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        <title>Cafe Castor - le_cafe_lecture</title>
        <description>Un endroit de passage pour échanger le temps d'un café</description>
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        <lastBuildDate>Fri, 04 Jul 2008 11:59:04 +0200</lastBuildDate>
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                <title>La loose - promesses</title>
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                <author>noreply@hautetfort.com (castor)</author>
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                                                <pubDate>Wed, 02 Jul 2008 07:30:00 +0200</pubDate>
                <description>
                    &lt;em&gt;La suite de &quot;la Loose&quot;, feuilleton de l'été.&lt;/em&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Il fait beau ce matin. Jean s’est lavé, rasé de près et légèrement parfumé. Le soleil matinal n'arrive pas à réchauffer l'air frais qui s'engouffre par les fenêtres ouvertes de la véranda attenante au salon. Il respire à plein poumon et se remplit du moment. Il a le sentiment que ce matin  pourra tout effacer, comme une ardoise magique.  &lt;br /&gt;La virginité du jour fait naître en lui de nouveaux espoirs, développe une nouvelle énergie. Il pense à &quot; la promesse de l'aube&quot;. Le titre du roman autobiographique de Romain Gary est sans doute un des plus beaux titres de livre.&lt;br /&gt;À l'aube de sa vie, le narrateur se fait une promesse : ces années qui l'attendent, il les emploiera à devenir quelqu'un d'important, en hommage à sa mère, morte après avoir beaucoup souffert. Chaque aube contient-elle une promesse? Le projet fou de réunir le groupe, de l’inscrire à ce tremplin, n’était-il pas la promesse faite à Fabien de continuer là où ils avaient échoué ?&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div style=&quot;text-align: center&quot;&gt;&lt;img src=&quot;http://www.memory-pub.com/images/thumbnails/Divers_Caf__P1030286_300x300.JPG&quot; alt=&quot;Divers_Caf__P1030286_300x300.JPG&quot; style=&quot;border-width: 0; margin: 0.7em 0;&quot; /&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Il fait couler un café expresso, allume une cigarette et décide que c'est le bon moment pour écouter de la musique. Il pense à ce morceau de Sonny Boy Williamson, opportunément intitulé « early in the morning ». Il hésite devant sa discothèque bien fournie. Il sélectionne un live de Patti Smith enregistré au festival des Vieilles Charrues. Voilà, qui est à propos se dit-il. Il passe la longue plage de « gloria ». Pour la gloire, on verra plus tard. Il retrouve le morceau original de Van Morrison.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;em&gt;You know she comes around here&lt;br /&gt;At just about midnight&lt;br /&gt;She make ya feel so good, Lord&lt;br /&gt;She make ya feel all right&lt;br /&gt;And her name is G-L-O-R-I&lt;br /&gt;G-L-O-R-I-A (GLORIA)&lt;/em&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Pascal n’a pas dormi. Il a les traits tirés. Il est resté là, sur la terrasse, en compagnie de Lucie. Ils se sont dit ce qu’ils auraient dû s’avouer vingt ans plus tôt. Puis, lorsque tout fut dit, ils se sont tus et ont observé le soleil se lever. Ensemble, sans un mot, ils ont suivi du regard cette grosse boule rougeoyante qui enflammait le ciel. Silencieux, ils se sont pris la main. Puis, Lucie avait fini par rejoindre Jane et Pascal avait profité du calme  pour réfléchir seul sur son parcours, ce qu’il était devenu, ce qu’il aurait pu devenir. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;em&gt;She make ya feel all right&lt;br /&gt;And her name is G-L-O-R-I&lt;br /&gt;G-L-O-R-I-A (GLORIA)&lt;/em&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Elle est venue ici vers minuit, elle m’a fait devenir meilleur….Il écoute les paroles de Van Morrison qui emplissent le salon et s’échappent jusqu’à la terrasse. Elles résonnent bizarrement. C’est impressionnant les différents sens que pouvait prendre une chanson selon les évènements auquel nous étions confrontés. C’est peut être à cela que l’on reconnaissait une bonne chanson d’ailleurs, à sa capacité à s’immiscer au plus profond de  nous et à répondre  nos questions les plus intimes sans que l’on ne l’y invite.&lt;br /&gt;La gloire. Le prix payé pour honorer la promesse faite à son père n’avait-il été trop lourd ? L’appréhension qu’il avait éprouvé de présenter à tous la médiocrité de son destin s’était évaporée à mesure de la soirée. Chacun portait sa croix et il avait jugé certaines plus lourdes que la sienne. Il fallait faire avec, composer avec toutes ses contraintes. Vers sept heures, il avait appelé sa femme. Son fils était bien rentré. Il avait préféré prendre le premier bus plutôt que se faire raccompagner par des camarades pris de boisson.  Stéphanie était apaisée à présent et elle lui avait mollement reproché de ne pas être venu. Sa légitime inquiétude cachait-elle une pointe de jalousie ?&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div&gt;&lt;object width=&quot;420&quot; height=&quot;336&quot;&gt;&lt;param name=&quot;movie&quot; value=&quot;http://www.dailymotion.com/swf/x20fao&amp;related=1&quot;&gt;&lt;/param&gt;&lt;param name=&quot;allowFullScreen&quot; value=&quot;true&quot;&gt;&lt;/param&gt;&lt;param name=&quot;allowScriptAccess&quot; value=&quot;always&quot;&gt;&lt;/param&gt;&lt;embed src=&quot;http://www.dailymotion.com/swf/x20fao&amp;related=1&quot; type=&quot;application/x-shockwave-flash&quot; width=&quot;420&quot; height=&quot;336&quot; allowFullScreen=&quot;true&quot; allowScriptAccess=&quot;always&quot;&gt;&lt;/embed&gt;&lt;/object&gt;&lt;br /&gt;&lt;b&gt;&lt;a href=&quot;http://www.dailymotion.com/video/x20fao_patti-smith-v-charrues-gloria_music&quot;&gt;Patti smith - v. charrues - gloria&lt;/a&gt;&lt;/b&gt;&lt;br /&gt;&lt;i&gt;envoy&amp;eacute; par &lt;a href=&quot;http://www.dailymotion.com/art-worlddiffusion&quot;&gt;art-worlddiffusion&lt;/a&gt;&lt;/i&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Valérie les a rejoint autour de la table en plastique où une pile de bol est posée sans que personne n’y ait encore touchée. Elle porte des lunettes de soleil et semble, elle aussi, avoir mal dormi. &lt;br /&gt;- Pas facile le réveil. Avant que vous me posiez la question, sachez que Pierre-Alexandre s’est barré. On s’est disputé une bonne partie de la nuit. Certaines différences entre nous n’avaient pas une grande importance jusqu’à cette nuit. Et puis, nos retrouvailles d’hier soir m’ont permis de prendre du recul. Il parait que les bons choix sont ceux qui nous permettent de rester fidèles au petit enfant ou à la petite fille que nous étions. Je ne suis pas certaine qu’avec P-A, j’étais moi-même. Disons qu’il est arrivé au bon moment. Il est temps à présent qu’il sorte de ma vie. C’est le bon moment, là aussi.&lt;br /&gt;- Alors, cela se termine comme ça ? Un mariage, des gamins et tout s’envole parce que tu t’engueules avec ton mec un soir ? Tu ne trouves pas que cela va un peu vite » s’interroge Jean.&lt;br /&gt;- Si, mais vous connaissez ma détermination lorsque j’ai pris une décision. Lorsque nous nous sommes quittés en 1987, j’avais décidé de quitter mes parents et j’étais prête à tous les sacrifices pour cela. J’en ai bavé mais, jamais, je ne suis revenu sur ce choix.&lt;br /&gt;- Et tes enfants ? Ils n’ont pas à subir ces choix. Tu leur dois de les élever dans un environnement propice à leur équilibre.&lt;br /&gt;- Tu as raison. Mais ce sera sans Pierre-Alexandre. Il est vraiment trop con ! D’ailleurs, sachez qu’il vous prend tous pour des branleurs.&lt;br /&gt;- Là, on ne peut pas lui donner tort » s’esclaffe Lucie. &lt;br /&gt;- Tu veux un café pour te remettre de tes émotions ? » lui propose Jean. « Un expresso ? »&lt;br /&gt;- Avec une cigarette, c’est exactement ce dont j’ai besoin. &lt;br /&gt;
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                <title>La loose - la nuit 1</title>
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                <author>noreply@hautetfort.com (castor)</author>
                                                <category>Le café lecture</category>
                                                <pubDate>Tue, 01 Jul 2008 10:51:00 +0200</pubDate>
                <description>
                    &lt;em&gt;La suite de &quot;la loose&quot;, feuilleton de l'été du Café Castor&lt;/em&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div style=&quot;text-align: center&quot;&gt;&lt;img src=&quot;http://www.rael.free.fr/75/temps_x/tpx_45tm.gif&quot; alt=&quot;tpx_45tm.gif&quot; style=&quot;border-width: 0; margin: 0.7em 0;&quot; /&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Les derniers accords de la reprise de Clash « complete control » viennent de s’achever. Le miracle que l’on espérait, s’est produit. L’espace d’un instant, la musique a aboli le temps. Les membres du groupe se sont ressoudés pour former un ensemble homogène. Chacun a retrouvé ses anciens réflexes. Jean a fait attention à ne pas interrompre le solo de Lucie en reprenant trop tôt le couplet, Valérie s’est appliquée à garder un rythme régulier et ne pas accélérer comme elle avait trop tendance à le faire à l’époque. Seul Fabien n’est plus là pour ordonnancer son petit monde et veiller à ce que tout fonctionne.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Jean profite du micro pour amplifier ses paroles. &lt;br /&gt;- Voilà ce que l’on peut qualifier d’une reformation réussie ! Je souhaitais vérifier que le groupe fonctionne encore avant de vous annoncer la nouvelle. Je suis persuadé de notre potentiel comme pouvait l’être Fabien. Il se passe réellement quelque chose d’exceptionnel lorsque nous sommes réunis. Un truc rare que je ne sais pas comment qualifier. Certains appellent cela le mojo, d’autres le feeling. A moins que cela ne soit le talent, l’énergie. Mais peu importe. Cette  conviction m’a poussé à nous inscrire à la soirée de découverte des nouveaux talents, les « jeunes charrues ». Vous connaissez les « vieilles charrues », le festival d’été ? Les organisateurs profitent de l’évènement pour faire monter sur scène un groupe qu’ils sélectionnent à l’occasion d’un tremplin qui passe par plusieurs villes de Bretagne. L’inscription est gratuite, ouverte à toute formation de musiciens amateurs et la limite d’âge n’est pas précisée. Alors pourquoi pas nous ? Il suffisait d’envoyer une cassette de démo de trois titres et de remplir un bulletin d’inscription. Ce que j’ai fait.&lt;br /&gt;- Et qu’est-ce qui nous attend ?&lt;br /&gt;- Demain soir, nous sommes attendus pas très loin d’ici. A Saint-Malo, il ya une salle de concerts, l’Omnibus. Nous passons à 22h45 et nous mesurons à quatre autres groupes. &lt;br /&gt;- Tu es fou !&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div style=&quot;text-align: center&quot;&gt;&lt;img src=&quot;http://www.surscene.com/img/salle/3594.jpg&quot; alt=&quot;3594.jpg&quot; style=&quot;border-width: 0; margin: 0.7em 0;&quot; /&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Après la dissolution du groupe, Pascal a continué à jouer de la guitare électrique. Lorsque sa femme et ses enfants étaient couchés, avec un casque, dans son bureau, il ressortait sa guitare de son étui, contemplait ses formes arrondies puis la prenait en main et apprenait les accords qui lui manquaient à l’époque des « loosers ». Son niveau s’était considérablement amélioré, même s’il avait conscience que c’était trop tard. Parfois, pourtant, lorsqu’il recevait des amis, il se vantait d’avoir joué dans un groupe et il y en avait toujours un pour lui demander de lui interpréter un morceau. Alors, inévitablement, il grattait les premiers accords de « purs et durs » et demandait à son public s’il connaissait ce morceau. Bien sûr que ses amis l’identifiaient. Comment oublier la bande son de l’été 87 ? Ce morceau avait envahi les ondes et, partout dans le pays, l’on pogotait sur les pistes de discothèques en levant le poing lors du refrain. Ça marquait une génération !&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Le succès du single avait étonné tout le monde. La maison de disque qui avait décidé de sortir sous format 45 tours le morceau sans réenregistrement en studio, s’étonnait de ce succès soudain et avait supplié Fabien, leur interlocuteur, de reformer le groupe, pour organiser une grande tournée. Les Fleshtones auraient même pu faire leur première partie. Et ils exigeaient la livraison d’un nouveau single à présent. Mais chaque demande restait sans réponse. Le groupe n’existait plus, comme ces milliers de groupes de lycéens qui explosent une fois le bac en poche. Sauf que les « loosers » avaient connu le succès. Mais, rien n’y avait changé. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Depuis ce café pris à la terrasse du café, Fabien avait tiré un trait sur ses rêves de gloire et vouait à Pascal une haine vivace. Il le tenait pour responsable du naufrage du groupe et n’avait pas compris sa décision. Pascal aurait pu se mettre suffisamment d’argent de côté pour financer ses études. Son discours moralisateur sur son devoir de fils, la responsabilité qu’il avait envers son père pour lui ramener un diplôme. Des conneries. Même son père boucher ne serait pas passer à côté d’un aussi beau paquet de pognon et cela lui aurait évité de se saigner pour payer ses études à son con de fils. Le temps avait passé et les interrogations s’étaient muées en certitude. Celle d’avoir foiré, d’être passé tout près de la gloire. &lt;br /&gt;
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                <title>La loose - le contrat</title>
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                <author>noreply@hautetfort.com (castor)</author>
                                                <category>Le café lecture</category>
                                                <pubDate>Mon, 30 Jun 2008 10:28:00 +0200</pubDate>
                <description>
                    &lt;em&gt;La suite de &quot;la Loose&quot;.&lt;br /&gt;Pascal et Lucie sont à la terrasse d'un café et attendent les résultas du bac.&lt;/em&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Valérie rejoint Pascal et Lucie à la terrasse du café. Son allure pressée, ses gestes décidés, tout chez elle indique la colère.  &lt;br /&gt;- Qu’est-ce que je fous là ? Je me demande ! J’apprécie que tu m’aies contacté, Pascal. Ça permettra de  vivre la proclamation des résultats ensemble. Mais, c’est pour vous que je suis venue, pas pour moi. Le bac ne m’intéresse pas. D’ailleurs, je n’ai pas passé toutes les épreuves. A quoi bon ? J’ai définitivement fait une croix sur mes études. Un vieux rêve qui ne se réalisera jamais. Je préfère sacrifier mon niveau d’études et gagner mon indépendance. C’est un choix sur lequel je ne reviendrai pas.&lt;br /&gt;- Tu as bien réfléchi ? Au pire, si tu n’as pas le bac, tu peux redoubler ta terminale, non ?&lt;br /&gt;- Tu rigoles ? Si tu connaissais mieux mes parents, tu me comprendrais.  Ils me réprimandent sans cesse et veulent que je devienne celle qu’ils souhaitent et non celle que je voudrais être. Ils ne m’écoutent pas, ne cherche pas à me comprendre. Peu importe ce que je deviendrai. Seule compte à leurs yeux, la réponse qui  leur permettra de briller lorsqu’ils recevront leurs amis et que viendra le moment de la conversation où il faudra décliner la situation professionnelle de leurs progénitures. Nous n’avons plus rien en commun et leur simple contact me gène. C’est devenu une sensation quasiment physique. &lt;br /&gt;- Quels sont tes projets ? » s’inquiète Lucie.&lt;br /&gt;- La première chose à faire, c’est me barrer. Pour cela, je dois m’assumer financièrement. Demain, j’aurai une réponse pour un poste de shampouineuse au salon de coiffure du centre commercial où travaille le père de Pascal. Cela peut me dépanner durant deux à trois mois, jusqu’à la rentrée. Je pourrai ainsi envisager la suite plus sereinement.&lt;br /&gt;- Méfie-toi » prévient Pascal. « Ce type d’emploi provisoire peuvent s’éterniser et il est parfois difficile de s’en défaire. Donne-toi les moyens de réaliser tes ambitions. Tu te vois shampouineuse ou caissière une vie entière ?&lt;br /&gt;- Oui. Je suis prête à assumer ce choix pour obtenir, sans attendre, mon indépendance.   &lt;br /&gt;Lucie avance la main et entoure celle de Valérie. Elle la presse doucement et d’une voix calme et douce la questionne : &lt;br /&gt;- Qu’y a-t-il exactement entre toi et tes parents ? Je ne comprends ton empressement à vouloir les quitter. Nous connaissons tous ce type de tensions que tu nous décris. C’est caractéristique du fossé de génération qui peut se creuser entre nos parents et nous. Il est normal que nous souhaitions voler de nos propres ailes et quitter le nid familial. Cela peut aussi se passer en douceur, sans colère.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;img src=&quot;http://duchay.photo.free.fr/photographies/img/terrasse.jpeg&quot; alt=&quot;terrasse.jpeg&quot; style=&quot;border-width: 0; float: left; margin: 0.2em 1.4em 0.7em 0;&quot; /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Le ton chaleureux employé par son amie déstabilise Valérie Ses yeux deviennent humides et ceux qui la connaissent bien savent que derrière sa carapace de rockeuse et son emportement continuel se cache une jeune femme fragile et émotive.  &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;- Je me vois que tu me connais bien. On en l’a fait pas à toi. Vous êtes vraiment mes potes mais il y a des choses qui doivent rester dans la famille et que je ne peux pas décrire. Comprenez simplement que ce n’est pas une nouvelle lubie de ma part. Il faut vraiment que je me barre de chez moi.&lt;br /&gt;- Et où comptes-tu aller ?&lt;br /&gt;- Je ne sais pas. J’aimerai que Jean me propose de m’héberger quelque temps. Cela me permettra de chercher une collocation sur la région, un squat, n’importe quoi pour dormir. Vous savez que Jean et moi …&lt;br /&gt;- Oui, vous n’êtes pas vraiment discrets » jette Lucie, amère.&lt;br /&gt;- Peut-être. Je ne sais pas si Jean partage les sentiments que j’ai envers lui. Il a tout pour lui ce type. Beau, intelligent, cultivé et en plus, il chante comme un Dieu. Pourquoi voudrait-il d’une fille paumée comme moi. Je crains qu’il ne considère notre relation comme un batifolage passager. Je ne le sens pas prêt à s’investir durablement dans une relation. Il est trop jeune dans sa tête pour cela. Je patienterai le temps qu’il faudra.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Ses confidences sont interrompues par le son aigu de freins. Ils aperçoivent Fabien qui déboule à toute allure sur son vélo. Il freine de la roue arrière devant les clients et ses amis attablés sur la terrasse. Le groupe se marre et se moque gentiment de lui lorsqu’il s’approche. Il a du mal à respecter les horaires et ses retards sont devenus légendaires. Il a les joues rouges et le regard qui brille. Fabien ne prend pas le temps de reprendre sa respiration, ni de saluer ses camarades. A peine assis, il annonce d’une voix enthousiaste :&lt;br /&gt;- Vous ne devinerez jamais ce qui nous arrive. Cela faisait plusieurs semaines que je tentais d’approcher les maisons de disques. Vous vous rappelez l’enregistrement de notre dernière répétition ? Je l’ai sauvegardé sur une cassette que j’ai dupliquée et transmise. &lt;br /&gt;Sylvie, la serveuse, tente d’interrompre la conversation pour prendre sa commande mais Fabien continue sans même s’apercevoir de sa présence. &lt;br /&gt;- J’ai contacté une à une toutes les grosses maisons d’édition. Elles te prennent pour de la merde et n’accepte même pas de te passer un directeur artistique au téléphone. Tout est fait pour décourager le groupe qui veut se faire connaître mais peu importe. Car nous avons eu une réponse positive ! &lt;br /&gt;Le groupe clame sa joie bruyamment, d’une seule voix, provoquant la curiosité de l’ensemble des passants.&lt;br /&gt;- New Rose ? » Pascal n’en revient pas. Il se lève pour applaudir son ami puis esquisse quelques pas de danse. « Le label de Tav Falco, des Fleshtones des Saints, d’Elliot Murphy, d’Alvin Lee, des Cramps et de Bo Diddley ?&lt;br /&gt;- Celui de Calvin Russel et …des Loosers aussi » ajoute Fabien, tout sourire. « Ce courrier est accompagné d’un contrat d’édition dont je souhaite vous parler ». &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Il sort de sa veste une enveloppe, en ôte une feuille, la déplie et lit :&lt;br /&gt;- Ce contrat d’édition est conclu pour une seule œuvre soit le titre « pur et dur ». Il contient une clause ci-après précisant que les nouvelles œuvres du groupe « les loosers » seront éditées également par New Rose pendant une durée de trois ans… blabla … Ah, voilà ce que je cherchais. Nous devons en contrepartie d’une avance sur nos ventes et de l’enregistrement en studio de notre single, participer physiquement à sa promotion : tournage d’une vidéo, séances de dédicaces programmées et une tournée de concerts en première partie d’un groupe New Rose. Peut-être les Fleshtones !&lt;br /&gt;-  Génial ! » s’écrie Valérie. « Tu ne peux pas imaginer comme cette offre arrive au bon moment pour moi. Nous en parlions juste avant ton arrivée. Je dois prendre une décision. Et entre un poste de shampouineuse ou une tournée des clubs rock en première partie des Fleshtones, j’ai choisi.&lt;br /&gt;- Et, cette tournée se ferait à quelle période ? » s’enquiert Pascal.&lt;br /&gt;- A la rentrée, en septembre et novembre. J’attends les dates exactes et les villes programmées. Pourquoi ?&lt;br /&gt;- N’oublie pas que je me suis inscrit à la fac à la rentrée. Je ne veux pas commencer l’année en séchant les premiers cours.&lt;br /&gt;- Attends » s’inquiète Fabien. « Tu n’es pas en train de nous planter au moment où ça commence à fonctionner pour le groupe ? Tu n’as, tout simplement, pas le droit de nous faire ça. On s’est démené à composer de magnifiques morceaux, à les jouer encore et encore pour arriver à un résultat acceptable. J’ai investi mon argent de poche dans du matériel permettant d’enregistrer dans des conditions convenables. J’ai consacré tout mon temps depuis deux mois à promouvoir le groupe auprès des maisons de disques et des médias nationaux et locaux. Et tu nous annonces que tu préfères suivre des cours de trous du cul avec des étudiants bien peignés ? Tu as l’opportunité de suivre une voie extraordinaire dont beaucoup n’osent même pas rêver et tu nous annonces que tu préfères te consacrer à des études. Mais tu gâches ton potentiel et celui de l’ensemble du groupe en agissant ainsi… je ne te comprends pas …. » Il bafouille, semble prêt à continuer, reprend son souffle. Finalement, après avoir cherché du regard Lucie et Valérie, il se tait.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Pascal allume une cigarette, hausse les épaules et quitte la table en direction de la cour du lycée. Les résultats du bac viennent d’être publiés. Il ne le sait pas encore mais c’est la dernière fois qu’il voit Fabien.&lt;br /&gt;
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                <title>Morning sun</title>
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                <author>noreply@hautetfort.com (castor)</author>
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                                                <pubDate>Sun, 29 Jun 2008 08:21:00 +0200</pubDate>
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                    &lt;div style=&quot;text-align: center&quot;&gt;&lt;img src=&quot;http://farm1.static.flickr.com/69/153193440_b27b22a6a3.jpg?v=0&quot; alt=&quot;153193440_b27b22a6a3.jpg?v=0&quot; style=&quot;border-width: 0; margin: 0.7em 0;&quot; /&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Il fait beau ce matin. &lt;br /&gt;Je suis lavé, rasé de près et légèrement parfumé. &lt;br /&gt;Le soleil matinal n'arrive pas à réchauffer l'air frais qui s'engouffre par les fenêtres ouvertes du salon.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Je respire à plein poumon et me remplis du moment. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Un matin  comme une ardoise magique qui efface tout. &lt;br /&gt;La virginité du jour fait naître de nouveaux espoirs, développe une nouvelle énergie.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Aujourd'hui m'appartient tout entier. J'en ferai ce que je veux. &lt;br /&gt;La journée m'est offerte et ce temps précieux est à ma disposition.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&quot; La promesse de l'aube&quot; &lt;br /&gt;Le titre du roman autobiographique de Romain Gary est sans doute un des plus beaux titres de livre.&lt;br /&gt;À l'aube de sa vie, le narrateur se fait une promesse : ces années qui l'attendent, il les déposera aux pieds de sa mère pour devenir quelqu'un d'important. Chaque aube contient-elle une promesse?&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Je fais couler un café expresso, allume une cigarette et décide que c'est le bon moment pour écouter de la musique.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Je pense à ce morceau de Sonny Boy Williamson, opportunément intitulé &quot; early in the morning&quot;: &lt;br /&gt;&lt;div style=&quot;width:220px;height:55px;&quot;&gt;&lt;object width=&quot;220&quot; height=&quot;55&quot;&gt;&lt;param name=&quot;movie&quot; value=&quot;http://www.deezer.com/embedded/small-widget-v2.swf?idSong=629644&amp;colorBackground=0x555552&amp;textColor1=0xFFFFFF&amp;colorVolume=0x39D1FD&amp;autoplay=0&quot;&gt;&lt;/param&gt;&lt;embed src=&quot;http://www.deezer.com/embedded/small-widget-v2.swf?idSong=629644&amp;colorBackground=0x525252&amp;textColor1=0xFFFFFF&amp;colorVolume=0x39D1FD&amp;autoplay=0&quot; type=&quot;application/x-shockwave-flash&quot; width=&quot;220&quot; height=&quot;55&quot;&gt;&lt;/embed&gt;&lt;/object&gt;&lt;br&gt;&lt;font size='1' color ='#000000'&gt;D&amp;eacute;couvrez &lt;a href='http://www.deezer.com/fr/sonny-boy-williamson.html'&gt;Sonny Boy Williamson&lt;/a&gt;!&lt;/font&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;De Sonny Boy à Badly Drawn Boy, il n'y a qu'un pas:&lt;br /&gt;&lt;div style=&quot;width:220px;height:55px;&quot;&gt;&lt;object width=&quot;220&quot; height=&quot;55&quot;&gt;&lt;param name=&quot;movie&quot; value=&quot;http://www.deezer.com/embedded/small-widget-v2.swf?idSong=177100&amp;colorBackground=0x555552&amp;textColor1=0xFFFFFF&amp;colorVolume=0x39D1FD&amp;autoplay=0&quot;&gt;&lt;/param&gt;&lt;embed src=&quot;http://www.deezer.com/embedded/small-widget-v2.swf?idSong=177100&amp;colorBackground=0x525252&amp;textColor1=0xFFFFFF&amp;colorVolume=0x39D1FD&amp;autoplay=0&quot; type=&quot;application/x-shockwave-flash&quot; width=&quot;220&quot; height=&quot;55&quot;&gt;&lt;/embed&gt;&lt;/object&gt;&lt;br&gt;&lt;font size='1' color ='#000000'&gt;D&amp;eacute;couvrez &lt;a href='http://www.deezer.com/fr/badly-drawn-boy.html'&gt;Badly Drawn Boy&lt;/a&gt;!&lt;/font&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Mais, au final, je préfère la douce quiétude du morceau &quot;morning light &quot; (coffee shop remix)&lt;br /&gt;&lt;div style=&quot;width:220px;height:55px;&quot;&gt;&lt;object width=&quot;220&quot; height=&quot;55&quot;&gt;&lt;param name=&quot;movie&quot; value=&quot;http://www.deezer.com/embedded/small-widget-v2.swf?idSong=89226&amp;colorBackground=0x555552&amp;textColor1=0xFFFFFF&amp;colorVolume=0x39D1FD&amp;autoplay=0&quot;&gt;&lt;/param&gt;&lt;embed src=&quot;http://www.deezer.com/embedded/small-widget-v2.swf?idSong=89226&amp;colorBackground=0x525252&amp;textColor1=0xFFFFFF&amp;colorVolume=0x39D1FD&amp;autoplay=0&quot; type=&quot;application/x-shockwave-flash&quot; width=&quot;220&quot; height=&quot;55&quot;&gt;&lt;/embed&gt;&lt;/object&gt;&lt;br&gt;&lt;font size='1' color ='#000000'&gt;D&amp;eacute;couvrez &lt;a href='http://www.deezer.com/fr/mr-swen-g-.html'&gt;Mr. Swen G*&lt;/a&gt;!&lt;/font&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Je pense à &quot;sunday morning&quot; du Velvet et aux questions du juke-box mental du défunt Nikola Acin.&lt;br /&gt;Chaque mois dans les dernières pages de Rock'n Folk, il invitait un artiste à décrire sa &quot;chanson pour chialer dans sa bière&quot;, &quot;chanson que ça fait mal quand elle est partie&quot;, &quot;chanson pour la route&quot;, &quot;chanson de cow-boy&quot;.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;En attendant, le blues du lundi matin. &lt;br /&gt;Mais là, j'ai déjà choisi ma chanson.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt; &lt;div style=&quot;width:220px;height:55px;&quot;&gt;&lt;object width=&quot;220&quot; height=&quot;55&quot;&gt;&lt;param name=&quot;movie&quot; value=&quot;http://www.deezer.com/embedded/small-widget-v2.swf?idSong=201419&amp;colorBackground=0x555552&amp;textColor1=0xFFFFFF&amp;colorVolume=0x39D1FD&amp;autoplay=0&quot;&gt;&lt;/param&gt;&lt;embed src=&quot;http://www.deezer.com/embedded/small-widget-v2.swf?idSong=201419&amp;colorBackground=0x525252&amp;textColor1=0xFFFFFF&amp;colorVolume=0x39D1FD&amp;autoplay=0&quot; type=&quot;application/x-shockwave-flash&quot; width=&quot;220&quot; height=&quot;55&quot;&gt;&lt;/embed&gt;&lt;/object&gt;&lt;br&gt;&lt;font size='1' color ='#000000'&gt;D&amp;eacute;couvrez &lt;a href='http://www.deezer.com/fr/mississippi-john-hurt.html'&gt;Mississippi John Hurt&lt;/a&gt;!&lt;/font&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt; &lt;br /&gt;  &lt;div style=&quot;text-align: center&quot;&gt;&lt;img src=&quot;http://cache.eb.com/eb/image?id=111738&amp;rendTypeId=4&quot; alt=&quot;image?id=111738&amp;rendTypeId=4&quot; style=&quot;border-width: 0; margin: 0.7em 0;&quot; /&gt;&lt;/div&gt;
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                <title>La loose - la répét.</title>
                <link>http://cafecastor.hautetfort.com/archive/2008/06/26/la-loose-la-repet.html</link>
                <author>noreply@hautetfort.com (castor)</author>
                                                <category>Le café lecture</category>
                                                <pubDate>Thu, 26 Jun 2008 01:18:00 +0200</pubDate>
                <description>
                    &lt;em&gt;Pour ceux qui auraient raté le début, &quot;Les loosers&quot; sont un ancien groupe de rock et une bande de potes quarantenaires qui se retrouvent après 20 ans. Ils jouent de nouveau ensemble ce soir.&lt;/em&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Les morceaux s’enchainent, certains hésitants, d’autres comme des évidences ont traversé le temps. Les doigts retrouvent leurs automatismes, ils descendent et remontent les frets sur les manches en bois. Pascal casse une corde et Jean profite de l’intermède pour s’adresser à Jane et à Pierre-Alexandre :&lt;br /&gt;-Vous rendez-vous compte de l’immense opportunité que vous avez ? Les reformations des Stooges ou de Led Zeppelin vont passer inaperçues maintenant. Vous assistez à un moment historique, les retrouvailles des Loosers ! Le plus grand groupe de rock français qu’ai connu l’hexagone. Non, les jeunes générations n’ont rien inventé. Nous sommes les pères fondateurs du rock d’ici, les premiers à se décomplexer et oser chanter en français sans en faire un dogme franchouillard. D’ailleurs, nous nous autorisions des reprises en anglais. Vous vous souvenez de « complete control » des Clash ?&lt;br /&gt;-Bien sûr, cela fait partir des morceaux que l’on ne peut pas oublier. Et toi, tu te souviens des paroles ?&lt;br /&gt;-Va s’y. Balance l’intro. Ça va vite me revenir.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div&gt;&lt;object width=&quot;420&quot; height=&quot;307&quot;&gt;&lt;param name=&quot;movie&quot; value=&quot;http://www.dailymotion.com/swf/x6du8&amp;related=1&quot;&gt;&lt;/param&gt;&lt;param name=&quot;allowFullScreen&quot; value=&quot;true&quot;&gt;&lt;/param&gt;&lt;param name=&quot;allowScriptAccess&quot; value=&quot;always&quot;&gt;&lt;/param&gt;&lt;embed src=&quot;http://www.dailymotion.com/swf/x6du8&amp;related=1&quot; type=&quot;application/x-shockwave-flash&quot; width=&quot;420&quot; height=&quot;307&quot; allowFullScreen=&quot;true&quot; allowScriptAccess=&quot;always&quot;&gt;&lt;/embed&gt;&lt;/object&gt;&lt;br /&gt;&lt;b&gt;&lt;a href=&quot;http://www.dailymotion.com/video/x6du8_the-clash-complete-control_music&quot;&gt;The Clash - Complete Control&lt;/a&gt;&lt;/b&gt;&lt;br /&gt;&lt;i&gt;envoy&amp;eacute; par &lt;a href=&quot;http://www.dailymotion.com/BadBoy88&quot;&gt;BadBoy88&lt;/a&gt;&lt;/i&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Juillet 1987&lt;br /&gt;Pascal s’est levé. Il a mal dormi cette nuit. Depuis quelques mois, son père ne va pas bien. Depuis qu’il a était embauché dans la nouvelle grande surface, il se traîne sans entrain. Le week-end, il ne sort plus et répète à longueur de temps qu’il est devenu un robot qui effectue des gestes mécaniques, sans sens. Il veut nous convaincre qu’il a perdu sa clientèle, que les gens qui poussent des caddies ne pensent qu’à bouffer de la merde, qu’ils sont cons. Il devient grossier et les périodes d’emportement alternent avec des périodes de léthargie où il peut rester amorphe devant son téléviseur des dimanches entiers. Les rares moments où il abandonne sa frustration professionnelle sont consacrés à décrire l’espoir qu’il porte à la réussite scolaire de son fils. Pascal a subi cette énorme pression qui s’amplifie encore à l’approche des résultats. Il a le sentiment d’avoir plutôt bien réussi les épreuves écrites et reste circonspect sur l’oral. Il reste prudent sur l’issue de l’examen. Et après ? Que se passera-t-il s’il l’obtient ce foutu diplôme ? Il visualise mal ce que pourrait être son avenir. &lt;br /&gt;Dans l’immédiat, il a donné rendez-vous à Lucie à la terrasse du café en face du lycée public vers onze heures. C’est là, dans la cour que seront affichés les résultats, dès quatorze heures. Il choisit son plus beau t-shirt, enfile son blouson au col de fourrure acrylique vert, celui avec les badges à l’effigie des groupes de punk rock sur le revers. Il ne connait pas tous ces groupes aux noms étranges « UFO », « young marble giants », « damned », « 999 ».  Il y en a d’autres aux slogans étranges « we fight them on the beach », « don’t smoke on the grass, smoke it ». Pascal enfourche son cyclo et le nez au vent, il pense à sa vie après l’été.  Il s’est inscrit à la faculté de lettres de Rennes sans trop savoir ce qu’il y ferait. Les derniers mois ont été consacrés à trois passions dévorantes : Lucie, le rock et la littérature. Mais, il n’y a guère que cette dernière qui pourrait lui assurer un avenir. Il ralentit en passant sur le pont qui surplombe l’usine marémotrice de la Rance. Il prend son temps, il sait où il va et a la certitude que son avenir lui sourit.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Cela fait plusieurs semaines que les parents de Lucie sont partis en Inde. Depuis plusieurs mois, ils murissaient ce projet en étalant des cartes sur la table du salon. Ils voulaient passer suffisamment de temps sur place pour s’imprégner de la culture du pays. C’est pour cela qu’ils avaient décidé de prendre une année sabbatique. Ils disposaient d’un budget restreint pour assurer leur subsistance. Ils étaient condamnés à vivre de peu en partageant les repas des populations locales. C’était ce qu’ils avaient expliqué à leur fille avant le départ. Des promesses de courriers réguliers s’étaient échangées et Lucie avait promis de transmettre les résultats du bac dès leur proclamation. Au fond d’elle, elle savait qu’elle avait foiré. L’éloignement de ses parents n’y était pour rien. Elle manquait de motivation pour ses foutues études. Qu’elle aurait aimé s’investir totalement dans ce projet fou de groupe de rock ! Aurait-elle pu en  faire une occupation à plein temps, un moyen de subsistance ? Lucie aimerait que les quatre membres du groupe partage avec elle ses convictions mais en doute. Dans les jours qui viennent, des choix de vie se dessineront et l’esprit de cohésion qui avait prévalu jusqu’à ce jour volerait en éclats. Elle en était intimement persuadée même si les soirs de beuverie, ils s’étaient jurés le contraire. Des promesses d’alcooliques, comme elle aimait les qualifier. &lt;br /&gt;Elle ne comprenait pas la surprotection et l’affection débordante que lui portait Pascal. Elle avait cédé à ses avances, consciente que cela ne les mènerait nulle part. Pascal … Avec ses lunettes rondes et son visage de poupon, elle ne pouvait pas envisager sérieusement  un avenir commun. C’était un pote. Ça le resterait. Elle ne pouvait s’imaginer comme la chose d’un mec. Elle tenait trop à sa liberté pour jouer ce rôle et voulait mener sa barque.  &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Et puis, il y avait autre chose. Une chose qu’elle avait du mal à admettre. Qui était devenu une évidence. Elle se sentait de plus en plus troublée par le regard de certaines femmes. La nuit, Lucie se laissait aller à des songes saphiques et se réveillait parfois, trempée, troublée par la cause de ses émois. Elle avait cherché dans la littérature des réponses. Ainsi ce passage du livre Les Héroïdes par Ovide, un poète latin né 43 ans avant Jésus Christ : « &lt;em&gt;Toi seul m’occupes, Phaon ; des songes agréables te ramènent sans cesse à moi. Je te trouve auprès de moi, quoique tu sois absent. Mais que les plaisirs d’un songe passent vite ! Je te serre entre mes bras, tu me tiens entres les tiens ; je te caresse, je te dis cent choses que je crois te dire ; et le sommeil laisse agir tous mes sens. Je retrouve le charme de ces baisers confondus, dont la douceur ne se peut rendre. Qu’est-il besoin de dire le reste ? Enfin, rien ne manque à mon bonheur. Je te dois mes plaisirs, et ne les puis devoir qu’à toi. Mais lorsque le soleil éclaire toute la nature, je me plains de son trop prompt retour&lt;/em&gt;. » &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Ou cet autre passage extrait de « jour gris » de Colette : « &lt;em&gt;Il y a encore, dans mon pays, une vallée étroite comme un berceau où, le soir, s’étire et flotte un fil de brouillard, un brouillard ténu, blanc, vivant, un gracieux spectre de brume couché sur l’air humide… Animé d’un lent mouvement d’onde, il se fond en lui-même et se fait tour à tour nuage, femme endormie, serpent langoureux, cheval à cou de chimère… Si tu restes trop tard penché vers lui sur l’étroite vallée, à boire l’air glacé qui porte ce brouillard vivant comme une âme, un frisson te saisira, et toute la nuit tes songes seront fou… &lt;/em&gt;» . &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Elle aurait aimé dédier ces poèmes à Valérie dont la proximité l’émoustille de plus en plus. Elle rêvait sur la douceur supposée de sa peau et aurait aimé se perdre dans le bleu azur de son regard. Elle ne pouvait s’empêcher d’observer à la dérobée les formes de son corps gracile. Elle aimait ses manières décidées, sa détermination, le galbe du bas de son dos, sa tranquille assurance, la promesse de ses fesses bien en chair, son rire de canard, ses mains, longues et féminines. Elle aurait aimé la prendre dans ses bras et trouver le moment opportun pour lui déclarer sa flamme. Mais, elle redoutait sa réaction. De plus, elle savait que depuis le mois de mars, Valérie n’avait d’yeux que pour Jean, le bellâtre, le chanteur, le chamane. Elle s’était surprise à éprouver ce sentiment jusqu’alors inconnu : la jalousie. Comment pouvait-elle céder ainsi à d’aussi bas instinct ? Alors, pour faire bonne figure et oublier ces pensées, elle se perdait certains soirs en fermant les yeux dans le lit de Pascal. Mais c’était en vain. Dans l’obscurité, elle palpait ce corps anonyme et s’imaginait avec Valérie.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Elle gara sa 4L sur le parking devant le lycée et aperçut Pascal, attablé à la terrasse du café qui lui faisait de grands signes en agitant les bras. Lucie resta quelques secondes à l’observer sans répondre. Non, son avenir ne serait pas lié à ce type, ni au fait que son nom apparaisse ou non sur le papier qui serait affiché dans quelques minutes sur le tableau de la cour du lycée. La vraie vie était ailleurs.&lt;br /&gt;
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                <title>La loose - le repas II</title>
                <link>http://cafecastor.hautetfort.com/archive/2008/06/24/la-loose-le-repas-ii.html</link>
                <author>noreply@hautetfort.com (castor)</author>
                                                <category>Le café lecture</category>
                                                <pubDate>Tue, 24 Jun 2008 23:31:41 +0200</pubDate>
                <description>
                    Elle ne masque rien des galères qu’elle a vécu et des concessions qu’elle a dû faire. Jane en profite pour lui témoigner toute l’admiration qu’elle lui porte. &lt;br /&gt;- Quelle énergie ! Je n’arrive toujours pas à comprendre où tu peux puiser la force pour porter à bout de bras une troupe ingrate et capricieuse. Je leur en veux souvent de ne pas te témoigner d’avantage de reconnaissance. Ils semblent incapables de mesurer tes difficultés à mettre en scène et produire un spectacle. Ils se pointent en répétition et cela leur paraît naturel. &lt;br /&gt;- Comme Pascal, je vais vous avouer quelque chose que j’ai toujours gardé pour moi. J’ai dans mes cartons, le projet de monter une comédie musicale rock. Attention, j’ai bien dit rock. J’ai bien compris que l’appellation « comédie musicale » vous renvoie à un style passé, suranné incompatible avec la chose rock. Les récents succès et la pléthore de spectacles de mauvaise qualité qui ont suivi, ont fini par tuer le genre.  On n’en a trop entendu de ces niaiseries qui se ressemblaient toutes. J’ai dans l’idée de renouveler l’exercice en y mettant de l’authenticité et une véritable énergie qui iraient au-delà du show, du spectacle. J’aimerai y ajouter une dimension sociale et sociétale. &lt;br /&gt;- Pourquoi pas une bande originale à partir des chansons des Loosers ? » ricane Pascal.&lt;br /&gt;- Mais tu ne crois pas si bien dire. J’y ai sérieusement pensé. &lt;br /&gt;Jean se lève, l’air grave :&lt;br /&gt;- Je vous remercie sincèrement d’être venus. C’est un moment privilégié de vous avoir tous ou presque, je pense à Fabien, autour de cette table ce soir. Quel bonheur de pouvoir échanger et dire des conneries. Pour ça non plus, vous n’avez pas changé. Dans la lettre que je vous ai envoyé, il y avait un post-scriptum. Vous vous en rappelez ? Je vous ai demandé d’apporter vos instruments. Vous vous doutez de la raison de cette demande. Ces retrouvailles peuvent aussi être l’occasion de jouer de nouveau ensemble nos anciens morceaux. La grange est toujours là. Dans le même état que la dernière fois où vous y avez joué. &lt;br /&gt;Pierre-Alexandre, muet depuis le début du repas, semble sortir de sa torpeur.&lt;br /&gt;- Vous savez, je n’ai jamais entendu Valérie faire sonner sa guitare. Je l’ai vu l’apporter mais jamais, depuis que je la connais, elle ne m’a joué un seul morceau. Elle se justifiait en m’expliquant que tout cela c’était du passé. Ce soir, vous semblez bien décidé à déterrer le passé.&lt;br /&gt;Jean intervient :&lt;br /&gt;- C’est dommage de ne pas connaître tous les talents de sa femme.&lt;br /&gt;- Dans la famille, nous écoutons surtout de la musique classique et je veille à ce que mes enfants bénéficient d’une éducation musicale qui les ouvre aux grands compositeurs. Je ne vais pas jouer à faire semblant avec vous. Je n’aime pas le rock. Pour moi, ce n’est pas de la musique mais du bruit. Je veille à ce que mes enfants restent à l’écart de ce type de pollution sonore. &lt;br /&gt;- Qu’espères-tu ? A l’adolescence, ils secoueront la tête à l’unisson de leurs camarades aux concerts de hip-hop ou de rock. Plus tu les frustreras, plus ils en profiteront pour t’emmerder en écoutant de la musique rebelle. Cela fait plus de cinquante ans que cela se vérifie et tu n’y échapperas pas. Une des fonctions du rock est d’emmerder les ainés et de communiquer avec sa génération à travers des hymnes, des paroles auxquels on s’identifie. Je reconnais que c’est parfois un peu basique mais crois-moi, c’est utile et diablement efficace.&lt;br /&gt;- C’est possible. Peut-être faut-il les forcer à écouter du rock pour qu’ils préfèrent le classique. Mais si le rock à cette utilité, pourquoi vouloir reprendre les guitares à votre âge ? Cela n’a pas de sens !&lt;br /&gt;- Et alors, tu voudrais que l’on joue de la valse  ou du musette? &lt;br /&gt;- Je comprends Pierre-Alexandre » déclare Pascal. « Le rock est une musique de jeune et nous avons passé l’âge. Si nous avions construits des châteaux de sable ensemble lorsque nous étions enfant, ce ne serait pas une raison pour continuer à chaque fois que nous nous retrouvons. Il est temps de passer à autre chose. Nous avons évolué. Nos centres d’intérêt ne sont plus les mêmes et refaire du rock, est une forme de régression. Jouer nos anciens morceaux n’est pas un passage obligé pour s’assurer le plaisir de nous revoir. Nous n’avons plus besoin de cela maintenant.&lt;br /&gt;Lucie s’énerve :&lt;br /&gt;- Comment peux-tu oser affirmer cela ? Elles sont de toi ces paroles : « reste fidèle à ce que tu es, loyal envers toi-même, fidèle à tes convictions « durs, purs et sans prétentions » ». Tu regrettais ton manque de conviction tout à l’heure, ta difficulté à percer dans un projet. C’est le moment de te réveiller, de saisir l’opportunité qui t’est présentée. Ta grande œuvre à venir, tu ne la vois pas ? Elle est dans la résurrection de tes anciens textes. Pourquoi ne pourrais-tu pas en écrire de nouveaux ? Dis-toi Pascal qu’il n’y a pas d’âge pour rêver, pour créer. Ce qui revient au même. A moins que tu ne sois définitivement trop vieux. Ou peut-être l’as tu toujours été. &lt;br /&gt;Jean tente de calmer le jeu :&lt;br /&gt;- C’est juste une petite répétition entre amis. Pas de quoi s’enflammer ainsi. &lt;br /&gt;Cette fois, c’est Valérie qui s’adresse à Pascal :&lt;br /&gt;- Jean a raison. Tes réticences ne valent pas la peine de gâcher ces retrouvailles. Rappelles toi simplement tout ce que Fabien a misé sur nous. Si ce soir, si nous jouons, c’est pour lui. Je veux lui dire que nous ne l’avons pas oublié et qu’il nous manque. A tous. &lt;br /&gt;-  Je propose de remplacer la batterie de Fabien par une boîte à rythme. J’en ai acheté une spécialement pour ce soir. Allez, Pascal. Cesse de minauder comme une starlette capricieuse. Viens gratouiller et ne nous prive pas de ce plaisir de jouer ensemble.&lt;br /&gt;Pascal se contente d’un « OK » laconique et tous se lèvent en direction de la grange.&lt;br /&gt;- Vous prendrez quoi comme carburant » interroge Jean. « Bière, whisky ou cigarettes ?»&lt;br /&gt;- Les trois, mec » lâche Lucie en lui adressant un clin d’œil complice. &lt;br /&gt;Puis, elle accompagne Pascal et Valérie. Il est temps d’aller chercher les guitares et de faire rugir les amplis.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Dans le hangar, Jean s’active. Il connecte les instruments, règle les niveaux. Il faut s’assurer que le son de la boîte à rythme ne sera pas couvert par la basse ou le chant, homogénéiser les volumes.  Des taches dont s’acquittait Fabien, le technicien du groupe dont l’absence se fait cruellement sentir en cet instant. Jean a ressorti les tablatures des morceaux fétiches des Loosers. Il a soigneusement conservé ces documents dans des pochettes transparentes. Il les place à portée de vue des guitaristes puis règle une nouvelle fois les programmes du séquenceur. Valérie accorde sa basse sous l’œil curieux de son mari. Lucie, à son tour, introduit la prise jack de sa pédale d’effet sur la façade du gros ampli Peavey qu’elle a apporté. Une dissonance de  sons électriques envahit la grange, soulevant une vague de nostalgie au sein du groupe. Ils retrouvent tous ces gestes oubliés, le médiator à coincer sur le pied de micro, les pédales à placer, les regards de connivences, s’accorder ensemble. Puis vient le moment où chacun est prêt. L’heure est avancée et la longueur des préparatifs cache l’appréhension de rejouer ensemble. Comme d’habitude, c’est Jean qui prend les choses en main.&lt;br /&gt;-Je propose de commencer par le morceau « aide-moi, le ciel t’aidera ». Vous vous en souvenez ? On y va ?&lt;br /&gt;C’est Pascal qui débute le morceau par un riff agressif porté par le battement de la batterie électronique. Puis, comme une mécanique bien réglée le son grave de la basse de Valérie complète l’ensemble et charpente le morceau. Il est temps pour Jean de chanter. La voix est bien en place, un peu plus grave, plus profonde. Il est dans le rythme et son débit toujours aussi rapide. Puis, Lucie intervient. Elle lâche un solo dont elle a le secret. Pile au bon moment.  Pas un raté ne viendra perturber le morceau. C’est une totale réussite et c’est d’autant plus surprenant que c’est le premier morceau, propice à toutes les approximations. Pierre-Alexandre applaudit, sincèrement étonné par la maîtrise et la cohésion de ce qu’il a entendu.&lt;br /&gt;- Le rock, ce n’est pas de la musique mais du bruit. Mais là, je dois avouer que c’est un bruit carrément sympa. Vous êtes en train de me convertir !&lt;br /&gt;- Non, on te pervertit. Attention à toi, certains ne s’en remettent pas. Regarde-nous ! On continue par « pur et dur » ?&lt;br /&gt;Le rythme est trouvé à présent et les bières et la chaleur du son ont fini par désinhiber les musiciens. Ils se retrouvent comme il y a vingt ans, à jouer ensemble, sans se prendre la tête, sans penser à rien d’autre qu’à être là, à l’unisson, en plein accord pour dégager une énergie communicative. Le temps s’est arrêté.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div style=&quot;text-align: center&quot;&gt;&lt;img src=&quot;http://www.burin.com/shop/images/produits/MG100DFX2.jpg&quot; alt=&quot;MG100DFX2.jpg&quot; style=&quot;border-width: 0; margin: 0.7em 0;&quot; /&gt;&lt;/div&gt;
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                <title>La loose - le repas</title>
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                <author>noreply@hautetfort.com (castor)</author>
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                                                <pubDate>Mon, 23 Jun 2008 11:27:09 +0200</pubDate>
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                    &lt;div style=&quot;text-align: center&quot;&gt;&lt;img src=&quot;http://cafecastor.hautetfort.com/media/02/02/630942448.JPG&quot; id=&quot;media-1088028&quot; title=&quot;&quot; alt=&quot;PICT1321.JPG&quot; style=&quot;border-width: 0; margin: 0.7em 0;&quot; /&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Jean s’affaire près du barbecue tandis que Jane et Lucie mettent la table. Il fait trop frais pour manger dehors. Jean avait imaginé ses retrouvailles sous le ciel étoilé comme les festins de fin d’albums d’Astérix et d’Obélix qui clôturaient en grandes pompes leurs aventures. L’arrivée des derniers convives suspend ces préparatifs. &lt;br /&gt;- Salut les Loosers » lance Valérie en entrant d’un pas décidé dans le salon. Elle est accompagnée d’un jeune homme aux allures de jeune cadre chrétien. Vêtu d’une veste couleur beige et d’un foulard sous son polo de marque, son aspect dépareille avec celui du groupe. &lt;br /&gt;- Je vous présente Pierre Alexandre, mon mari.&lt;br /&gt;- Tu es mariée ? » demande Jane.&lt;br /&gt;- Et oui ! » avoue-t-elle en l’embrassant. &lt;br /&gt;- On finit tous par rentrer dans le rang, non ? » ajoute Pascal.&lt;br /&gt;- Pas tous, non. » réplique Jean en lui tendant les bras.&lt;br /&gt;- Vous n’avez pas changé. C’est étonnant comme vous avez pu rester les mêmes. Toujours une bande de loosers…&lt;br /&gt;Mal à l’aise Pierre-Alexandre se tient en retrait. Pascal s’avance vers lui pour lui serrer la main et l’inviter à s’asseoir sur le sofa. Jean ne semble pas vouloir s’embarrasser de ces civilités malgré son statut de propriétaire des lieux. Pour ceux qui le connaissent, le regard de biais qu’il a lancé au mari de son amie en dit long sur la façon dont il peut le juger sur son aspect. &lt;br /&gt;- Pour l’apéritif, je n’ai que des bières. Alors … une bière ?&lt;br /&gt;Jean distribue les canettes et le groupe trinque joyeusement pour fêter ses retrouvailles.&lt;br /&gt;- On n’a pas mal de choses à se raconter  alors je propose que nous fassions honneur aux derniers arrivés. Valérie, que deviens-tu ? » l’interroge Jean.&lt;br /&gt;- C’est marrant. Lorsque j’ai reçu ta lettre, j’ai hésité à venir. Le plaisir de vous revoir était un peu gâché par l’appréhension de ce moment. Celui de se raconter, de décrire notre parcours depuis que nous nous sommes quittés cet été 87. Depuis que j’ai décacheté ton courrier, je me fais et me refais la présentation de mon parcours. Mille fois, j’ai tourné et retourné ce que je vais vous dire dans ma tête. Car, il y a plusieurs façons de se raconter. J’imagine que nous pourrions  enjoliver les choses. Peut-être que si nous étions d’anciens camarades d’école de commerce, l’enjeu de notre réussite serait tel qu’il nous faudrait inventer des succès et des promesses de réussite à venir. Mais, notre seule école était celle du rock. Alors, je vous dois la vérité la plus nue.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;L’humeur festive d’il y a quelques secondes s’est évaporée et un silence accompagne le récit de Valérie. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;-  A l’époque, nous étions les rois du monde. Nous avions la jeunesse et une tranquille assurance pour nous. Nous ne doutions de rien car rien ne résistait à notre enthousiasme. Avec un peu plus de maturité, j’ai commencé à d’avantage appréhender les difficultés que les solutions pour arriver à mes fins. J’ai sans doute perdu de cette arrogance et de cette croyance aveugle que tout nous était dû. A l’époque, je n’avais aucun doute sur le succès de notre entreprise rock. Le monde entier nous attendait et nous étions les nouveaux messies. Notre attitude, notre look, tout correspondait à cette rébellion de la jeunesse incarnée par la musique rock. Le col relevé de notre perfecto et nos lunettes noires seraient le passeport vers notre reconnaissance mondiale. Le moyen d’y arriver importait peu et n’était qu’une affaire de temps et de hasards. Evidemment, nos parents, bien dans leur rôle, n’y comprenaient rien. Ils voulaient continuer à incarner une autorité que je leur refusais. Bon, ça vous le saviez, déjà ! La dernière fois que nous nous sommes vus, c’était lors de ce week-end, ici même, en juin 1987, c’est ça ? J’avais pété les plombs. Je croyais pouvoir me débrouiller toute seule. Je souhaitais gagner mon indépendance en vivant de petits boulots. J’ai cédé à la facilité, essayé plusieurs métiers en intérim. Je prenais tout ce que l’on me proposait et souvent le résultat était peu mirobolant. J’ai longtemps était caissière dans un hypermarché de la banlieue ouest de Paris. J’avais la haine et je consumais les derniers restes de ma rage de vivre juvénile. Je passais les produits alimentaires sous les rayons laser rouges en serrant les dents. Je détestais ce job mais il me permettait de financer ma part du squat, quelques paquets de cigarettes et un peu de came les jours de paie. Et puis, de cela aussi je me suis lassée. J’ai réussi  à obtenir une collocation avec des jeunes gens sympathiques et rangés. J’ai arrêté de boire, de fumer, de sniffer, de baiser. Pourquoi ai-je stoppé, d’un jour à l’autre, tout ce qui pouvait donner du sel à ma vie ? C’est peut-être que cela ne rimait plus à rien si tous ces comportements déviants n’étaient plus liés à quelque chose de constructif et de crédible, comme la musique rock. Je me voyais en vieille paumée, trainer dans les bars le soir, à draguer de vieux minets. Non, je ne voulais pas devenir pathétique. Alors, j’ai tout stoppé avec comme seule volonté de retrouver, un jour, une bonne raison pour recommencer à sortir, à m’amuser, à fréquenter. Je n’avais pas tourné la page mais il me manquait la bande son pour continuer ma lecture. Les années qui ont suivi ont été sages voire ennuyeuses. Je me suis installée dans un train-train quotidien. La semaine, je tapotais derrière ma caisse, la tête baissée et le regard fuyant. Puis, après quelques mois de ces abstinences, j’ai recommencé à sortir. Certains samedis soirs, je traînais au Gibus, à l’Elysée Montmartre ou dans les soirées rock que pouvait proposer la capitale. Le dimanche, je glandais au pieu avec un mec de passage pour tromper ma solitude. J’avais gagné mon indépendance mais perdu l’espoir d’une vie différente. J’avais domestiqué ma rébellion et étais résignée à cette médiocrité qu’était devenue ma vie. Il y avait ce type qui venait souvent me roder autour. Propre sur lui, il ne semblait jamais se lasser de ma froideur à son égard. Chaque jour, il passait devant ma caisse ses sachets de soupe chinoise lyophilisée. Je me doutais qu’il avait une idée derrière la tête. Un soir, il a franchi le pas et m’a proposé de sortir avec lui. Une invitation à l’ancienne, au restaurant. C’était très romantique, chandelier, courbettes du serveur et lumière tamisée. Nous nous sommes fréquentés, nous nous sommes plus, fiancés puis mariés. Je ressens vos interrogations concernant mon mari et son look premier de la classe. Je me trompe ? »&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Personne n’ose rompre le silence. Pierre-Alexandre semble absorbé depuis quelques minutes par la lecture de la composition de sa bière. On le devine étranger à l’intimité de ce groupe et hésitant quand à l’attitude à tenir. Le ton monotone du récit est empreint de nostalgie. On est loin de la Valérie perpétuellement révoltée qui s’emportait pour un oui ou pour un non, capable de défendre avec le même empressement tout et son contraire.  A une manifestation lycéenne, elle avait entraînée tout le lycée à cesser les cours et à rejoindre les élèves des autres écoles de la ville. &lt;br /&gt;- Vous avez raison. Nos deux univers sont éloignés. C’est peut-être le secret des couples qui durent. Mon expérience sur le sujet est limitée. &lt;br /&gt;Pierre-Alexandre sort de son mutisme : &lt;br /&gt;- C’est vrai que j’aime les soupes chinoises. Mais ce n’était pas la seule raison de ma présence quotidienne dans l’hyper. J’avais le coup de foudre pour la caissière. Un truc inexplicable qui ne m’était jamais arrivé jusqu’alors. Comment vous expliquer ? J’avais la tranquille certitude que cette femme que je ne connaissais pas deviendrait ma femme. Une affaire de fluide, d’essence, de regards. J’avais repéré ses horaires de travail et attendait systématiquement pour passer mes articles à sa caisse. Lorsque venait mon tour, je me montrais discret mais j’avais deviné dans le timbre de sa voix, dans sa façon de prononce les « bonjour » et « au revoir, bonne journée » qu’elle m’avait repéré. Alors, je l’ai invité au restaurant un soir. &lt;br /&gt;Pascal, assis près de la cheminée, interrogea le couple : «  vous faîtes quoi ? Vous habitez toujours la région parisienne ? Vous travaillez ? »&lt;br /&gt;- Je suis fonctionnaire à Bercy, au ministère des finances. Valérie ne travaille depuis nos fiançailles. Elle s’occupe de la maison et de nos trois enfants. Et croyez-moi, elle a fort à faire. »&lt;br /&gt;Valérie se fend d’un sourire résigné, sans joie. Elle ajoute :&lt;br /&gt;- la difficulté de ce type de soirée est que l’on va comparer nos destins et que je ne suis pas particulièrement fière de ce que je suis devenue. J’adore mes enfants et ne regrette pas de tout avoir sacrifié pour eux. Pierre-Alexandre le sait. Je suis en manque de quelque chose que je n’ai pas encore identifié. Un truc qui me permettrait d’être en phase avec moi-même, celle que je suis devenue, la femme, la mère et celle que j’ai toujours était ».&lt;br /&gt;Elle sourit, plus franchement cette fois : « arrêtez de me regarder comme ça. J’ai l’impression de parler en polonais. On ne s’est jamais menti, les mecs, non ? »&lt;br /&gt;Puis, elle s’adresse à son mari : &lt;br /&gt;- Tu n’as pas connu les heures de gloire des Loosers. Nous étions très soudés, nous partagions tout, nos grands malheurs, nos petits bonheurs et nos rêves de postérité médiatique. Nous nous investissions totalement dans notre projet de groupe sans trop penser à l’avenir. A part, Pascal peut-être. Lui, a toujours eu les pieds sur terre. Un peu trop même. »&lt;br /&gt;- Je sens poindre de vieilles rancœurs. J’ai déjà eu l’occasion de vous expliquer l’engagement moral que j’avais pris envers mon père. Sa seule gloire, son unique but avait été que son fils puisse obtenir, un jour, un beau diplôme. Sincèrement, je ne me suis jamais posé la question et je ne regrette pas un seul instant les choix que j’ai pu faire. Je sais que vous me tenez pour responsable de la fin prématurée du groupe. Nous avions tout pour devenir célèbre, c’est vrai. Et j’ai fait foirer le sujet.  J’en ai conscience. Mais, on ne revient pas sur une promesse faîte à son père. Qu’il soit vivant ou qu’il soit mort. Lorsque j’ai obtenu mon foutu diplôme, je l’ai mis sous verre et suis allé l’accrocher là où, toute sa vie durant, mon père avait rêvé de le voir. Sur le mur, à côté de son diplôme de boucher-tripier. Ça, au moins, je l’ai réussi. Pour le reste …&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Jean intervient :&lt;br /&gt;- Ne te sens pas responsable. Si tu nous avais suivis, que serait devenu le groupe ? Personne ne peut le savoir. Quant à la réussite… Elle est souvent bien relative. Regarde-moi. J’ai peut-être acquis une certaine reconnaissance professionnelle mais je n’ai pas encore trouvé celle qui partagera mes jours. &lt;br /&gt;- Tes nuits aussi.&lt;br /&gt;- Heu, oui. Vous voulez une autre bière ?&lt;br /&gt;Sans attendre la réponse de ses convives, il se dirige vers la cuisine et en reviens les bras chargés de canettes de bière. &lt;br /&gt;- En tous cas, il y a une chose sur laquelle vous vous entendez toujours, c’est descendre une bonne bière » plaisante Jean. Puis, il ajoute :&lt;br /&gt;- Je vais commencer mes grillades avant que le feu ne s’éteigne. Merguez pour tout le monde ?&lt;br /&gt;- Oui » lui répond-t-on en chœur.&lt;br /&gt;- Attends, je vais t’aider » propose Valérie qui l’accompagne vers le brasero. &lt;br /&gt;Jean s’applique à souffler sur les braises, y ajoute quelques morceaux de charbon  puis dépose les merguez sur la grille.&lt;br /&gt;- Cela me fait vraiment plaisir de te revoir Valérie » avoue-t-il en levant les yeux.&lt;br /&gt;Leurs regards se croisent.&lt;br /&gt;Elle susurre :&lt;br /&gt;- Moi, aussi. Ça me fait bizarre de vous revoir tous. Surtout toi. Nous deux, ce fut un véritable gâchis.&lt;br /&gt;- Pourquoi dis-tu cela ?&lt;br /&gt;- Arrête, tu le sais très bien. Si nous avions été un peu moins fiers, nous aurions pu tenter quelque chose. Je t’ai attendu longtemps, tu sais. Toutes ces années dans mon studio à penser à toi. J’étais trop orgueilleuse pour faire le premier pas, puis la confrontation avec la dure réalité sociale m’a laminé le moral. Ensuite, je crois que je n’avais tout simplement plus le courage. Je croyais pourtant fermement encore que tu viendrais me chercher. Tu te serais pointé là, à ma caisse. Tu n’aurais même pas eu besoin de parler mais simplement me sourire, me tendre la main et j’aurai tout planté sur le champ. Enfin, je n’avais rien à planter. Mon plus grand trésor, pendant tout ce temps, c’était le fol espoir de ta venue.&lt;br /&gt;Jean reste silencieux, concentré sur l’ordonnancement maniaque de ses merguez. &lt;br /&gt;- Tu ne crois pas que tu pourrais baisser les armes. &lt;br /&gt;- Que cherches-tu Valérie ? Tu te pointes ici avec ton mari, tu nous décris ta nouvelle vie et tu viens remuer une vieille histoire. C’est quoi la cohérence de tout cela ?&lt;br /&gt;Lucie fait quelques pas pour se réchauffer près du barbecue. Elle s’adresse à Jean en fixant les flammes. &lt;br /&gt;- Tu as mis du temps pour préparer ton feu. Tu as coupé des brindilles, tu les as déposé au dessus d’une feuille de papier journal que tu as froissé et roulé en boule. Tu as ajouté le charbon par-dessus et allumé le tout. Il a fallu une simple étincelle pour que tout s’embrase. Tu es ensuite passé à autre chose, au point que tu as oublié un instant que tu avais allumé ce feu. Lorsque tu es revenu, il restait des cendres rougeoyantes que tu as facilement réactivées. Tu vois, c’est reparti. Alors peut-être qu’entre nous, il pourrait en être de même.&lt;br /&gt;- Mais, bordel. C’est quoi, ton plan ? Tu es mariée, tu as des gamins. Je ne te suis pas.&lt;br /&gt;- Alors, tu ne comprends vraiment rien ?&lt;br /&gt;Jean et Valérie restent à observer les flammes qui trouent l’obscurité. Leur silence se prolonge. Que rajouter ?&lt;br /&gt;Du fond du jardin, Pascal leur lance :&lt;br /&gt;- ça vient ces merguez ? On a faim !&lt;br /&gt;- Ouais, ça arrive » crie Jean puis plus bas, à l’adresse de Valérie « c’est toi qui as raison. Evidemment. J’ai eu beaucoup de déceptions et après toi, je crois que je n’ai jamais cru un seul instant à une relation durable avec une femme. J’avais dû trop me blinder et je n’arrivais plus à me projeter dans une vie de couple, à me confier, à baisser la garde pour être moi-même.  J’espère que tu comprends que j’ai du mal à exprimer ce que j’ai sur le cœur. Mais, rassures-toi. Je n’ai rien oublié de ce qu’il y a eu entre nous. A l’époque, tout cela est allé trop vite et j’ai pris peur. Je me trouvais trop jeune pour rester avec une fille, je me disais que j’avais la vie devant moi. Aujourd’hui, c’est différent.&lt;br /&gt;- Alors, elles sont cuites ? » La voix de Jane les a surpris. Ils ne l’avaient pas entendu arriver dans l’obscurité. Interrompant leurs confidences, ils la suivent et s’installent autour de la table. La quantité de canette vide a augmenté.&lt;br /&gt;-   Vous voulez continuer à la bière ou je débouche du vin ?&lt;br /&gt;- Du vin, du vin, du vin …» répondent en chœur les convives.&lt;br /&gt;- Et toi, Jean. Les choses paraissent plutôt te sourire. Si tu savais le nombre de sites Internet qui mentionnent ton parcours lorsque l’on tape ton nom sur un site de recherche… &lt;br /&gt;- C’est vrai qu’aujourd’hui, j’ai acquis une certaine reconnaissance. Vous vous doutez que cela ne fut pas si facile. Vous qui connaissiez mes parents, imaginez leur réaction lorsque je leur ai annoncé que je souhaitais vivre de mon art. Pour eux, la photo était un passe-temps comme pouvaient l’être le croquet ou la télévision. Lorsqu’après le bac, j’ai décidé d’en faire mon métier, ils ne m’ont pas compris. Mon père s’imaginait m’entretenir financièrement toute sa vie. Et, il n’avait pas tort, d’ailleurs. C’est grâce à eux que j’ai pu manger pendant mes premières années. Mon succès, aujourd’hui encore, est fragile. Rien n’est acquis dans ce milieu et l’on passe aussi vite de l’embrasement des critiques à leur bannissement. Tout cela est un phénomène de hype, un mouvement éphémère et aléatoire qui ne doit pas grand-chose à la véritable valeur artistique de mon art.  Mes œuvres sont devenues des objets spéculatifs comme peuvent l’être une action, un lingot d’or ou une toile de maître. Vous savez que la valeur d’un tableau, et tout particulièrement dans l’art contemporain, est le résultat de la spéculation des acheteurs. Peut-être que ceux qui l’apprécient le plus ne sont pas ceux qui peuvent se l’acheter. Je le regrette mais le système est ainsi. Et puis, je ne vais pas cracher sur la soupe. Ce système me fait vivre et plutôt bien d’ailleurs. J’ai débuté en photographiant les nervures des troncs d’arbre plantés dans la sable de la plage de Saint-Malo pour casser les vagues et éviter qu’elles n’aillent au-delà de la digue du sillon. Mes clichés sous le bras, j’ai sollicité toutes les galeries de la région. Finalement, un vieil homosexuel qui devait avoir des vues sur moi, m’a proposé d’ouvrir une partie de sa galerie à mes tirages. Malgré son scepticisme sur la qualité de mon œuvre, je sais que mon père m’a discrètement aidé à rameuter tout ce que la côte comptait comme notables lors du vernissage. Et pour un premier essai, il faut avouer que ce fut un coup de maître. Tout se vendit dès la première semaine. Les galeries se donnèrent le mot et mon nom commença à circuler. J’ai réalisé de nouvelles séries, des reflets d’eau d’un lac près de Vitré, des détails de corps féminins. J’utilisais toujours le même grain, des clichés en noir et blanc. Ce qui deviendra ma marque de fabrique. Un peu partout en Bretagne puis à Paris, j’exposais mes clichés. Malgré de bonnes ventes, je couvrais à peine mes frais. Sans le soutien financier de mes parents, je n’aurai pas pu continuer. Ils ne voulaient pas me donner directement de l’argent. Cela aurait signifié qu’ils cautionnaient mon choix de vie professionnelle. Alors, ils déguisaient leurs dons sous de belles étrennes et achetaient anonymement mes œuvres, à un prix bien au-dessus de la côte officielle. Je l’ai découvert par hasard bien des années plus tard en cherchant une ampoule électrique pour en remplacer une défectueuse. Il me semblait en avoir au grenier. C’est là que j’ai découvert tous mes clichés, cachés derrière un carton. J’étais bouleversé. Non seulement, ils subvenaient ainsi à mes besoins mais cela augmentait l’intérêt du marché pour mes créations.  Je leur dois beaucoup. A mon arrivée à Paris, j’ai découvert qu’il était aussi important de vendre l’artiste que son œuvre. Alors, je suis beaucoup sorti. J’ai fréquenté toutes les soirées où il fallait être vu, rencontré tout ce que la ville pouvait compter comme prescripteurs, acheteurs potentiels et critiques dans le domaine de l’art contemporain. J’ai compris que vendre une œuvre, c’était aussi raconter une histoire. J’ai pris la pleine mesure de l’expression « amuser la galerie ».Une vieille rombière très snob s’est entichée de moi et m‘a proposé à son carnet d’adresse international. Alors que j’avais pu imaginer que le plus dur serait de se faire connaître, j’ai découvert qu’à présent la difficulté serait de durer. Comment maintenir l’intérêt d’un marché sans cesse avide de porter à la lumière de nouveaux venus ? C’est ainsi que j’ai monté plusieurs séries volontairement scandaleuse dont celle sur le thème sadomasochiste par exemple. Tous les deux à trois ans, j’essayais de faire l’actualité et pour cela, la provocation était souvent un moyen efficace. &lt;br /&gt;- Et qu’est devenue la vieille rombière ? » s’interroge Valérie.&lt;br /&gt;- Comme tous les artistes, je suis égocentrique et opportuniste. Alors, tu sais, je me soucie peu de ce qu’elle est devenue. Elle doit continuer à chaperonner de nouveaux talents qu’elle couve quelques temps avant de les laisser prendre leur envol. Pour le dessert, je vous propose des framboises du jardin avec de la crème fraîche, ça vous convient ?&lt;br /&gt;- Excellente idée » se réjouie Pascal. C’est maintenant à son tour de décrire son parcours. L’ambiance simple et conviviale l’a désinhibé. Il ne vit plus ces témoignages comme une épreuve. Il décrit le décès de son père, la poursuite de ses études, la rencontre avec celle qui deviendra sa femme, ses enfants. &lt;br /&gt;- Une vie bien rangée. Mon parcours doit vous sembler bien terne après celui, haut en couleur, de Jean. &lt;br /&gt;- Que crois-tu ? » rétorque jean. « Tu penses que je nage dans un bonheur béat. Que cette couverture médiatique pourrait m’apporter la certitude d’avoir « réussi » ? J’ai surtout sacrifié une partie de ma jeunesse à cette gloire sans fondement. Combien de soirées miteuses dans des cocktails pseudo branchés où l’on m’exhibe comme un trophée au mieux, une bête curieuse au pire ? Je tiens le crachoir à de riches industriels en mal de reconnaissance culturelle. J’aurai rêvé d’une vie plus casanière, de pouvoir vivre en couple, créer une famille… » &lt;br /&gt;Il laisse sa phrase en suspens et cherche du regard Valérie. Pascal intervient :&lt;br /&gt;- Peut-être ne sommes-nous jamais satisfaits. Tout ce que tu as aujourd’hui, tu le mérites amplement. Car tu as fait, ce que peu d’entre-nous osent. Tu as cru en tes possibilités au point d’oser affronter tes parents, de sacrifier un avenir professionnel qui aurait pu être assuré par des études. Je te souhaite du fond du cœur d’obtenir demain tout ce qui te manque. Je t’admire moins pour ton succès que pour ta détermination et l’énergie qui t’ont permis d’y arriver. Toutes ces soirées passées à te faire connaître, tu les as acceptées, supportées car tu étais convaincu de la valeur de tes œuvres. De cela, tu n’as jamais douté. J’ai toujours été trop couard pour sacrifier mon petit bonheur douillet. Tu regrettes une vie privée plus stable mais je devine que dans le fond, tu n’as aucun remord. En ce sens, nous sommes opposés. Je ne me suis jamais donné les moyens de mes ambitions qui sont nombreuses. Mon talent aujourd’hui, je m’en sers pour corriger les copies de mes élèves. Jeune, je rêvais d’une vie artistique plus conséquente. &lt;br /&gt;- Une grande œuvre littéraire ?&lt;br /&gt;- Oui. C’est la première fois que je l’avoue publiquement. Je crois même ne me l’être jamais avoué. A part les chansonnettes du groupe, je n’ai jamais rien écrit. La nuit, je ressasse des idées de romans, j’en rédige en songe les premières pages. Si j’enseigne la littérature chaque année à des dizaines d’élèves, c’est dans l’espoir qu’un jour, je puisse créer à mon tour une œuvre. &lt;br /&gt;- Il ne faut pas dénigrer tes chansonnettes, comme tu les appelles » la rassure Valérie en soufflant la fumée de sa cigarette. « Tes textes sont bons. Ils ont bien vieillis. Je les ai écouté la semaine dernière et je les ai redécouvert ».&lt;br /&gt;Jane confirme : «  c’est vrai. Les Loosers était un putain de bon groupe !  Lucie nous a fait écouter une cassette l’autre soir. Elle ne nous a pas dit de qui il s’agissait. Elle nous a présenté cela comme un blind test. Elle voulait avoir notre avis. Et j’ai entendu un super son, des paroles pleines de sens, de belles mélodies. Sincèrement, j’ai adoré et je ne savais pas que c’était ma Lucie qui lâchait ces beaux solos ». Jane passe son bras autour du cou de son amie d’un geste affectueux.&lt;br /&gt;- Vous voulez du café. Je n’ai que du lyophilisé.&lt;br /&gt;- Quoi ? Tu te ballades entre Los-Angeles et Tokyo et tu es incapable de t’acheter une cafetière digne de ce nom !&lt;br /&gt;Le groupe s’esclaffe.&lt;br /&gt;- Je constate que vous êtes toujours aussi casse couilles. Allez, je vous apporte la poudre et l’eau chaude.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;C’est maintenant au tour de Lucie de décrire sa carrière de danseuse et de chorégraphe. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;
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                <guid isPermaLink="true">http://cafecastor.hautetfort.com/archive/2008/06/15/la-loose-5-les-stravisky.html</guid>
                <title>La loose 5 - Les Stravisky</title>
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                <author>noreply@hautetfort.com (castor)</author>
                                                <category>Le café lecture</category>
                                                <pubDate>Sun, 15 Jun 2008 17:20:00 +0200</pubDate>
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                    Ci-joint quelques lignes pour la suite de La Loose:&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Episodes précédents:&lt;br /&gt;&lt;a href=&quot;http://cafecastor.hautetfort.com/archive/2007/10/01/la-loose.html&quot; target=&quot;_blank&quot;&gt;La lettre&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;La &lt;a href=&quot;http://cafecastor.hautetfort.com/archive/2007/10/09/la-loose-2-la-grange.html&quot; target=&quot;_blank&quot;&gt;grange&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;Vacances de &lt;a href=&quot;http://cafecastor.hautetfort.com/archive/2007/10/09/la-loose-3-vacances-de-paques-1987.html&quot; target=&quot;_blank&quot;&gt;Pâques 1987&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;&lt;a href=&quot;http://cafecastor.hautetfort.com/archive/2007/11/16/la-loose-4-should-i-stay-or-i-should-i-go.html&quot; target=&quot;_blank&quot;&gt;Should I stay or should I go?&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div style=&quot;text-align: center&quot;&gt;&lt;a href=&quot;http://cafecastor.hautetfort.com/media/00/01/455942691.jpg&quot; target=&quot;_blank&quot;&gt;&lt;img src=&quot;http://cafecastor.hautetfort.com/media/00/01/404712491.jpg&quot; id=&quot;media-1073243&quot; title=&quot;&quot; alt=&quot;Jean.jpg&quot; style=&quot;border-width: 0; margin: 0.7em 0;&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Donna, la femelle labrador que chacun avait connu est enterrée au fond du jardin depuis plus de quinze ans. Pourtant, les tissus du salon sont encore empreints de son odeur. Pascal est troublé par ce décor familier dont les principaux acteurs, à l‘exception de Jean, ont disparu . La grandeur passée des Stravisky s’y exposait sous la forme de bibelots de valeur. Sous un cadre, une photo les représente. Ils observent l‘objectif. Tous les deux se tiennent bien droits, la tête haute. Sans doute étaient-il les derniers héritiers de la longue lignée des notables de la famille : l’arrière grand-père haut-fonctionnaire dans l’URSS communiste, le grand-père, chercheur à l’université d’Edinburgh, son père directeur de l’hôpital de Saint-Malo. &lt;br /&gt;Malgré sa profession d’artiste que l’on associait souvent à une vie de bohème un peu patachon, Jean avait conservé une autorité naturelle envers ses semblables. Pascal avait toujours était impressionné par son père, M. Stravisky. Il n’avait jamais connu son prénom. Il l’appelait ainsi, Monsieur Stravisky et lorsqu’il parlait de lui, Jean disait « mon père ». A chaque week-end passé ici, l’accueil constituait un rite protocolaire immuable. On venait saluer les parents de notre hôte en leur montrant toute la déférence qu’exigeait leur ego. Ces convenances strictes contrastaient avec le véritable objet de ces rencontres : jouer du rock et bousculer l’ordre établi en clamant des paroles subversives. Avec le temps, ce respect était devenu naturel et le cérémonial vécu comme quelque chose allant de soi. Ce n’était plus une comédie mais le témoignage de tout le respect que l’on pouvait avoir pour ce couple atypique. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Les parents de Jean avait connu Pascal dès la maternelle. Il était d’abord venu ici pour fêter des anniversaires un peu solennels. Les enfants étaient habillés comme des petits princes, les cheveux bien peignés, les mocassins brillants. Puis, il avait partagé certains dimanches après-midi, l’intimité familiale dans leur propriété de Dinard. Lorsqu’il faisait beau, Mme Stravisky sortait la nappe pour déjeuner dans le jardin. Puis, on disputait une partie de croquet à l’ombre du grand pin, sur la pelouse tondue de frais par un jardinier consciencieux. Plus tard dans la saison, on les croisait lorsqu’ils allaient prendre leur bain. Ils foulaient le sable avec leurs chaussures de ville, slalomant entre les corps dénudés étendus sur la plage. Ils se changeaient discrètement dans une petite cabine de plage pliante puis ils rentraient dans l’eau froide avec la détermination de généraux fendant les troupes de territoires ennemis. Sans prendre le temps de s’acclimater à la fraîcheur de l’eau, ils s’éloignaient de la masse bruyante des estivants qui stagnaient  près du bord, l’eau à mi-cuisse. Il longeaient l’anse d’un bord à l’autre d’une brasse appliquée. La tête  sèche et le maillot mouillé, ils reprenaient le chemin de leur cabine pliante, d’un pas toujours aussi décidé. Il ne me semblent pas les avoir vu batifoler un seul instant, discuter avec des amis ou voisins. Il fallait bien les connaître pour deviner que cette austérité de façade cachait une plus grande originalité de mœurs. &lt;br /&gt;
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                <title>Nowlins</title>
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                <author>noreply@hautetfort.com (castor)</author>
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                                                <pubDate>Wed, 11 Jun 2008 18:16:00 +0200</pubDate>
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                    &lt;div style=&quot;text-align: center&quot;&gt;&lt;img src=&quot;http://imagecache2.allposters.com/images/pic/FIP/LU-185-C~Cafe-du-Monde-New-Orleans-Louisiana-Posters.jpg&quot; alt=&quot;LU-185-C~Cafe-du-Monde-New-Orleans-Louisiana-Posters.jpg&quot; style=&quot;border-width: 0; margin: 0.7em 0;&quot; /&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Dans ce vieux carnet retrouvé, quelques notes griffonées sur un coin de table du &lt;a href=&quot;http://www.cafedumonde.com/&quot; target=&quot;_blank&quot;&gt;café du monde&lt;/a&gt; (loin du café castor): &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Café au lait et beignets&lt;br /&gt;Café du Monde, Nouvelle Orléans&lt;br /&gt;Orages de fin de journée&lt;br /&gt;Chaleur moite et sucre glacé.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Colonnade et fer forgé&lt;br /&gt;Balcons souriants et colorés&lt;br /&gt;Summertime, quartier français&lt;br /&gt;Pavés mouillés, belvédères allumés.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;La sirène grave des bateaux à roues&lt;br /&gt;Fumée blanche s’envolant au dessus des eaux boueuses du Mississipi&lt;br /&gt;Rue de la Levée, coucher de soleil*Les vétérans sortent leurs cuivres&lt;br /&gt;Représentation et préservation.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;object width=&quot;425&quot; height=&quot;344&quot;&gt;&lt;param name=&quot;movie&quot; value=&quot;http://www.youtube.com/v/fkvGchIDsGw&amp;hl=fr&quot;&gt;&lt;/param&gt;&lt;embed src=&quot;http://www.youtube.com/v/fkvGchIDsGw&amp;hl=fr&quot; type=&quot;application/x-shockwave-flash&quot; width=&quot;425&quot; height=&quot;344&quot;&gt;&lt;/embed&gt;&lt;/object&gt;
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                <title>Jeunesse perdue</title>
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                <author>noreply@hautetfort.com (castor)</author>
                                                <category>Le café lecture</category>
                                                <pubDate>Fri, 23 May 2008 12:58:00 +0200</pubDate>
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                    Why don't you all f-fade away (Talkin' 'bout my generation) &lt;br /&gt;And don't try to dig what we all s-s-say (Talkin' 'bout my generation) &lt;br /&gt;I'm not trying to cause a big s-s-sensation (Talkin' 'bout my generation) &lt;br /&gt;I'm just talkin' 'bout my g-g-g-generation (Talkin' 'bout my generation) &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;This is my generation &lt;br /&gt;This is my generation, baby&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;em&gt;Pourquoi ne disparaissez vous pas tous? ( parlant d'ma génération) &lt;br /&gt;Et n'essayez surtout pas de piger ce qu'on dit tous ( parlant d'ma génération) &lt;br /&gt;Là je ne cherche pas à faire une grosse impression ( parlant d'ma génération) &lt;br /&gt;Je parle seulement de ma génération ( parlant d'ma génération)&lt;br /&gt; C'est ma génération &lt;br /&gt;C'est ma génération, bébé&lt;/em&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;The WHO – My generation&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div style=&quot;text-align: center&quot;&gt;&lt;img src=&quot;http://www.concertandco.com/critmars/fleshtones-0503m.jpg&quot; alt=&quot;fleshtones-0503m.jpg&quot; style=&quot;border-width: 0; margin: 0.7em 0;&quot; /&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;C’était quelques minutes avant qu’ils ne rentrent sur scène. Nous attendions ce précieux moment depuis plusieurs semaines. Nous avions d’abord appris par cœur  les morceaux du nouvel album puis réécouter avec émotion les plus anciens. L’excitation montait alors que se réduisaient les minutes qui nous séparaient de l’évènement. Chacun d’entre nous venaient de loin. Il avait fallu rouler des centaines de kilomètres pour se retrouver là, dans la pénombre souterraine. Nous avions abandonné femmes, maîtresse et enfants pour un soir, pour ce soir, le grand soir. De toute notre tribu, il ne restait que nous, quatre copains d’ici que la vie avait éloigné géographiquement et que le rock rapprochait régulièrement. Qu’étions-nous venus chercher ?&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;- Finalement, ce soir, nous récupérons un peu de notre jeunesse perdue » m’avoua Hubert d’une voix forte pour couvrir le morceau des Libertines  lancé à toute volée. L’observation du public confortait ses propos : les cranes étaient dégarnis, les verres progressifs et les ventres arrondis se pressaient poliment devant la scène. Etaient-ils tous comme nous, de vieux nostalgiques qui refusaient de lâcher la rampe et préféraient, pour un soir, honorer leurs héros de jeunesse à l’abrutissement télévisuel.&lt;br /&gt;Quelques minutes avant, deux de ces décatis étaient venus saluer l’un d’entre nous qui avait précisé « Des gars qui animent une émission de radio ». Ils nous avaient ensuite tendu la main, d’un geste amical. Nous ne les connaissions pas.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;- Tu les reconnais ? Ils étaient avec nous au lycée ».&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Non, ces visages m’étaient définitivement inconnus mais de cela, je ne m’en souciais pas.  Cette brève entrevue m’interrogeait sur comment ces débris avaient-ils pu être la même année que nous au lycée. Ils étaient beaucoup trop vieux pour cela. Je refusais catégoriquement d’admettre cette triste réalité. J’étais rassuré de ne pas avoir reconnu ces éventuels anciens camarades de classe. Puis une autre question plus insidieuse vint. Paraissais-je aussi vieux qu’eux ?  &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Le morceau rock s’estompe dans la salle, la lumière s’assombrit et le cœur s’emballe. L’imminence du concert presse les soiffards, parqués à l’arrière de la salle, à vider leur gobelet de bière tiède. Le silence tendu laisse place à un rugissement de guitare. Les Fleshtones envahissent la scène, sautent dans la salle, s’installent sur les escaliers qui mènent au bar, attirent les regards. Toutes les lumières se sont rallumées le temps d’une ovation préliminaire. Ils repartent. Il faut aller au charbon. L’orgue farfisa au son mal réglé et la guitare fuzz rappellent le son des productions des années 60 lorsque le rock dérivait vers le psychédélisme. La voix est incertaine. Le groupe se chauffe. Au deuxième morceau, la machine s’emballe, les cris fusent, la température monte. On danse, on s’agite. Nous y sommes. Au cœur du cyclone, là, où nous n’avons définitivement plus d’âge. A moins que, le temps d’un morceau ou deux, nous récupérions sans nous en apercevoir des fragments de notre jeunesse perdue.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div&gt;&lt;object width=&quot;420&quot; height=&quot;336&quot;&gt;&lt;param name=&quot;movie&quot; value=&quot;http://www.dailymotion.com/swf/x5i0mv&amp;v3=1&amp;related=1&quot;&gt;&lt;/param&gt;&lt;param name=&quot;allowFullScreen&quot; value=&quot;true&quot;&gt;&lt;/param&gt;&lt;param name=&quot;allowScriptAccess&quot; value=&quot;always&quot;&gt;&lt;/param&gt;&lt;embed src=&quot;http://www.dailymotion.com/swf/x5i0mv&amp;v3=1&amp;related=1&quot; type=&quot;application/x-shockwave-flash&quot; width=&quot;420&quot; height=&quot;336&quot; allowFullScreen=&quot;true&quot; allowScriptAccess=&quot;always&quot;&gt;&lt;/embed&gt;&lt;/object&gt;&lt;br /&gt;&lt;b&gt;&lt;a href=&quot;http://www.dailymotion.com/video/x5i0mv_fleshtones-concert-asca-ouvre-boite_music&quot;&gt;Fleshtones concert Asca Ouvre boite 20 MAI 2008&lt;/a&gt;&lt;/b&gt;&lt;br /&gt;&lt;i&gt;envoy&amp;eacute; par &lt;a href=&quot;http://www.dailymotion.com/MENARDOT&quot;&gt;MENARDOT&lt;/a&gt;&lt;/i&gt;&lt;/div&gt;
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