un point précis. Ensuite, on oublie, le temps s’étire, on prend des détours, on se laisse entraîner par la curiosité loin des aspirations de départ. On musarde, le nez en l’air, sans but, ouvert à l’inconnu. Les chemins de traverse se multiplient. Tout à coup, sans prévenir, la lumière s‘éclaircit. L’éblouissement du soleil réveille, l’air libre surprend. Une très légère brise s’est levée, elle lave la saleté qui nous environne. Je me sens observé. Je m’éloigne. Le regard fixe d’un chat me suit longtemps.


Quand mes yeux, vers ce chat que j'aime
Tirées comme un aimant,
Se retournent docilement
Et que je regarde en moi-même,

Je vois avec étonnement
Le feu de ses prunelles pâles,
Clairs fanaux, vivantes opales,
Qui me contemplent fixement.


C.Baudelaire - Les Fleurs du Mal


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MARRAKECH CANICULAIRE

Atlas mis à nu le paysage
Est crucifixion incommensurable
Les matins attendus saignent langueurs folles
Vaincus les arbres désavouent toute fraîcheur
Et même si les gens repensent par étés le temps
En douces escapades de café
Pressurant mots et maux en célestes orangeades
Même s'ils fignolent à l'envi les charmes
De la réalité
Tu es là Marrakech ceinte d'épées
Atrabilaires
Encastrée
Engouffrée
Conjuguant l'apathie d'un peuple différé
Tu es là dansant
La gigue des calèches cagneuses
Par groupes de cochers fouettant l'atonie
Par cercles d'oisifs peuplant d'âmes qui errent
L'espace de curiosités publiques
Tu es là
Endolorissant le sommeil de chaleurs telluriques
Criant de tes blessures d'argile stérilisée
Le jour et la nuit au soleil qui dégénère
Jusqu'au retournement des temps


Abderrahmane BENHAMZA

11.05.2008

Viens voir la vie avec moi

Quel fut véritablement ton premier amour ?
La toute première jeune fille qui te fit éprouver ce « sentiment d’infini à la portée des caniches » comme l’écrivait Céline ?
La scène se passait dans le salon familial, perché au quatrième étage d’une tour construite dans les années soixante. Allongé sur le tapis usé, la tête reposant sur le buffet en bois couleur ébène dans une position inconfortable, j’observais les images s’animer sur le gros poste de télévision en noir et blanc. Il fallait du temps pour le mettre en route, qu’il chauffe suffisamment. Nous attendions patiemment devant l’écran monochrome que l’image se précise. Puis, c’était l’heure du feuilleton. Il y avait des épisodes de Maigret qui m’ennuyaient. Trop longs, trop lents. J’aimais les histoires d’animaux, Rintintin le chien, Flipper Le Dauphin, Skippy le kangourou, Belle et Sébastien.
Plus tard, je découvrais une autre série, « le jeune Fabre », programmée à la même heure. Je retrouvais l’acteur ayant incarné Sébastien dans un rôle de jeune homme dans le quartier de Montmartre des années 70. A 16 ans, il découvre le sentiment amoureux, la jalousie, les déceptions également. Il fait ses premiers pas dans la vie professionnelle, se confronte à son père, peintre instable, trop porté sur la boisson et incapable d’élever seul son fils.

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La première diffusion date de 1973. J’avais 6 ans. Ai-je revu cette série plus tard ? Mes premiers émois furent-ils éprouvés dès 1973 ? A vrai dire, il fut rediffusé vers 1985/1986 « Ma mémoire est incertaine mais mon cœur, lui, n’oublie pas » comme le chantait Demis Roussos, alors en pleine gloire, qui signe le générique de ce feuilleton.
Comment oublier les jupes courtes de l’actrice, son regard malicieux, son sourire, son charme ? Ces trucs là, ça marque une vie ! Cette douce romance, que je trouverai vraisemblablement kitch si je la revoyais après toutes ces années, me permettait de m’évader de l’univers des séries pour plus jeunes. J’étais sans doute trop naïf pour m’identifier au personnage masculin (Medhi, le fils de l’auteur, Cécile Aubry). Pourtant, je pressentais, en vivant ces aventures par écran interposé, la possibilité d‘une totale liberté. Ce jeune homme qui fréquentait une belle jeune fille, qui courait dans les rues de la ville sans se soucier de l’heure, qui séchait les cours, s’évadait de chez lui, se construisait un avenir, s’opposait à son père, quel choc ! Et cette relation toute particulière entre les deux personnages centraux, Jérôme et Isabelle, de quoi s’agissait-il ? Que savais-je de ce qui pouvait unir un homme et une femme ? Il n’y avait là aucune sexualité identifiée comme telle. Pourtant ces deux là, ils se tournaient autour d’une façon qui m’intriguait. Ils paraissaient si contents d’être ensemble, si heureux de se retrouver. Elle le regardait avec de grands yeux plein d’espoir. Ce beau sentiment était exacerbé par la musique romantique du générique.

A l’âge de 14 ans, j’avais commencé à approcher les jeunes filles et cernait mieux ce que pouvait être une belle relation fleur bleue. C’est à cette époque que la belle actrice m’apparue de nouveau sur l’écran de télévision pour jouer le rôle de Joëlle Mazart, une assistante sociale dans un lycée difficile. Elle était devenue une jeune femme, raisonnable, prodiguant de bons conseils à des adolescents en difficultés. L’effet d’identification fonctionna de nouveau.

Mais, ce fut dans ce salon du quatrième étage d’une tour des années soixante, la tête inconfortablement posée sur le buffet, que je découvrais ce que pourrait être le sentiment amoureux.




Elle, chante la vie
C'est une fille, belle
Comme Montmartre dans ses vignes
Elle, te dit Viens, descends donc par la rue des Saules
Tu as le soleil sur ton épaule
Viens, voir la vie avec moi


Paroles du générique du « jeune Fabre»


26.04.2008

Une fière chandelle


Tout cela est totalement ridicule. Une simple phrase prononcée avec enthousiasme pour féliciter une collaboratrice qui m’avait rendu un service et voilà.

Vous connaissez mon entreprise ? Les transports Michard sont spécialisés dans le transport de matières dangereuses ou nécessitant beaucoup de soins (donc à forte valeur ajoutée). L’entreprise a été crée par mon père et mon oncle Jacques et j’y ai fais mes premiers pas. Je veux dire que j’y ai réellement appris à marcher dans ce long couloir. Ma mère m’a raconté que les employés avaient applaudi lorsque j’avais commencé à avancer seul d’une démarche mal assurée. Puis, j’y ai fait mes premiers pas de commercial et j’en suis aujourd’hui le directeur. Là, les employés n’ont pas tous applaudi.

C’est marrant ce terme de directeur. Je ne suis pas arrivé à intégrer qu’il s’agit de moi lorsque l’on m’appelle ainsi. Monsieur le Directeur, ça vous pose un homme, non ? On imagine des berlines de luxe, des appartements de fonction, le week-end au golf de Deauville (invité par un fournisseur généreux), des secrétaires ravissantes. Mais, je vous arrête. Vous faîtes fausse route.

Imaginez plutôt une zone industrielle, des repas le midi pris à la cafétéria de l’hypermarché. C’est rapide, pas cher, pas besoin de réserver et chacun peut choisir ce qu’il veut. C’est pratique. Le lundi, j’y accompagne l’équipe commerciale région nord, le mardi, les administratifs et le reste de la semaine, je squatte les tables des esseulés qui, comme moi, traînent devant leur plateau en faisant semblant de ne pas m’avoir vu. Qui aurait envie de manger avec le patron sur le peu de temps libre qu’il a entre midi et deux ?
Pourtant, je vous assure, j’essais d’être sympa, à l’écoute, de réduire la distance qui pourrait y avoir avec mon équipe. Je voudrais être proche, dans tous les sens du terme, juste à ma place. Peut être même un peu plus, au-delà du professionnel. Je vous l’ai dit, j’ai toujours connu cette entreprise, elle fait partie de moi et certains de ses collaborateurs y étaient sans doute déjà à ma naissance. Vous imaginez ? Ils m’ont connu tout petit, m’ont vu grandir et aujourd’hui je les dirige. Je me sens investi d’une mission. Penser à l’avenir, assurer un boulot pour tous mes gars sur la route. C’est de plus en plus difficile, le contexte concurrentiel devient très agressif avec les pays de l’Est qui … Bon, bref, on ne va parler politique ou économie, ça ne sert à rien, ça ne vous intéresse pas et ce n’est pas le sujet.

J’ai repris les rennes de l’entreprise après le décès de mon oncle. Il y a …. Combien de temps …. 7 ans ? Oui, je crois que c’est ça. Déjà 7 ans ! J’ai bien vu que les gars n’allaient pas me faire de cadeaux mais j’ai su gagner leur confiance au fil du temps en réglant tous les petits problèmes du quotidien, en poussant des coups de gueule de temps en temps. Il a fallu aussi mettre le holà avec certains commerciaux. Comme j’avais été leur collègue pendant quatre ans sur la région centre ouest, certains ont eu du mal à respecter mes nouvelles fonctions. Il a fallu modifier le type de relations que nous pouvions avoir. Cela a pris du temps car je ne voulais pas d’électrochoc, je souhaitais que les choses se fassent naturellement. Il fallait respecter la culture de l’entreprise Transports Michard, « laissez vous transporter avec Michard ». Après ma nomination, ma charge de travail ne me permettait plus d’aller visiter les clients. Ce fut l’occasion de mieux connaître le personnel des bureaux de Courbevoie, les administratifs : Sylvain, le jeune comptable, Karine et Fatima, les deux standardistes en charge de la saisie et du suivi des commandes, Mme Jocelyne Coutard, ma secrétaire. C’est ainsi, j’appelle certains par leurs prénoms, je les tutoie. Avec d’autres, je veux garder une distance. C’est le cas avec Mme Coutard. Pourtant, curieusement, ce vouvoiement n’arrive pas à masquer la proximité que nous avons établie. Elle est, avec ma femme, la personne qui me connait sans doute le mieux. Pensez-donc. Sept ans que l’on vit l’un à côté de l’autre, qu’elle m’observe, déchiffre mes humeurs et anticipe le moindre de mes besoins. C’est une excellente collaboratrice, impliquée, et responsable. Son dévouement m’épate. D’ailleurs, je m’interroge parfois sur ses vraies motivations. Que cache ce total investissement ? Quelle contrepartie attend-elle ? Son salaire est correct, sans plus. Alors qui a-t-il derrière ce labeur ?

Elle me porte une grande admiration dont je ne me sens pas toujours à la hauteur. Ok, je suis un bon professionnel, j’essaie. Mais, elle m’idéalise. Je le sens. Elle porte une attention aux remarques anodines que je peux lui faire. Ce sont les commerciaux avec leurs grandes gueules qui m’ont mis la puce à l’oreille un midi, à l’heure du café. Nous plaisantions sur les femmes en général, une conversation un peu lourde entre mecs, des rires francs lorsque Bernard Le Foll, en charge du Sud Ouest, s’est exclamé en s’adressant à moi: « et Jocelyne, t’as vu les yeux qu’elle te fait ? A mon avis, faudrait pas trop la pousser. D’ailleurs, il parait qu’elle l’a confié. Pas directement mais c’est tout comme. Elle parle tout le temps de toi. Ses collègues l’a trouvent même lourde avec ça. Et Monsieur Michard par ci, et Monsieur Michard par là. Tu es son seul centre d’intérêt. Tu travailles trop, tu n’as pas l’air en forme, tu ne t’es pas rasé ce matin. Elle réussi à savoir où tu pars en vacances, te tire les vers du nez pour récolter quelques anecdotes estivales, s’intéresse à la réussite scolaire de tes gamins. Elle diffuse ensuite ces informations indispensables au reste de l’entreprise qui s‘empresse de les interpréter et les déformer, tu t’en doutes. Bref, nous, on se marre. Mais, ne t’inquiété pas. Il n’y a pas de ragots. Chacun sait ce que tu en penses. D’ailleurs Jocelyne n’essaie pas de faire croire que vous pourriez avoir des relations particulières … privilégiées si tu vois ce que je veux dire… Il ne s’agit pas de cela. L’autre, elle est tout simplement dingue de toi ».
Je n’ai pas renchéri. D’ailleurs que répondre ? Alors qu’ils guettaient un commentaire ironique sur la situation, je souriais poliment et me taisais. Je ne voulais pas la dévaloriser, en faire une victime, la risée du reste du personnel, la transformer en baudruche pathétique. Je savais que mes propos seraient repris. Alors, je me dis que cet excès de zèle pourrait lui nuire et qu’il faudrait que je lui en parle. Tout ça devenait exagéré, gênant. Le seul commentaire que je m’autorisais fut « c’est une excellente collaboratrice ». Je n’avais pas habitué les commerciaux à cette langue de bois, aussi ma petite phrase glaça l’ambiance. Ils avaient senti qu’il s’agissait d’un sujet sensible et cela me conforta dans un embarras dont je ne savais comment me défaire. J’avais le sentiment que tout le monde avait compris. Oui, c’était une pauvre fille, non ? Elle avait, quoi ? Quarante ans ? Célibataire, pas vraiment d’atouts pour elle. Je veux dire pas vraiment belle, pas vraiment hideuse non plus. Juste une bonne femme transparente, insignifiante qu’il faut du temps pour remarquer. Un physique passe-partout qui s’oublie vite. Une petite voiture, des petites habitudes, une petite vie de vieille fille. Je me souviens d’elle lorsqu’elle a été embauchée dans l’entreprise. Je crois que c’est mon père qu’il l’a recruté. Elle était plutôt jolie fille à l’époque. Et puis, comme une fleur, je l’ai vu se faner. Sa garde robe ne se renouvelait plus. Elle abandonnait l’époque pour rester bloquer au milieu des années quatre vingt et devenir gentiment ringarde. Le temps avait passé sur elle, des poches avaient poussé sous ses yeux et d’actrice, elle était devenue spectatrice des autres et de sa propre vie.

Il y a environ huit mois, nous avons reçu un courrier de la Direction Générale des Impôts nous informant qu’une enquête fiscale était en cours sur nos dernières déclarations. Jusque là, l’entreprise était passée à côté de ce type de contrôles mais il fallait bien que ça arrive un jour. Un inspecteur du fisc s’est présenté, un type au regard de fouine qui souriait tout le temps mais dont la bonhommie apparente m’inspirait la plus grande méfiance. Il s’est installé dans mon bureau et a réclamé tous nos documents comptables. C’était un excellent professionnel. A la fin de la première matinée, avec son œil avisé d’expert, il a tout de suite découvert les retards dans le paiement de la TVA. Cela commençait mal. Puis, il a tout épluché, méthodiquement, sans empressement. Les liasses fiscales s’accumulaient sur mon bureau, il en réclamait sans cesse de nouvelles. Puis ce furent les justificatifs des notes de frais, les déclarations d’investissement. Comme toute PME, nous avions nos approximations. Je ne savais pas vraiment comment répondre à toutes ses requêtes et Sylvain, notre jeune comptable s’est vite montré dépassé. Alors que je comptais sur lui pour nous sortir de ce mauvais pas, il brillait par son incompétence et ne semblait pas affecté par la menace qui pesait sur l’entreprise.
Il me fallait du renfort.
Le lendemain matin, de bonne heure, j’ai convoqué toutes les personnes occupant un poste administratif dans l’entreprise pour une réunion de crise. Je souhaitais mettre chacun face à ses responsabilités, solliciter l’esprit de groupe, rappeler les valeurs des transports Michard. J’avais répété un discours avec trémolo dans la voix et grandes envolées lyriques. A vrai dire, les regards mornes devant moi ne semblaient pas véritablement interpellés par mes talents d’orateur et je les soupçonnais d’avoir réactualisé leur CV la veille au soir. Seule Mme Coutard semblait subjuguée par mes propos alarmistes.
A peine avais-je clôturé mon intervention et renvoyé chacun à son poste qu’elle prit les choses en main. Elle réclama à Sylvain les archives de l’année passée, elle éplucha chaque liasse, classa, souligna. Elle lista les documents manquants, notifia les erreurs de notre comptable et établit un plan d’action. Elle acquit une autorité inédite et quelque soit son poste, on s’appliqua à lui fournir tout ce qu’elle désirait. Pendant deux mois, elle arrivait avant moi et partait après que tout le monde eut quitté l’entreprise, à part Mustapha, notre gardien. De nouvelles rumeurs commencèrent à circuler sur ces deux là mais personne n’y croyait vraiment. C’était une histoire que l’on se racontait pour se changer les idées, des ragots quoi ! Et puis, il fallait bien répliquer à cette pimbêche qui nous mettait tous dans l’embarras avec sa façon de nous renvoyer à nos médiocrités. Et ne croyez pas que ma position de patron de cette foutue boîte aurait pu me sauver de cette disgrâce. Elle m’énervait mais je sentais qu’elle était en train de sortir l’entreprise dont j’avais la charge d’un mauvais pas. Le midi, nous la laissions à regret seule et nous lui ramenions un sandwich et une canette de soda de la cafeteria. Elle montait de la cave de gros cartons d’archives puis s’enfermait seule ou avec Sylvain qu’elle semblait avoir pris en otage. Elle était naturellement devenue l’interlocutrice privilégiée de notre contrôleur et une véritable complicité s’était installé entre eux deux. Après plusieurs semaines, l’enquête se solda par un rehaussement minime et la réputation et la situation financière de l’entreprise furent épargnés.

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Pour fêter l’événement, je profitais des fêtes de fin d’année pour convier l’ensemble de mes collaborateurs dans un hôtel restaurant clinquant au décorum de velours rouge, lustres en cristal, boiseries anciennes et au personnel peu avare en courbettes. J’avais insisté pour que les conjoints soient présents et les épouses avaient sorti leurs plus belles toilettes. A leur arrivée dans le salon que j’avais réservé, elles ressemblaient à des dindes apeurées, mal à l’aise dans cet environnement de luxe plus propice à une réunion de notables provinciaux à cravates à fleur qu’à des femmes de conducteurs routiers. J’avais sincèrement voulu faire plaisir mais je m’apercevais de leur embarras en observant leurs pas mal assuré sur la moquette usée. La location d‘une salle des fêtes avec buffet froid, verres en pyrex et guirlandes en crépon aurait été plus adaptée. Il était trop tard à présent. Lorsque tout le monde fut présent, un verre de champagne à la main, je proposais de porter un toast.
« Je vous remercie tous et toutes d’être venus et tout particulièrement ceux qui viennent de loin et dont le métier, toute la semaine, est de rouler. J’ai conscience de l’effort que vous avez fait pour être présents ce soir. J’ai souhaité que nous soyons tous réunis car c’est un moment important dans la vie des transports Michard. Comme vous l’avez appris, nous avons vécu une période difficile en cette fin d’année, pleine d’incertitudes. Chacun y a donné du sien, s‘est impliqué pour surmonter cette épreuve. Je tiens à remercier tout particulièrement et très chaleureusement Mme Coutard. Son rôle a été déterminant dans l’issue heureuse du contrôle que nous avons vécu. Nous lui devons une fière chandelle. Je voudrais que l’on vous applaudisse ».
Des clapotements timides s’ensuivirent puis un silence de cathédrale. Raclements de gorge, on regarde le bout de ses chaussures soudain absorbés par la couture de sa semelle. Puis Bernard Le Foll, pris d’une inspiration soudaine, lança : « ça vaut un repas en tête à tête, ça, non ? » Les femmes gloussèrent, les chauffeurs lancèrent leurs rires épais et retentissants de stentor. Puis, de nouveau, le calme succéda à cette agitation soudaine. Les regards m’encourageaient à répondre à cette invective. Que répondre ?
« Je crois que je ne peux vraiment rien refuser à Mme Coutard. Alors, si elle est d’accord, c’est avec grand plaisir que je lui propose ce repas avec moi. Que diriez-vous Mme Coutard du restaurant de la Tour Eiffel ? » Les mots s’étaient enchaînés trop vite, sans réflexion, à l’instinct. Il allait falloir assumer. Le regard interrogateur de ma femme d’abord, indiqua la perplexité puis le soupçon. Les commerciaux buvaient du petit lait et Le Foll était très fier de son coup. Je les voyais s’esclaffer au bout du buffet en me jetant des regards à la dérobé et s‘essuyant les mains graisseuses de cacahuètes sur les jambes de leurs costumes lustrés. Je m’étais laissé aller, j’avais juste voulu être sympa, humain, proche. J’avais été grotesque.

Le quotidien de l’entreprise reprit et l’on oublia l’incident noyé dans le souvenir diffus d’une soirée un peu coincée, loin des repères habituels. Six mois plus tard, je commençais à espérer pouvoir laisser le temps et les vacances d’été effacer définitivement cette invitation des mémoires. Mme Coutard, elle, n’oublia pas.
Elle se confia à ses collègues Karine et Fatima qui relayèrent efficacement ses propos jusqu’aux commerciaux. Je fis la sourde oreille. Puis, son coup d’éclat fut d’inclure la relance de ce repas dans l’ordre du jour de la réunion du comité d’entreprise. La date fut fixée (au mardi soir de la semaine suivante) avec les représentants de salariés comme témoins. J’étais pressé d’en finir avec cette mascarade et je souhaitais préserver ma collaboratrice des moqueries de couloir.

La vérité, c’est que le jour dit, j’avais oublié le rendez-vous. Certes, le restaurant était réservé mais mon esprit amnésique avait totalement occulté le programme de la soirée. Mme Coutard d’ailleurs était absente ce matin. Elle avait posé une demi-journée de congés et je pestais déjà de devoir me débrouiller seul.
A 14h00, elle est apparue dans mon bureau, transfigurée. Ses cheveux, d’habitude filasses, avaient subi les outrages d’un coiffeur mal inspiré et son brushing lui faisait ressembler à une publicité pour électroménager des années soixante-dix. Elle portait une robe noire à dos nu, totalement inadaptée à l’univers du bureau et tentait de se donner une contenance perchée sur ses escarpins en vernis noir à talons hauts. J’avais honte pour elle. Ses yeux pochés étaient trop maquillés et ses pommettes étaient soulignées d’un rouge agressif assorti à son rouge à lèvre.

Tout cela est totalement ridicule. Une simple phrase prononcée avec enthousiasme pour féliciter une collaboratrice qui m’avait rendu un service et voilà.

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24.04.2008

Achetons gaiement


I’m all lost in the supermarket
I can no longer shop happily
I came in here for that special offer
A guaranteed personality

The Clash


Assis dans un fast-food, une tasse de café fumant devant moi, j’observe les allées et venues de consommateurs à l’entrée d’un centre commercial de la périphérie d’Angoulême. Je pense à ces images diffusées quelques jours plus tôt lors d’un reportage sur les femmes aux Emirats Arabes Unis. Elles s’ennuyaient profondément, tournaient en rond dans un pays où la seule occupation est de dépenser l’argent de leur mari (la majorité d’entre elles ne travaillent pas). Pour effectuer ces achats, des espaces marchands poussent comme des champignons dans le pays. Les vitres fumées, l’air conditionné, tout concoure à assurer le bien être de leurs visiteurs. Acheter pour tromper l’ennui, acheter pour exister.

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Empiler des objets inutiles pour éprouver le frisson du moment où l’objet exposé devient le sien, se rassurer par le sourire obséquieux et la déférence du vendeur qui flatte l’ego (ça vous va vraiment bien, vous savez le porter), oublier la vacuité des existences.
Et ici ? Dans ce temple de la consommation de la province française, est-ce différent ? Les achats semblent programmés par l’absorption quotidienne de 3h40 d’images télévisées (c’est la dernière statistique et ce chiffre, chaque fois que j’y pense, me paraît toujours aussi énorme). Les consommateurs sont hypnotisés par ces écrans animés puis, comme des automates, vont remplir leur caddie et faire fonctionner l’économie mondiale.
Ils poussent leur chariot avec l’illusion de pouvoir choisir, se disent qu’ils ne sont pas uniquement une cible.
Mais, c’est trop tard.
Cela fait maintenant longtemps que les experts du marketing nous ont criblés (de dettes parfois), de slogans, d’images conditionnées du bonheur, de fantasmes de perfection. Le rasoir à 4 lames, la 2ème paire de lunettes pour 1€ supplémentaire, la brosse à dent à manche incurvé, un nouveau parfum de savon liquide.
Ils nous transmettent par voie cathodique des messages que l’on stocke dans le disque dur de nos mémoires, passent au rouleau compresseur nos idées, les formatent puis nous sondent, analysent le moindre de nos désirs pour s’assurer que nous choisirons les bons produits pour remplir nos réfrigérateurs.
Rassurez-vous messieurs les stratèges, nous prendrons bien le bon emballage coloré et inutile à portée de main, bien visible en tête de gondole : le café « commerce équitable », la lessive « développement durable », la housse de couette en coton naturel, les ampoules à économie d’énergie, le déodorant de voiture au parfum zen. Tout ceci est totalement en phase avec nos convictions les plus profondes.
Bien sûr.
Sommes-nous si différents de ces femmes voilées qui errent chaque jour dans les grands centres commerciaux des Emirats Arabes Unis ? Travailler la semaine pour dépenser joyeusement, en famille, le samedi en arpentant les allées des rayons bien achalandés. Un rêve de publicitaire.
Comment échapper à ce cauchemar ?
Mon café devant moi est tiède à présent. J'avale une gorgée.
Il est temps. J'ai quelques courses à faire.
Je penserai à ces femmes à Dubaï.

22.04.2008

Dieu, Lester Young et Lobo Antunes - extrait

Un extrait d'une chronique d'Antonio Lobo antunes, extrait de son livre de Chroniques III. Un livre que je découvre actuellement et que j'aurai envie de citer dans son intégralité. Ici, il s'agit d'un morceau tiré de "Dieu comme amateur de jazz"

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"(…) le Ben Webster de la fin, celui d’atmosphère pour amants et voleurs, où l’on apprend davantage sur les métaphores directes et les non-dits que
dans n’importe quel manuel de technique littéraire. Lester Young, lui, m’a appris le phrasé. Il avait commencé par jouer de la batterie, plus tard, un critique lui demanda les raisons qui l’avaient conduit à abandonner la batterie pour un instrument à vent, et il répondit :
- Vous savez, la batterie est un instrument terriblement compliqué. A la fin des concerts, quand j’avais fini de la démonter, tous mes collègues étaient déjà partis avec les plus belles filles.

Le désir d’avoir de jolies filles l’a conduit également à créer, entre autres chefs d’œuvre, These foolish things où chaque note semble le dernier soupir d’un ange illuminé. La photo que j’ai de Lester Young montre un homme dans une chambre d’hôtel, assis sur le bord d’un lit, avec un sax ténor près de lui. Maigre et vieilli, il vous fixe à travers les années avec les yeux les plus doux et les plus tristes que j’aie jamais vus, il porte une cravate de travers et une veste froissée, mais peu de gens ont rarement été aussi proche de Dieu que ce vagabond céleste. Ben Webster, pour sa part, ressemblait à un boutiquier qu’une auréole invisible mais réelle transfigurait. Ces trois êtres sont assis à la droite du Père et je m’étonne de ne pas les retrouver sur les autels des cieux de marbre et de plâtre, pour des alcooliques déréglés et des pécheurs invétérés. Il y a visiblement des gens qui se sentent mieux en compagnie de personnes édifiantes qui n’ont rien édifié, sinon des vies sans joie s’achevant dans une agonie vertueuse embaumée de lys. Mais je pense que dieu n’est pas un sot, et je suis sûr que tant de bonté mélancolique et de médiocrité rachitique lui donne la nausée. Je parie même qu’il joue de la batterie histoire de laisser aux autres les plus jolies filles, et qu’il reste sur scène à ranger discrètement tout son barda, caisses et cuivres, tandis que Charlie Parker, Lester Young et Ben Webster emportent tranquillement gin, marijuana et jolies filles dans un studio d’enregistrement, où Billie Holiday se met à l’instant même à chanter Sa puissance et Sa gloire jusqu’à la fin des temps".

21.04.2008

Etrange nostalgie

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Dimanche, jour du seigneur, du gigot, des réunions familiales qui n’en finissent pas et des ballades digestives ennuyeuses « pour voir la mer ».
En cette mi-saison, on hésite encore entre pulls et chemises. L’allée Pablo Picasso longe la grande plage de Dinard. Sur sa gauche, des cabines de plage donnent des envies d’été, de gaufres dégoulinantes de chocolat liquide et de glaces italiennes. La villa Reine Hortense les surplombe et sa façade est colorée d’une couleur vieux rose bonbon qui lui donne des airs de vieille lady. Sa terrasse donne envie de paresser en écoutant le bruit des vagues et en relisant une vieille intrigue de Miss Marple. Je pense à Agatha Christie qui a fait ses premières brassées ici même.

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Sur une tablette, le long de la promenade, il est écrit que « le premier établissement de bains de Dinard est un édifice rudimentaire qualifié de « cabane fixe » équipée d’un tonneau et de quelques cabines roulantes ». Plus loin, on apprend que la mode des bains de mer débuta au milieu du XIXème siècle.
Au dessus de nous, les mouettes virevoltent et se laissent porter par le vent tiède. L’une d’entre elle tente d’emporter un brin d’algue mais elle le perd en plein vol. Le temps semble se ralentir, le bruit des conversations se perd dans le paysage, avalé par cette immense étendue de sable, ce grand amphithéâtre naturel.
Une étrange nostalgie m’envahit. Celle de tous ces étés passés dans ce décor naturel, des heures à jouer au soleil. Des souvenirs qui ne sont pas les miens, qui auraient pu être les miens. Une nostalgie déplacée, portée par ce lieu chargé d’empreintes d’hier. Un portique surmonté d’une enseigne « club des écureuils », des marchands d’articles de plage, de bouées en plastique, de boules de pétanque colorées, de seaux, de pelles, de réglisse, de lunettes de soleil de pacotille, de cartes postales, de colliers en coquillages vernis. L’odeur des pins, le rire des enfants, le ressac de la mer, des empreintes intemporelles qui marquent à jamais nos mémoires universelles.

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Plage de l’Ecluse, chemin de ronde, … Je pense aux contes d’été d’Eric Rohmer, aux longues discussions en marchant sur les chemins du bocage sur les amours de vacances, l’i