23.05.2009
Michka Assayas, Nick Kent, conversation
Captés à l'occasion du salon "rock et littérature" à Deauville, ce dialogue entre Nick Kent, figure emblématique de la rock critique et Michka Assayas, ancien critique rock et écrivain.
" Imaginez un personnage improbable et gauche, long comme un jour sans pain, arpentant d'un pas peu sûr les trottoirs de Londres ou de Los Angeles telle une mante religieuse immense et raide, dans son éternelle panoplie loqueteuse de flingueur à guitare, velours et cuir noir en toute saison, d'une maigreur maladive, toujours la goutte au nez perpetueIlement rouge et luisant, toujours à cause d'un manque de substance» (...) Voilà Nick Kent dans les années 1970 et 1980. En bref, un vrai rocker : quelqu'un pour qui ça comptait".
(Iggy Pop in Prologue L'envers du Rock, Nick Kent, Éditions Naïve, 2006).
Comme l'écrit Denis Roulleau: "Tel est le portrait de Nick Kent selon Iggy Pop, figure légendaire de la Rock-Critique britannique qui joua avec les London SS (futurs Damned et Clash), les Swankers (futurs Sex Pistols), qui sauva la vie de Keith Richards en pleine OD et qui éclaira avec humour, cynisme et érudition la face cachée des rock stars dans de longues et précieuses enquêtes quasi-romanesques".

Nick Kent : « J’ai demandé à son manager de trouver Iggy Pop. J’étais venu en Angleterre, à Londres pour faire quelque chose avec lui. Je voulais être un membre des Stooges. Je suis allé sonner chez lui, à son domicile. Mais il avait déjà ses guitaristes, James Williamson et Asheton. En fait, je n’avais joué de guitare électrique, juste de la guitare acoustique. C’est vrai que les Stooges n’ont pas beaucoup de guitare acoustique. En même temps, j’ai commencé à écrire pour le magasine Friends en 1971. Ma carrière de journaliste est allée vite car trois mois après avoir commencé à écrire pour Friends, le New Musical Express (le concurrent du Melody Maker) m’a engagé en freelance. J’ai décidé de partir à Détroit. Et pendant 4 mois, j’ai eu l’opportunité de faire une tournée avec Led Zeppelin. A cette époque, le groupe était énorme. 4 mois pour suivre une tournée … Maintenant, une interview de Jimmy page par un journaliste, c’est seulement vingt minutes. A cette époque, on pouvait rester longtemps, dans les tournées, les back stages. Il n’y avait pas les mêmes barrages pour rencontrer les personnalités ».
Michka Assayas : « J’ai grandi dans la région parisienne. C’était très calme. Et tout, ce qui participait au monde du rock était très éloigné, très magique. J’étais admiratif et envieux de gens comme lui qui avait l’avantage d’être sur place, de parler la langue ce qui lui garantissait un accès immédiat. Et puis, à l’époque, le rock était très mal vu. Il était minoritaire. Il y avait Best et Rock&Folk. C’était la Pléiade, Gallimard. Ecrire dans Rock&Folk, c’était prestigieux. J’étais très impressionné par les gens qui avaient quelques années de plus que moi et qui avaient vécu des choses que je n’avais pas vécues. Ceux qui avaient connu Woodstock, qui avaient vu les Stones à la grande époque, qui avaient vu Jimi Hendrix. J’avais l’impression d’arriver après. ».
Nick Kent : « Tout a commencé avec l’arrivée d’Elvis Presley et peut être cela finit-il avec la mort de Jimi Hendrix, à l’extrême la fin des Sex Pistols. Après, il y a eu des bons groupes. Mais pour moi, ce sont les années 60, les années d’or. A l’époque, j’étais teenager. Lorsque les années 70 ont commencé, les mauvais aspects sont apparus. Les mauvaises drogues, … Il y avait une pause de décadence. Pas toujours réelle, juste une pause. Comme autour de David Bowie.
Michka Assayas : « j’ai eu l’impression d’arriver trop tard par rapport à l’âge d’or que décrit Nick. J’ai lu dans le texte lorsque j’étais gamin, à 15, 16 et 17 ans, ses articles qui m’ont frappé, ceux sur Syd Barret par exemple. J’avais le sentiment qu’il y avait un âge magique et comme par hasard, les figures dont parlait Nick étaient celles qui se détruisaient, celles qui avaient disparu.
Nick Kent : « En 1964, je me souviens d’avoir parlé avec le manager de Syd Barrett. Il avait dans un sac toutes les photos qui n’avaient jamais été publiées. Celles du début du groupe Pink Floyd, le début de sa carrière solo ; Il me les a donné en voyant que cela m’intéressait. En fait, cela n’intéressait personne. Il ne comprenait pas que je m’intéresse à ce looser. Je suis allé à Los-Angeles en 1975. J’étais intéressé par Jim Morrison. J’étais un grand fan. Mais chaque fois que je parlais avec un type qui connaissait Jim Morrison, il me demandait : « mais pourquoi tu t’intéresses à un looser. Tu perds ton temps avec ce perdant. Ce mec est venu dans ma maison, il a pissé sur mon tapis ». Même juste après sa mort, il n’intéressait personne. Il y a les gagnants et les perdants. Et si tu es perdant, tu oublies la célébrité.
Moi, ce sont les perdants qui m’intéressent car ils ont une histoire. Paul Mc Cartney est juste un gagnant. Il rend les choses heureuses.
J’ai rencontré Lester Bangs. J’avais pris beaucoup de tranquillisants. Lester était un peu défoncé, comme moi. Et, il m’a invité à rester avec lui. Il avait un problème d’alcool et de cachets. Donc, il conduisait sa voiture et avait besoin de quelqu'un pour tenir son volant et éviter de s’envoyer contre un mur. J’ai appris beaucoup de lui. Pour lui, l’histoire du rock est celle de mecs qui sont perdus. Et, j’ai retenu cela de lui.

Michka Assayas : « Je lisais le Melody Maker et le NME. C’est là que j’ai découvert que l’on peut écrire et être une star. Ça me fascinait. Nick avait une approche à la fois critique, il pouvait expliquer ce qu’il aimait, ce qu’il n’aimait pas et pourquoi, et journalistique. Il allait enquêter, voir les gens et racontait une histoire. Au fond, qu’était la litrock en France à mes débuts, c’était des mecs qui, pardonnez-moi l’expression, se branlaient en écoutant des disques. Ils se prenaient pour Jim Morrison, écrivaient des longs poèmes rock. Il y avait du bon, du moins bon. Mais, j’avais envie d’être plus humble, ne pas me mettre en avant et mettre en avant les artistes et transmettre ma passion pour eux et ma certitude qu’ils faisaient avancer la musique.
Nick Kent : « A l’époque, le rock n’avait pas encore envahi les arts. Pour la littérature, il y avait Nik Cohn. En général, les musiciens portent des masques lorsqu’ils voient des journalistes ».
Michka Assayas : « le film « almost famous » (presque célèbre) est un des témoignages les plus justes, fidèles à ce que représente la présence d’un critique rock dans l’entourage d’un groupe. C’est vraiment un parcours initiatique. Dans le film, un garçon d’une quinzaine d’année commence à écrire pour Rolling Stones. On l’a envoyé suivre en tournée un groupe anglais de blues rock qui devait être Stillwaters, Bad Company ou un truc comme ça. Et, il abandonne le lycée, fugue, ment à sa mère. Le film qu’il a écrit et tourné lui-même une trentaine d’années plus tard raconte très précisément cette espèce de fascination pour ce monde dans lequel on voulait entrer et où l’on finit par voir tout ce que l’on ne voulait pas voir. La face sombre de la nature humaine. C’est une histoire exemplaire. J’aurai rêvé de vivre un truc comme ça. Je ne l’ai pas vécu mais métaphoriquement, j’ai vécu ce que Cameron Crowe raconte.
Michka Assayas : « à l’origine j’étais un étudiant. J’ai essayé de refaire les enquêtes proches de l’esprit de celles de Nick (Kent) comme pour Syd Barrett, pour la France, huit ans après. Dans Actuel, en 1982, on s’est approché du mythe. J’ai rencontré sa mère, nous avons échangé un dialogue assez bref sur le pas de sa porte. Et Thomas Johnson, un journaliste franco australien avec qui j’ai réalisé cette enquête, avait trouvé un stratagème tout à fait délirant. Il était allé à Chelsea Cloisters, une résidence médicalisée et comme il avait un parfait accent anglais, il a prétendu avoir connu Barrett à la fin des années 60, à Londres. Il était tellement sincère et convaincant que l’employé de la résidence à la réception lui a déclaré : « nous connaissons bien ce malade. Il y a des mois et des mois que nous avons ce sac de linge sale qui est là. Il a oublié de le prendre. Si vous le connaissez, prenez-le et ça nous en débarrassera. Thomas Johnson l’a pris et nous sommes allés ensemble à Cambridge avec ce sac de linge. C’est lui qui a parlé, moi, j’avais trop peur ».
Cette interview de Syd Barrett est parue à l'origine dans la revue espagnole Rock Espezial en Février 1983. La version française ci-dessous est une traduction de L. Espain publiée dans le livre Welcome to the Machine de Jordi Bianciotto (1998).
Selon le site seedfloyd.fr, « dans cette monographie consacrée à Pink Floyd, en couverture de laquelle figure une tête vaguement reconnaissable (Syd Barrett frisant la quarantaine, photographié pour la première fois depuis 1971), l’ancien leader de Pink Floyd fait preuve de facultés mentales pour le moins chancelantes, ainsi que l'expliquent les journalistes Michka Assayas et Thomas Johnson ».
Voici donc les propos échangés lors de cette rencontre avec Syd Barrett, sur le seuil de sa maison.
Et me voilà devant cette vieille maison de Cambridge, essayant de n'avoir pas l'air trop nerveux, tandis que j'attends que l'on réponde à mon coup de sonnette. Rien. Je sonne à nouveau. Dans le jardin, une vieille dame coupe des roses. Une ombre se profile au fond du couloir, s'avançant lentement jusqu'à la porte.
Syd Barrett : « Salut. »
Nous sommes aussi surpris l'un que l'autre et nos deux voix se superposent.
Rock Espezial : « Je viens t'apporter ça, ce sont tes vêtements, tu t'en souviens? (NB: l'auteur fait allusion à des vêtements que Barrett avait oublié dans l'appartement londonien qu'il occupait peut de temps auparavant). »
Syd Barrett : « Ah oui ! À Chelsea ! Oui… »
C'est un homme prématurément vieilli, usé. Les cheveux coupés très courts, les traits durcis, les épaules tombantes. Il a grossi. Sa mère ne m'a pas entendu arriver, elle est toujours au fond du jardin. De temps en temps, Syd lance un regard furtif dans sa direction.
Je lui explique que cela fait des jours que je suis à sa recherche et que j'ai été à Chelsea où l'on m'a donné ses vêtements.
Syd Barrett : « Merci, me répond-t-il. Tu as dû payer quelque chose ? Qu'est ce que je te dois pour les vêtements ? »
Rock Espezial : « Non, rien du tout. Je lui demande ce qu'il fait actuellement, est ce qu'il peint ? »
Syd Barrett : « Non, on vient juste de m'opérer, rien de grave. Je souhaite revenir à Londres mais je dois patienter, il y a une grève des trains en ce moment. Non…Non…Je regardais la télé, c'est tout. »
Rock Espezial : « Tu n'as plus envie de faire de la musique ? »
Syd Barrett : « Non. Je n'ai pas le temps de faire grand-chose. Je dois trouver un appart à Londres mais ce n'est pas facile, il faut que j'attende… »
De temps en temps il jette un coup d'œil sur le sac de vêtements et sourit. Il essaie continuellement de mettre fin à notre conversation, tout en surveillant sa vieille mère, comme s'il craignait qu'elle ne nous découvre en train de bavarder.
Rock Espezial : « Tu te souviens encore de Duggie ? »
Syd Barrett : « Euh…Oui…Je ne l'ai jamais revu…Je n'ai jamais revu qui que ce soit à Londres. »
Rock Espezial : « Tes amis me chargent de te saluer. »
Syd Barrett : « Ah… Bien… Merci… »
Il s'exprime et réagit comme tous ceux qui ont subi des traitements psychiatriques prolongés. La contemplation semble être devenu son seul passe-temps. Il n'y a donc rien d'étonnant à ce que la télévision soit sa principale activité.
Rock Espezial : « Je peux te prendre en photo ? »
Syd Barrett : « Oui, bien sûr… »
Il sourit pendant que je prends la photo, mais tout de suite après…
Syd Barrett : « Ça suffit comme ça. Je n'aime pas qu'on me voie…C'est dur pour moi…Salut. »
Il regarde fixement l'arbre qui se dresse devant la maison. Je ne sais pas quoi dire.
Syd Barrett : « Il est beau cet arbre… Oui mais plus maintenant… On vient de le tailler… Avant, je l'aimais bien… »
On entend la voix de sa mère. Syd Barrett se tourne vers moi. Il semble terrorisé.
Syd Barrett : « Eh bien…On se reverra peut-être à Londres. Au revoir. »
Sur le chemin du retour, je croise un hippy illuminé, qui se cache derrière un journal. Je me sens pris d'un vide angoissant. Tout est fini.

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04.05.2009
Rock et littérature, rencontres à Deauville
Le salon « livres & musique » a pour thème « rock et littérature ». D’emblée, on est frappé par le thème abordé, les invités et le lieu de ces rencontres. Deauville, ville rock ? Pas vraiment. Sur les planches, on peut croiser quelques dandys au look savamment étudié mais l’esprit rock a déserté les lieux. Reste quelques bonnes pages et leurs auteurs. Et le public qui répond présent puisque ce sont 8 000 visiteurs (contre 6000 l’année dernière) qui ont poussé ce que l’on peut appeler, le temps d’un week-end, la plus grande bibliothèque rock de France.

Très sollicité dans les conférences du dimanche, Patrick Eudeline, impérial derrière ses lunettes noires, cigarette à la main et veste noire, souligne qu’il a joué à Deauville à l’époque de son groupe Asphalt Jungle, en pleine explosion punk.
Il précise que le punk rock, c’était les New-York Dolls, Marc Bollan, des groupes comme le Velvet qui le fascinaient. C’était différent . Parmi ses souvenirs, en 1973, « je me baladais dans la rue en blouson de cuir avec lunettes noires, tu te faisais emmerder et traiter de nazi. C’était de ce niveau là. Simplement, parce que tu étais habillé en cuir noir. C’était la fin du trip hippie.
Les gens qui ont fait le punk rock à Londres, les Clash, les Pistols, Génération X et tout ça correspondaient à notre génération, on avait tous le même âge. On avait raté la grande révolution des années 60, nous étions arrivés juste après.
Ensuite les Metal Urbain, Asphalt Jungle, Stinky Toys, c’est vraiment la même bande. C’était une des premières fois où ça se passait en même temps à Paris et à Londres. Marc Zermati, on doit lui reconnaître ça, avait créé le pivot de toute cette génération avec l’Open market.
Quand j’ai commencé à écrire en 1973, le mot punk était utilisé à toutes les sauces. On le mettait dans l’attitude, dans le rock’n roll et tout ça. Dès 1975, je m’en souviens, avec Kent, on disait le mot punk, c’est un mot de l’année dernière. Et puis, le mot est revenu 2 ans après et là, ça a vraiment explosé. On s’est tout pris dans la gueule et ce fut une divine surprise. L’explosion du punk rock, c’était comme un pétard mouillé qui met longtemps à exploser en fait. Les prémices, c’était 1973 ».
Selon P. Mikaïloff, « en 1977, le punk, c’était déjà presque « débranché ». On raconte que les hippies se coupaient les cheveux et s’inscrivaient sur leur t-shirt le mot punk. A Mont de Marsan, en 1976, on raconte qu’il y avait plein de gens sur les trottoirs. C’étaient des hippies qui s’étaient coupés les cheveux. Ils avaient acheté tous les ciseaux de la ville de Mont de Marsan pour se couper les cheveux avant d’entrer dans le festival. C’était donc un truc qui devenait très populaire en 1976, 1977. »
P. Eudeline intervient pour signaler « les cheveux longs, c’était un truc important. C’était un truc violent, un signe de reconnaissance évident. Un mec qui avait les cheveux longs, on savait que c’était avant tout un copain. A partir de 1974, même les types qui travaillaient à la poste avaient les cheveux longs alors qu’avant, tu te faisais virer. Finies les pattes d’eph. On remettait les baskets, utilisait les codes rock des années 50, les perfecto. Et tu te faisais taper la gueule, on te traitait de PD ou de je ne sais quoi, ou de fasciste. D’ailleurs, les concerts, c’était des bains de sang. Lors des tournées qu’on a fait en 1977, il n’y a pas un concert où ça ne s’est pas fini par des bagarres. J’ai vécu trois séjours à l’hôpital en un an et demi parce que c’était des bagarres tous les jours ! On ne pouvait pas sortir seul. C’était hors de question. Lorsque ce n’était pas des hippies, tout le monde en avait après nous. C’était vraiment violent et sauvage. Mais la vie est violente. C’est un vieux débat politique, tu vois. Est-ce que la révolution doit être violente ?
Le débat, c’est aussi : est-ce qu’il faut échapper aux choses, rêver ou au contraire, mettre la tête dedans. C’est le débat entre Montesquieu et Alembert. L’art est-il fait pour faire rêver et échapper à la réalité ou est-il fait pour te faire prendre conscience des choses ? C’est un exorcisme, une catharsis (NDR : représentation dramatique antique destinée à purifier les spectateurs ou en psychologie, une méthode de traitement fondée sur la décharge émotionnelle résultant du sentiment de revivre des événements traumatiques).
Il n’y a pas eu une génération spontanée de génies qui ont eu 20 ans en 66 et depuis, il n’y a plus personne. Les gens sont là. Mais le système est tellement coercitif, tellement fermé … On vit dans une période de rock non fumeur ! C’est un drôle de concept. Le public est là mais le système ne permet pas d’exploser.
Il ne suffit pas de critiquer bêtement sur Internet (« les majors se gavent … ») mais il convient de réfléchir sur le pouvoir de Google. Peut-être que cela n’a rien à voir. Mais tu ne peux pas faire la révolution seul dans ton coin en surfant dans ta chambre. Ça ne fonctionne pas. Il faut t’en donner les moyens. Il faut le faire sur une scène et après, c’est le monde autour de toi qui changera. Ça passe par la radio, ça passe par le pouvoir. Déjà en 1977, ce qu’on appelle l’underground rêvait de gloire. Si les Beatles, Bob Dylan et les Stones ont changé le monde, c’est aussi parce qu’ils sont passés à la radio. On est dans un système que tu peux pervertir que de l’intérieur.
A l’époque quand Pathé Marconi est venu me voir, j’ai dit : on y va, bien sûr. Plus ça marchait, plus on était content.
Les gamins qui forment des groupes aujourd’hui, ceux qu’on appelait les baby rockeurs, au début, c’était les meilleurs amis du monde et évidemment après, ça devient difficile. C’est la vie.
A propos des Sex Pistols, c’était juste avant que Johnny Rotten arrive. Malcom leur a donné 3 t-shirts et leur a fait payer les autres C’était culotté ! L’autre a piqué un perfecto dans la boutique de Macolm. Celui-ci voulait être le chanteur du groupe. Il se sentait déjà trop vieux et il n’avait jamais vraiment travaillé ça.
Et aujourd’hui, qu’est-ce qui est rock ?
Ce qui est important, c’est la force intérieure. La force artistique comme chez les surréalistes ou les écrivains et poètes décadents du siècle dernier. Baudelaire n’était pas rock car le rock n’existait pas. Ça n’empêche que c’est le plus grand poète français.
Si l’on partage pour beaucoup, les mêmes influences, celles qui ont marqué beaucoup de gens, je crois qu’il faut se méfier des clichés. Je crois être plus influencé par Huysmans que par n’importe qui finalement.
Qu’est-ce qu’une écriture rock ? Quand est-ce qu’un livre est rock ?
C’est une question qui me gonfle. Le mot rock me fait penser à des trucs comme Metallica qui n’ont rien à voir avec ça. Je me sens plus d’affinités avec Michel Delpech qu’avec du n’importe quoi qui se prétend rock et porte du pantacourt.
21:42 Publié dans Le café lecture | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : rock, littérature
22.04.2009
Rock & Littérature à Deauville

Ce week-end à Deauville se tient le salon "livres & musiques" dont le thème est ROCK et LITTERATURE.
Le programme est passionnant.
Seront entre autres présents François BON, Pierre LESCURE, Antoine DECAUNES, Nick KENT,, Michak ASSAYAS, Patrick EUDELINE, Serge CLERC.
L'occasion de recruter quelques jurés pour l'édition 2009/2010 du concours de nouvelles ROCK ?
13:39 Publié dans Le café lecture | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : deauville, rock, littérature, programme
24.12.2008
citation du jour

«Ce soir, l'Occident s'empiffre.»
François Mauriac dans son Bloc-notes, un 24 décembre
00:23 Publié dans Le café lecture | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : mauriac
03.11.2008
CONCOURS FRANCO-ITALIEN DE POESIE
Je viens de recevoir un mail de L’Association Culturelle « Il Musagete » de Francavilla Marittima (CSla), « La plume et le cœur » pour nous informer de la 1ère édition de ce concours de poésie en langue française.
La participation est ouverte à tous ceux qui désirent exprimer, par le moyen privilégié de la parole poétique, les sensations et les images les plus diverses de la vie humaine. Sous cet angle donc, le symbolisme de la plume et du cœur annoncé par le titre se veut stimulant et, au même temps, penchant pour un modèle poétique voué à la plus grande liberté de composition.
Les candidats – sans limite d’âge – doivent envoyer deux poèmes inédits de 10-25 lignes à : pierinogallo@libero.it ou, par la poste, à : M. Pierino Gallo, via Gerolamo De Rada n. 10 – 87075 Trebisacce (Cosenza)-Italie.
Date limite d’envoi : 30 novembre 2008.
Chaque candidat, par son envoi, garantit l’authenticité de son texte. Pour que la participation puisse être validée, le formulaire d’envoi ci-joint doit être correctement et entièrement renseigné.
Les noms des gagnants, sélectionnés par un minimum de deux juges (dont la décision est sans appel), seront publiés, dans l’année courante, sur le site Internet: www.aljoneditrice.it
Les poèmes choisis, au nombre de 20, seront recueillis avec la traduction italienne en regard, dans une élégante anthologie. Les droits d’auteurs restant acquis aux participants, « Il Musagete » et « Aljon Editrice » se réservent toutefois de mettre en place la première publication des poèmes sélectionnés.
L’intention divulgatrice de La plume et le cœur, proposée dans sa première édition, poursuit le but fondamental de relier culture française et culture italienne dans un seul nœud de collaboration prolifique. Tout en espérant, naturellement, de découvrir les nouveaux talents poétiques de la France moderne. L’idée naît de l’expérience et du génie des membres de « Il Musagete », Association Culturelle qui depuis 1985 s’engage dans le rayonnement des lettres en Italie avec la précieuse collaboration d’académiciens et illustres humanistes.
10:05 Publié dans Le café lecture | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : concours, franco-italien, poesie, il musagete
22.09.2008
La panne
Découvrez Otis Redding!
- Bien, que se passe-t-il M. Briand ?
- Je crois que cela recommence docteur. Une rechute. J’avais connu une période faste jusqu’au mois de janvier. Et là, c’est la panne. Plus aucune idée. Je me lève le matin, plein de mes rêves nocturnes, fermement décidé à coucher sur le papier toutes mes idées. Et … rien. Je bloque, je sèche. Je reste devant l’écran de mon ordinateur à mâchonner le capuchon de mon crayon, à boire des cafés, à surfer sur le net à la recherche d’une inspiration virtuelle. Je reste ensuite toute la matinée à rêvasser sans accoucher d’une seule ligne. Il est alors temps de déjeuner. L’après-midi n’est guère plus productive. C’est difficile à vivre, surtout qu’il s’agit de mon métier à présent. Il en va de ma survie artistique bien sûr … mais pas uniquement. C’est aussi mon unique source de revenu. Et mon éditeur est intraitable quand il s’agit de délai.
- Combien de temps vous reste-t-il avant la remise de votre manuscrit à votre éditeur ?
- A peine un mois. C’est une situation désespérée.
- Je ne suis pas certain que je sois la personne la plus indiquée pour résoudre votre problème M. Briand. Ici, faut-il vous le rappeler, vous êtes dans un cabinet médical et pas …

- Arrêtez ! Je vous ai toujours fait confiance et vous ne m’avez jamais déçu. Rappelez-vous, lorsque ma femme m’a quitté. Vous m’avez fait la même remarque. Vous vous jugiez incompétent pour résoudre les peines de cœur, que vous ne guérissiez que le muscle et non pas les sentiments, que votre cabinet était médical et pas matrimonial. Et pourtant, en vous poussant un peu, vous m’avez été de précieux conseil.
- Je n’étais plus vraiment dans mon rôle de médecin à ce moment. Nous avions terminé la consultation puis la conversation a dérivé sur les difficultés du couple en général et sur le ton de la confidence, vous en êtes arrivé à me confier certains détails intimes.
- Vous m’y avez encouragé par votre silence et votre oreille attentive !
- Ecoutez, tout cela est du passé à présent.
- Vous m’avez suggéré de tromper ma femme pour tester notre couple. Vous vous en souvenez ?
- Je n’ai pas formulé l’idée aussi directement…
- Non, peut-être. Mais, globalement, le message était là, quelque soit la formulation précise. Et, j’ai suivi vos instructions. Il y avait cette jeune stagiaire, un peu allumeuse, qui me tournait autour depuis un certain temps. Il n’a pas fallu beaucoup la pousser pour qu’elle cède à mes avances.

- Vous êtes donc passé à l’acte ?
- Vous êtes mon médecin et j’ai à cœur de suivre vos prescriptions. La mise en scène était parfaite. J’ai invité Stéphanie à prendre un verre après le travail, prétextant une envie de me confier à elle. Je lui ai déclaré ma flamme, la couvrant de compliments sur son allure, sa beauté, son efficacité professionnelle.
- Vous mélangez tout.
- Je faisais surtout tout ce que je pouvais pour concrétiser des regards ambigus de pauses café en mise en scène de partie de jambe en l’air. Après quelques cocktails, je lui ai proposé de découvrir ma collection de vinyles chez moi. Nous étions dans le timing.
- Quel timing ?
- Ma femme était à ses cours de yoga et ne devait rentrer qu’à 22h00. Nous avons commencé par écouter un collector de Wilson Pickett puis j’ai baissé le rythme et enchainer sur des ballades d’Otis Reding. J’avais observé que durant le trajet, elle avait défait deux boutons de son chemisier, découvrant les formes arrondies de sa poitrine et la lisière en dentelle de son soutien-gorge. Sur « these arms of mine », je lui ai proposé de faire quelques pas de danse. Joue contre joue, nos corps se sont rapprochés. Je sentais sa poitrine collée contre mon torse, son bassin tournoyait autour du mien. Elle dégageait une odeur de fleur fraichement coupée. J’ai posé mes mains sur ses hanches, resserré mon étreinte puis lentement, ma joue s’est décollée et je l’ai embrassé à la commissure des lèvres. Elle …
- Vous êtes obligé d’entrer dans tous ces détails ?
- Vous, vous n’avez pas lu mon dernier livre « l’âme bleue » ! Si c’était le cas, vous m’auriez déjà arrêté pour m’informer que vous connaissiez déjà tous ces détails. Cette aventure m’aura au moins permis de trouver le fil de mon dernier roman. Peu de personnes ont compris que chacune des descriptions et situation décrite était autobiographique.
- Et bien, voilà une belle source d’inspiration ! Mais, il me semble que nous dérivons. Qu’avez-vous exactement qui justifie votre présence dans mon cabinet ? En quoi puis-je vous aider médicalement ?
- Je vous l’ai dit. Je n’ai plus d’inspiration pour écrire. Alors, la nuit, je ne dors plus.
- Vous souhaitez des pilules pour retrouver le sommeil ?
- Non, prescrivez-moi des idées, de la concentration, de l’éloquence, du talent.
- Vous divaguez M. Briand !
- Continuez …
- Mais, c’est insensé et vous le savez. Si je me suis laisser aller à quelques conseils pour que vous retrouviez votre femme en fin de séance, je ne voudrais pas que cela devienne une habitude. Et votre femme, vous êtes toujours ensemble ?
- Non, Docteur. C’est fini entre nous. Enfin surtout pour elle. Elle est décédée. Je l’ai tué.
- Pardon ?
- J’ai suivi vos conseils, Docteur. Je l’ai rendu jalouse. On peut même dire morte de jalousie. Elle s’est donnée la mort quelques heures après ce qu’elle a interprété comme un adultère. J’en ai tiré une excellente histoire.
- Vous me faites peur …
- C’est un bon début.
21:48 Publié dans Le café lecture | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : panne, inspiration, nouvelle, écriture, blog
19.09.2008
concours d'écriture de nouvelles "rock"
Cela devait arriver ...
A force de passer des nuits à parler de rock, de littérature, de solos de guitare, de livres, de musique, on a fini par mélanger les genres. On s'est dit qu'on adorerait lire des nouvelles avec un casque sur la tête, en tapant du pied. Et qu'on serait prêt à tout faire pour diffuser et faire connaître les meilleures.
C'est pourquoi le Café Castor lance un concours d'écriture de nouvelles "rock".
Comme pour le rock, plus c’est court, plus c’est efficace. Pour cela, le meilleur format est, définitivement, la nouvelle.
Pas de gras donc, de solos qui s’étirent ou de descriptions ennuyeuses. On garde l’essentiel.
Alors, posez vos guitares un instant et à vos plumes pour participer au 1er concours de la nouvelle ROCK !

18:10 Publié dans Le café lecture | Lien permanent | Commentaires (10) | Envoyer cette note | Tags : concours, nouvelles, ecriture, 2008, 2009, rock, cafe
08.07.2008
La loose - promesses 2
Suite et fin de La Loose:
Pour ce dernier rendez-vous avec les membres du groupe "la loose", voilà le visage des personnages centraux.
Pascal
Jean
Lucie
Valérie
Jane apparait, les bras chargés de croissants et de baguettes de pain. Jean s’aperçoit en la voyant qu’il avait omis de prendre du pain pour ce matin. Il la remercie et sort la confiture, le miel et jus d’orange et éloigne le cendrier plein de mégots. Pascal fait chauffer le thé et couler une cafetière de café filtre.
- Je propose qu’après le petit-déjeuner, nous passions nous recueillir sur la tombe de Fabien. Vous saviez qu’il est enterré rue Douet Fourché, à deux pas d’ici ? Nous pouvons même y aller à pied, c’est à peine à dix minutes. Cela nous fera du bien de marcher un peu.
Le projet emporte l’adhésion et l’on se prépare pour saluer une dernière fois celui qui aurait dû être là, celui qui aurait mérité, plus que tout et tous, de retrouver un groupe soudé, prêt à en découdre, à affronter les jeunes générations, guitares à la main. Ils descendent la rue de la Croix Guillaume et poussent la grille du cimetière. Seules quelques vieilles femmes au dos vouté arpentent les allées d’une démarche fatiguée malgré l’heure matinale. Pascal connaît le chemin qui mène à la tombe de Fabien. Jean connait bien ce cimetière et s’arrête un instant devant le tombeau familial. Les autres l’ont suivi et, en retrait, ont stoppé eux aussi pour évoquer un instant le souvenir du couple Levisky. Un drôle de couple. Puis, ils continuent leur chemin. Pascal s’immobilise devant un caveau de granit sombre sur lequel une stèle porte le nom de Fabien Rouxel en lettres d’or. Fabien … Sans se concerter, chacun, y compris Jane, se donne la main.
Au bout d’un long moment, Jean, le leader naturel du groupe, prend la parole, doucement :
- Salut, mec. Une fois encore, tu t’es débrouillé pour être en retard. Tu sais que c’est une foutue habitude chez toi. Alors comme tu ne venais pas nous voir, nous sommes venus te voir. Pascal connaissez ta nouvelle demeure. Il nous y a conduits. Tu vois, nous nous présentons aujourd’hui devant toi. Malgré tout ce temps, nous nous sommes efforcés, chacun à notre façon de rester durs, purs et sans concessions. De là où tu es, nous sommes certains que tu dois bien te marrer de nous voir. Tu n’y croyais plus à cette reformation, pas vrai ? Il faut dire que tu as tellement cru à la formation initiale que la déconvenue en a été d’autant plus grande. Ce soir, j’espère que tu nous soutiendras. Le seul message que nous voulons leur faire passer, à tous ces spécialistes des musiques actuels, du hip-hop à la pop, c’est que nous, nous sommes restés rock, qu’après tout ce temps, nous pouvons encore jouer « durs, purs et sans concessions ». Et crois-nous. Chaque note te sera dédiée. Quel que soit le résultat, notre prestation sera un succès. Tu nous manques, mec. Amen.
La mine grave, chacun se recueille encore quelques instants. Pascal dépose une paire de baguettes sur le granit. Il les a trouvé hier soir derrière un ampli. Fabien avait dû les oublier un soir de répétition. Valérie dépose un médiator jaune.
- Il va être temps de répéter à présent. Vous vous souvenez du film « the Blues Brothers » ? Après des années passées à l’ombre, le groupe tente de se reformer. Il a fallu convaincre chaque membre qui avait pris de nouveaux engagements, de jouer à nouveau. Ils étaient convaincus qu’ils étaient en mission pour le Seigneur. Pourquoi cela ne serait-ce pas notre cas ?
- C’est vrai » se convainc Lucie.
Valérie ajoute :
- « Nous avons quatre chansons au point. Nous sommes à 106 miles de Saint-Malo, nous avons un réservoir plein, un demi-paquet de cigarettes, il va faire noir et nous porterons des lunettes de soleil. Allons-y. »
Les cols relevés, cigarettes au bec, le groupe quitte le cimetière et se dirige d’un pas décidé vers la grange pour achever de répéter ses morceaux. Il manque deux chansons pour clôturer le set. Ils décident de reprendre le « complete control » des Clash et d’écrire dans l’urgence une nouvelle chanson. Ce sera le renouveau définitif du groupe. Ils comptent sur Pascal pour les paroles, sur Valérie et Lucie pour la mélodie. Pour le reste, ils se débrouilleront. Il leur reste 10 heures pour être au point et une vie pour rattraper le temps perdu.
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06.07.2008
Je ne l'écoutais plus
En écho à ma note précédente et en hommage à Alain Dister, ci-joint un texte court extrait du livre "Envies d'ailleurs":
Now, little boy lost, he takes himself so seriously
He brags of his misery, he likes to live dangerously
And when bringing her name up
He speaks of a farewell kiss to me
He's sure got a lotta gall to be so useless and all
Petit garçon perdu, il se prend tellement au sérieux
Il se vante de sa détresse, il aime vivre dangereusement
Et quand il parle d’elle
C’est à propos d’un baiser d’adieu pour moi
Il est gonflé d’être inutile comme ça
Bob Dylan - Visions of Johanna - Album : "BLONDE ON BLONDE " - 1966
Il était 13h25 et les salariés regroupés sur une file désordonnée patientaient pour régler leur repas au patron qui invectivait les cuisines tout en encaissant.
Stéphane avait dérivé vers un autre sujet dans le brouhaha. Des conflits à répétition avec une collègue de travail. Je repensais à ce qu’il m’avait dit quelques minutes plus tôt. Karine Guillou est morte.
Je ne l’écoutais plus.
Cela faisait combien de temps ? Les années avaient filé depuis ce samedi où, adolescent, je parcourais la rue de Siam en tenant par l’épaule une jeune fille aux cheveux longs et filasses.
Cette après-midi là, nous avions revu le film « the Wall » avec Bob Geldof. En sortant du cinéma, l’intensité du jour avait baissée et il faisait presque nuit. Je n’avais pas tout compris au film, elle m’avoua qu’elle non plus. Nous avons peu parlé en remontant la rue, abrutis par le flot d’images et de musique que nous venions d’absorber. Nous étions entrés nous réfugier de la pluie au bar de l’hôtel de ville, le BHV, sous les arcades, à droite de la mairie. J’avais pris place sur la banquette à ses côtés.
Notre idylle devait durer 2 semaines et au plus fort de son intensité, nous avons toujours su que cela ne pourrait pas fonctionner. Des bandes de copains qui ne se fréquentaient pas, des accoutrements faisant référence à des idéaux éloignés. Moi, plutôt rock, elle « bab » à une époque où le choix d’un nom de groupes sur les badges ornant le revers de nos blousons aviateur bleu marine au col synthétique était un véritable engagement, nous ouvrant ou fermant immédiatement les cercles les plus fermés.
Stéphane a senti mon manque d’attention. Il avait sorti une ou deux vannes auquelles j’avais souri poliment, sans renchérir, sans relancer. « ça va ? ».
« Tu veux un dessert ? »
Nous avons attendu qu’il ne pleuve plus devant nos tasses de café vides en observant à travers les vitres, entre deux affiches publicitaires, les passants qui se pressaient pour s’abriter sous les arcades. Parfois, l’un d’entre eux, courageusement, quittait le groupe et courait en slalomant entre les flaques.
Karine était grande, toute en longueur. Ses cheveux sentaient le patchouli. Elle portait une tunique sous une veste d’inspiration indienne, un jean délavé et serré et aux pieds de vieilles Kickers. En bandoulière, elle avait nouée à son sac kaki de l’US Army une écharpe en soie orange. Certains jours, elle s’enroulait un kefia autour du cou.
Ce jour là, elle avait envie de séduire, de me plaire. On devinait derrière ses petites lunettes cerclées qu’elle s’était maquillée et cela ne lui allait pas. Ses cheveux mouillés s’étaient collés à son front.
Nous nous sommes embrassés, simplement, brièvement, sans passion, comme un rituel adolescent incontournable.
C’était la première fois que nous retrouvions seule, elle et moi.
Après avoir échanger quelques banalités, nous avons vite constaté nos manques de sujets communs. Nous avons commandé un autre café.
J’aimais ses accoutrements post-hippies et ses idées révolutionnaires. L’idée de la fuite est toujours présente durant ces années de recherche de soi et d’absolu.
Avec elle, je voyageais dans cet univers dont j’étais si éloigné. L’embrasser, c’était communier avec sa liberté, avec la permissivité de la jeunesse rebelle. C’était m’échapper de mes repères habituels et être moi-même, seul avec elle. Un jour, je quitterai les rives de l’adolescence et m’échapperai du carcan familial. Sa présence me laissait imaginer cet avenir.

Lorsque le soir, dans ma chambre, j’écoutais Bob Dylan, j’imaginais ce qu’avait pu être l’été de l’amour à San-Francisco, la vie en communauté à la fin des années 60, les voyages en Inde, au Népal. J’idéalisais cet univers de cheveux longs, de communautés, de folk et de psychédélisme que je m’inventais à partir des quelques extraits du concert de Woodstock, des chroniques d’Alain Dister qui parcourait la côte Ouest des Etats-Unis pour Rock’n Folk.
J’étais né trop tard, trop loin pour participer à cette folle aventure. Alors je fermais les yeux le soir en écoutant la voix nasillarde sur l’album « Blonde on Blonde » dans les volutes planantes de bâtons d’encens.
Il ne restera de ma révolution que le souvenir d’une tasse de café vide, de la pluie qui tombe rue de Siam à Brest, un ticket de cinéma déchiré et le souvenir ému d’un baiser à Karine Guillou sur une banquette en skaï. Mais le souvenir déjà s’échappe comme les effluves d’encens.
« Tu savais ? Karine Guillou est morte » m’avait-il dit. Déjà la serveuse apporte nos desserts.
The harmonicas play the skeleton keys and the rain
And these visions of Johanna are now all that remain
Les harmonicas jouent les fausses clés et la pluie
Et ces visions de Johanna sont maintenant tout ce qui reste
Bob Dylan - Visions of Johanna - Album : "BLONDE ON BLONDE " - 1966
08:10 Publié dans Le café lecture | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : alain, dister, rock, blog, hommage, hippie, san francisco
02.07.2008
La loose - promesses
La suite de "la Loose", feuilleton de l'été.
Il fait beau ce matin. Jean s’est lavé, rasé de près et légèrement parfumé. Le soleil matinal n'arrive pas à réchauffer l'air frais qui s'engouffre par les fenêtres ouvertes de la véranda attenante au salon. Il respire à plein poumon et se remplit du moment. Il a le sentiment que ce matin pourra tout effacer, comme une ardoise magique.
La virginité du jour fait naître en lui de nouveaux espoirs, développe une nouvelle énergie. Il pense à " la promesse de l'aube". Le titre du roman autobiographique de Romain Gary est sans doute un des plus beaux titres de livre.
À l'aube de sa vie, le narrateur se fait une promesse : ces années qui l'attendent, il les emploiera à devenir quelqu'un d'important, en hommage à sa mère, morte après avoir beaucoup souffert. Chaque aube contient-elle une promesse? Le projet fou de réunir le groupe, de l’inscrire à ce tremplin, n’était-il pas la promesse faite à Fabien de continuer là où ils avaient échoué ?
Il fait couler un café expresso, allume une cigarette et décide que c'est le bon moment pour écouter de la musique. Il pense à ce morceau de Sonny Boy Williamson, opportunément intitulé « early in the morning ». Il hésite devant sa discothèque bien fournie. Il sélectionne un live de Patti Smith enregistré au festival des Vieilles Charrues. Voilà, qui est à propos se dit-il. Il passe la longue plage de « gloria ». Pour la gloire, on verra plus tard. Il retrouve le morceau original de Van Morrison.
You know she comes around here
At just about midnight
She make ya feel so good, Lord
She make ya feel all right
And her name is G-L-O-R-I
G-L-O-R-I-A (GLORIA)
Pascal n’a pas dormi. Il a les traits tirés. Il est resté là, sur la terrasse, en compagnie de Lucie. Ils se sont dit ce qu’ils auraient dû s’avouer vingt ans plus tôt. Puis, lorsque tout fut dit, ils se sont tus et ont observé le soleil se lever. Ensemble, sans un mot, ils ont suivi du regard cette grosse boule rougeoyante qui enflammait le ciel. Silencieux, ils se sont pris la main. Puis, Lucie avait fini par rejoindre Jane et Pascal avait profité du calme pour réfléchir seul sur son parcours, ce qu’il était devenu, ce qu’il aurait pu devenir.
She make ya feel all right
And her name is G-L-O-R-I
G-L-O-R-I-A (GLORIA)
Elle est venue ici vers minuit, elle m’a fait devenir meilleur….Il écoute les paroles de Van Morrison qui emplissent le salon et s’échappent jusqu’à la terrasse. Elles résonnent bizarrement. C’est impressionnant les différents sens que pouvait prendre une chanson selon les évènements auquel nous étions confrontés. C’est peut être à cela que l’on reconnaissait une bonne chanson d’ailleurs, à sa capacité à s’immiscer au plus profond de nous et à répondre nos questions les plus intimes sans que l’on ne l’y invite.
La gloire. Le prix payé pour honorer la promesse faite à son père n’avait-il été trop lourd ? L’appréhension qu’il avait éprouvé de présenter à tous la médiocrité de son destin s’était évaporée à mesure de la soirée. Chacun portait sa croix et il avait jugé certaines plus lourdes que la sienne. Il fallait faire avec, composer avec toutes ses contraintes. Vers sept heures, il avait appelé sa femme. Son fils était bien rentré. Il avait préféré prendre le premier bus plutôt que se faire raccompagner par des camarades pris de boisson. Stéphanie était apaisée à présent et elle lui avait mollement reproché de ne pas être venu. Sa légitime inquiétude cachait-elle une pointe de jalousie ?
Valérie les a rejoint autour de la table en plastique où une pile de bol est posée sans que personne n’y ait encore touchée. Elle porte des lunettes de soleil et semble, elle aussi, avoir mal dormi.
- Pas facile le réveil. Avant que vous me posiez la question, sachez que Pierre-Alexandre s’est barré. On s’est disputé une bonne partie de la nuit. Certaines différences entre nous n’avaient pas une grande importance jusqu’à cette nuit. Et puis, nos retrouvailles d’hier soir m’ont permis de prendre du recul. Il parait que les bons choix sont ceux qui nous permettent de rester fidèles au petit enfant ou à la petite fille que nous étions. Je ne suis pas certaine qu’avec P-A, j’étais moi-même. Disons qu’il est arrivé au bon moment. Il est temps à présent qu’il sorte de ma vie. C’est le bon moment, là aussi.
- Alors, cela se termine comme ça ? Un mariage, des gamins et tout s’envole parce que tu t’engueules avec ton mec un soir ? Tu ne trouves pas que cela va un peu vite » s’interroge Jean.
- Si, mais vous connaissez ma détermination lorsque j’ai pris une décision. Lorsque nous nous sommes quittés en 1987, j’avais décidé de quitter mes parents et j’étais prête à tous les sacrifices pour cela. J’en ai bavé mais, jamais, je ne suis revenu sur ce choix.
- Et tes enfants ? Ils n’ont pas à subir ces choix. Tu leur dois de les élever dans un environnement propice à leur équilibre.
- Tu as raison. Mais ce sera sans Pierre-Alexandre. Il est vraiment trop con ! D’ailleurs, sachez qu’il vous prend tous pour des branleurs.
- Là, on ne peut pas lui donner tort » s’esclaffe Lucie.
- Tu veux un café pour te remettre de tes émotions ? » lui propose Jean. « Un expresso ? »
- Avec une cigarette, c’est exactement ce dont j’ai besoin.
07:30 Publié dans Le café lecture | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : la loose, promesses, groupe, rock, répet, dinard, suite




















