20.04.2008
Hasards et lecture
Antonio Lobos Antunes – Livre de chroniques III
La vie tout simplement. Et ses hasards. Le travail puis les vacances. Partir, sans trop savoir où, juste envie de se barrer, de changer d’air. Alors, on rêve de levers matinaux sous le ciel bleu d’une île grecque, de ballade en vélo sous la pluie autour d’un lac irlandais ou bouffer de la morue dans une gargote du cœur de Lisbonne. L’image se précise, un vieux funiculaire coloré, une rue en pente, un étal de fruits, une terrasse, un café.
Bonne idée.
Une fois débarrassé des aspects pratiques comme la réservation d’une location, je peux mieux me concentrer sur le voyage. Cela commence par l’achat d’un guide sur le pays, une envie de connaître, de comprendre, de commencer à voyager. Je commence par la musique, tente de percer le mystère du Fado, me berce des complaintes d’Amalia Rodrigues, découvre la scène portugaise plus actuelle, toutes ces jeunes femmes aux voix sensuelles comme Cristina Branco ou Sara Tavares. Et de fil en aiguille, je cherche des livres sur la ville, le pays.
Il y a « histoire du siège de Lisbonne » de Saramago Jose dont j’avais commencé la lecture sans jamais la terminer. Un vieux funiculaire coloré ornait la couverture.

Je me souviens d’une lecture ardue, de petits caractères qui finissaient par se brouiller les soirs de fatigue.
J’avais reposé le livre puis l’avais rangé à sa place, par ordre alphabétique et collection, dans ma bibliothèque, entre Arturo Perez Reverte et Luis Sepulveda. Il y est resté longtemps jusqu’à ce projet de voyage.
Les caractères sont toujours aussi petits et le fil narratif, plein de digressions, nécessite une trop grande concentration. Pourtant, le vieux funiculaire de la couverture est tellement beau. Alors, je l’ai exposé, mis en évidence en le posant devant les tranches d’autres livres moins décoratifs.
Il me fallait, dès lors, d’autres matières pour ce voyage littéraire. Alors, je traînais longuement dans les allées d’une grande librairie, cherchait le rayon « littérature étrangère », Asie, Amérique, Europe. Je progressais. Italie, Espagne, Portugal. J’approchais.
Du doigt, je parcourais les tranches pour ne rien rater. Antonio Lobo Antunes... Connais pas ...Paulo Coelho, partout, encore et encore…Non, pas envie de lire ça. Je continuais à parcourir l’étagère. Les noms aux consonances ensoleillées se succédaient sans rien m’évoquer… Jorge Amado, Luis de Camoes, Fernando Pessoa, … En fin de section, je revenais au début de l’étagère, décidé à trouver l’auteur qui me permettrait de plonger dans l’atmosphère de la capitale, de commencer à sentir les odeurs de morue, apercevoir la tour de Belem au loin.
Antonio Lobo Antunes, pourquoi pas ? Je passais l’index sur le livre, le penchais vers moi, le sortais du rayon, consultais la quatrième de couverture, attiré par le titre « la splendeur du Portugal ». Mais, déçu, je le reposais : l’action se déroulait en Angola (bizarre de nommer un livre ainsi vu le sujet). Le livre voisin s’intitulait « livre de chroniques III ». Je cherchais le premier volume quelques secondes. En vain. Seul, le troisième livre était en stock. Je supposais que sa sortie en format de livre de poche avait conditionné son exposition car, cela me revint, je l’avais déjà repéré sur la table de présentation des sélections du libraire en littérature étrangère. Sur la couverture, une photo floue, en noir et blanc, représente un tramway.
Je parcourais rapidement le verso :
« Ces chroniques captent l'instant perdu, les anecdotes anodines et les songeries sans suite... L'enfance resurgit, la pâtisserie Paraiso, les femmes aimées, les amis partis et la guerre en Angola. On se laisse porter par la plume talentueuse sur une plage, humant " l'odeur des vagues à l'instant où l'air est plus froid que l'eau " ou partageant la mélancolie d'" une sensation d'à quoi bon "...
Pourquoi pas ?
L’exploration méthodique du rayon me fit ensuite sélectionner « train de nuit pour Lisbonne » de Pascal Mercier. Cette fois, un train apparaît sur la pochette et je m’interroge : pourquoi toujours représenter des moyens de transport pour écrire sur cette ville ?
De retour à mon domicile, j’hésitais, par quel livre débuter la lecture ? J’optais par le livre de chroniques, des textes courts, plus facile à lire, en picorant ça et là .
Tous ces hasards mis bout à bout, du choix de la destination de voyage, de la photo de couverture, d’une rupture de stock, d’un quatrième de couverture pour arriver à tourner la première page.
Et là , les mots d’Antonio Lobo Antunes m’envahissent , me transportent. Ils représentent l’idée que je me fais aujourd’hui de la littérature, de la poésie même. Ces chroniques, destinées à des journaux, n’avaient pas pour vocation d’être publiée sous cette forme. En aucun cas, ces souvenirs éparses, ces morceaux de vie, ces interrogations d’un homme vieillissant ne sont présentées comme de la poésie. Pourtant, pour moi, cela y ressemble.
Je me souviens des longues séances à apprendre par cœur de longs poèmes calibrés du patrimoine français, de ma difficulté à les mémoriser. Depuis, j’avais tenté quelques essais de lecture de poèmes sans jamais véritablement trouver ce qui me correspondait, me parlait.
J’imagine que chacun porte en lui sa propre poésie, que parfois nous croisons des phrases, des suites de mots qui nous interpellent, des slogans publicitaires sur une affiche dans le métro, un tag sur un mur, une formule journalistique bien sentie dans le journal, une réflexion d’un collègue… La poésie est partout.
Et pour moi, beaucoup dans ce « livre de chroniques III ».
Extrait :
Ça s'est sans doute passé autrement, mais faisons comme si
Ce qui me fascinait le plus quand nous arrivions dans la Beira Alta, c'était la surdité de mon grand-père. Il portait une sorte d'écouteurs d'où partait un fil tire-bouchonné qui rejoignait une pile
énorme
dans la poche de sa veste, j'avais l'impression, en voyant son air attentif, qu'il était en perpétuelle communication avec les anges ou avec ces voix sans corps que je croyais percevoir dans les pins, alors que lui les entendait vraiment. Quant à nous autres, terriens, il ne nous entendait tout simplement pas : ma grand-mère lui hurlait par des gestes que nous étions arrivés, mon grand-père baissait les yeux, souriait, ébauchait un mouvement vers nous mais l'oubliait aussitôt pour répondre à l'appel des pins ou à quelque urgence céleste. Il n'avait plus rien d'un être humain : je ne me souviens pas de l'avoir entendu rire, ni même de l'avoir vu manger ; il restait muet au balcon donnant sur une montagne, ou bien il lisait le journal qui arrivait par le train de midi et qu'il fallait aller chercher à la gare. Dans sa veste en lin blanc, adossé à un pilier, il tournait les pages dans un froissement d'ailes de pigeon sans que jamais ne bouge le moindre trait de son visage. Sans doute ne lisait-il pas : il parcourait les titres le temps de nous faire croire qu'il lisait, puis abandonnait ses feuilles sur le siège en toile et descendait vers la vigne sans toucher le sol de ses talons, avec la lenteur rêveuse d'un séraphin. Sa présence, une silencieuse absence qui embaumait la brillantine : le soir, après le bain
(on pompait l'eau du puits et un seau percé de trous servait de douche)
j'avais le droit de m'appliquer une noix de ce gel blanc qui durcissait mes cheveux et m'enveloppait dans un doux parfum de paradis. Mais contrairement à ce que j'avais imaginé la brillantine n'agissait pas, j'entendais toujours les bruits de la maison
(les châtaigniers continuaient à crépiter contre les fenêtres)
et les anges s'obstinaient à m'ignorer. Je dînais en pyjama, fâché contre le ciel.
Je garde de mon grand-père le souvenir d'un homme qui ne faisait rien d'autre que léviter. Parfois il glissait une cigarette dans un fume-cigarette et fabriquait avec sa bouche de gros nuages. La construction de ces nuages était sans doute son vrai travail : les servantes l'appelaient monsieur l'ingénieur. Pour moi, les ingénieurs étaient des gens qui érigeaient des ponts et des immeubles. Mais mon grand-père, attiré par les matières impondérables, préférait les architectures gazeuses qui épousent les caprices du vent. Ses caravelles de fumée, parfaites, rigoureuses, naviguaient vers l'ouest durant tout le mois de septembre, emportant avec elles l'été et les canards sauvages. Fatigué de façonner l'automne, mon grand-père s'endormait dans le fauteuil du salon.
Tout comme je ne l'ai jamais vu faire quoi que ce soit, je ne l'ai jamais vu saluer personne. Les visiteurs allaient et venaient, nous allions et venions, les journaux qui s'amoncelaient dans la poubelle annonçaient le jour suivant
(le départ des journaux à la poubelle annonçait les lendemains)
mon grand-père restait là , silencieux et absent, à dormir dans son fauteuil ou à bâtir des nuages sur le balcon, le seul être immuable dans un monde où même les arbres mouraient. La même veste en lin blanc, le même gel blanc, les mêmes cheveux blancs, le même sourire blanc, distrait et un peu triste, me semble-t-il après tant d'années, ce qui peut se comprendre car les joies du ciel sont caverneuses et lugubres, et le latin
(langue officielle des sacristies)

08:19 Publié dans Livres | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : antonio lobos antunes, livre de chroniques iii, poésie, extrait
12.04.2008
Patrick Eudeline – Soucoupes violentes

Le pape de la rock critic qui débuta à Best sous l’influence d’Yves Adrien et publie chaque mois sa chronique « la vie en rock » dans Rock&Folk, le Gainsbourg des claviers, le chanteur lunetté vintage qui débuta avec Asphalt Jungle et continue à se produire sur scène (dernièrement, il est apparu au Gibus devant les jeunes générations de baby rockers), le poète rock aux costards Versace, la légende vivante adulée par les écrivains comme Ann Scott et Virginie Despentes, le directeur de collections aux éditions Scali, c’est tout ça Eudeline.
C’est aussi un écrivain. Son roman « Soucoupes violentes » décrit les hallucinations de Lancelot, un jeune glandeur, cinéaste sans succès et fraîchement largué par son amie. A la terrasse d’un café, Steve Marriot (leader des Small Faces puis d’Humble Pie et icône 60’s) et Alain Pacadis (journaliste et star des nuits parisiennes dans les 80’s) s’assoient à sa table et lui taxent une clope. Puis, lors d’un autre rêve, Lancelot croise de nouveau Steve Mariott en pleine session photographique avec Jimmy Page qui lui conseille de dire à Johnny d’arrêter la coke. L’idole des jeunes meurt le lendemain.

Alors, Lancelot se convainc que ses rêves sont prémonitoires. La machine s’emballe lorsqu’il annonce par Internet l’assassinat du Pape et de Phil Collins le lendemain. Une fois de plus, la prédiction s’avère exacte. Il devient une star médiatique et annonce sur un plateau de télévision que « notre civilisation, le monde tel que nous le connaissons, n’a plus de centre, de but. Le monde est comme un … chaudron de sorcières ! Et ce qui se prépare …ça va nous exploser à la figure. Je ne sais pas comment. Je ne sais pas quand mais « eux » le savent. La grande peur de l’an 2000, les sectes qui foisonnent, tout cela, ce sont des signes. Nous avons voulu plier la nature à notre convenance, elle va se révolter. Devant nous, il n’y a plus que … Un grand trou noir. Voilà . »
L’intrigue est surtout l’occasion pour Eudeline de dénoncer le tout-médiatique avide de nouvelles sensations « le médium est le message : l’image de la bête parle, ne se nourrit que d’elle-même ».
Adepte du name-dropping, il cite animateurs, stars jetables de la TV et des restes de l’industrie musicale. On y fume des Camel allumées avec des Zippo, on marche sur les grands boulevards, traîne dans Montmartre, vêtu d’un « manteau de cuir façon fripe seventies, Ray-Ban mercurisées et cuissardes Charles Jourdan »… Si l’intrigue new-age est un peu poussive, je ne me suis pas ennuyé car j’ai aimé l’écriture du dandy, pleine de fulgurances, de trouvailles, de pépites linguistiques. C’est aussi un hommage à la science-fiction comme il le souligne « La Science-fiction, cela a été un domaine très très fort dans les années 60-70, qui effectivement a disparu depuis. Moi même, j’ai écrit dans des journaux de Science-fiction, fait des nouvelles et tout ca. C’était important l’édition Optage, Fiction, Galactie; c’était des trucs très cools a aimer. Tous les grands mecs du rock disaient en lire, ils adoraient ca. Mais il y avait une force dedans, parce que le domaine est tellement large. Entre la vieille garde: Asimov, puis les trucs comme Normand Spinrad, Philip Joseph Farmer ou Philip K. Dick. C’est large ». source: gonzai.com
Extraits :
« Trois cent millions de pages Web et mille nouveaux livres chaque jour. La loi vérifiée de Moore prévoit que la puissance des ordinateurs double chaque année. Clusters de computers. Codes génétiques révélés, le secret de la Création reconstitué : Bill Gates comme maître du monde, Antéchrist. Egal de Dieu .
Plusieurs faux prophètes s’éléveront, et ils séduiront beaucoup de gens (Matthieu 24,11).
Deux cent mille sorcières pratiquantes aux States. Croix à l’envers en prime time sur MTV. Goth, baby, goth ! Show me you’re real! Gamines en larmes et boys bands. Raéliens, adventistes du septième jour, mormons, temple solaire. (…) Politiques, marchands du Temple et chanteurs de charme. Tous sur un même niveau. Et chacun son quart d’heure de gloire ».
16:02 Publié dans Livres | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : patrick, eudeline, soucoupes violentes, critique, rock, rock&folk, science-fiction
04.04.2008
William Boyd – Un anglais sous les tropiques

Morgan Leafy est un notable de l’administration britannique à Nkongsamba, capitale du Kinjanja, état fictif d’Afrique Occidentale. Il s’y ennuie profondément, étirant ses journées entre le rangement de son bureau, son goût pour l’alcool, les prostitués africaines et les soirées entre expatriés qui tentent de reproduire les conventions sociales britanniques. Son responsable, M. Fanshawe, le charge de corrompre un médecin anglais, le docteur Murray, pour plaire à M. Adekunlé, le leader politique local qui, selon eux, à toutes les chances de remporter les prochaines élections du pays,.
Ce livre est à la fois drôle, subtil et surtout terriblement ironique. Le pauvre Morgan, anti-héro à l’embonpoint prononcé est attachant. Il se débat, toujours en nage dans la moiteur tropicale, pour se débarrasser d’un cadavre encombrant, aguicher puis repousser les ardeurs de la fille de son supérieur, soudoyer un fonctionnaire britannique…
« Un anglais sous les tropiques » est le premier roman, paru en 1980, de cet auteur, né à Akra dans le futur Ghana. Il y dénonce l’attitude colonialiste des anglais, leur incompréhension devant la montée des autonomistes, leur conception rétrograde de la politique face aux nouveaux responsables politiques africains moins portés sur la corruption, plus malins. On y comprend mieux les mœurs politiques qui ont liés la vieille Europe et certains pays d’Afrique. Extrait :
A présent, il examinait Dalmire debout près de la fenêtre : chemise blanche, short blanc, longues chaussettes beiges et chaussures de marche marron, bien cirées. Encore une chose, décida Morgan, qu’il méprisait chez ce type : son accoutrement affecté de vieux colonial. Vastes shorts, chemises flottantes en cellular et cravate de son collège, étroite et discrètement rayée (…) Morgan détestait le spectacle de ces petits genoux gras passant chacun une tête de nouveau-né chauve et ridée entre l’ourlet du short et le haut des chaussettes.
12:29 Publié dans Livres | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : william, boyd, william boyd, un anglais sous tropiques, extrait, critique, livre
22.03.2008
Harlan Coben - Innocent

"Votre nom est Matt Hunter. Vous avez vingt ans. Vous avez grandi dans une banlieue résidentielle du New Jersey, non loin de Manhattan. (...) Vos parents travaillent dur et vous aiment inconditionnellement. Vous êtes leur deuxième enfant. Vous avez un grand frère que vous idôlatrez et une petite soeur que vous tolérez..." Dès les premières lignes du prologue (ci-dessous en extrait), l'auteur nous scotche à ses pages et on peut facilement comprendre comment il se retrouve régulièrement en tête des best-seller.
Les histoires de cet auteur se ressemblent toutes un peu mais peu importe car, à chaque fois, on se laisse prendre. Ici, un ex-taulard sur la voie de la réhabilitation avec un travail respectable dans un cabinet de juristes, reçoit une vidéo sur son téléphone portable de sa femme dans une chambre d'hotel avec un inconnu qui semble le narguer. Que se passe-t-il? Quel lien avec le collège catholique St Margareth à Newark ?
Pas la peine de minauder: les caractères sont taillés d'un bloc, stéréotypés, les situations prévisibles mais peu importe. Car, on s'abime dans les doutes du personnage central. Accusé d'un homicide involontaire, il a connu la prison. Il se retrouve dans une situation comparable à celle, vécue 15 ans plus tôt. Comment va-t-il réagir? Peut-il réellement se réhabiliter après avoir connu la prison? Ne va-t-il pas replonger, se laisser aller à cogner?
Et, comme à son habitude, il y a l'être aimé, Olivia, loin, perdue, qu'il faudra retrouver sans cesser de croire que sa duplicité avérée est un leurre. On explore les bas-fonds du Nevada, les boites à strip-tease et la description du quotidien de ces danseuses est particulièrement caricaturale (les pauvres filles, comment vont-elles se sortir de là , c'est mal de s'exhiber ainsi...). On sent que le récit, le décor sont déconnectés du réel. Harlan Coben est un auteur en chambre, nourrit aux clichés des séries TV, habile pour ficeler un scénario même si le dénouement final est compliqué, tarabiscoté et peu crédible.
Extrait du prologue :
Vous n'avez jamais eu l'intention de le tuer.
Votre nom est Matt Hunter. Vous avez vingt ans. Vous avez grandi dans une banlieue résidentielle du New Jersey, non loin de Manhattan. Votre quartier ne paie pas de mine, mais la ville elle-même est relativement riche. Vos parents travaillent dur et vous aiment inconditionnellement. Vous êtes leur deuxième enfant. Vous avez un grand frère que vous idolâtrez et une petite sœur que vous tolérez.
Comme tous les gosses du voisinage, vous vous faites du souci pour votre avenir et vous interrogez sur l'université qui va vous accepter. Vous vous appliquez, et vos notes sont bonnes, sinon extraordinaires. Vous avez une moyenne de A moins. Vous n'êtes pas dans les dix premiers, mais tout juste. Vous avez d'honnêtes activités parascolaires ; entre autres, vous exercez la fonction de trésorier du lycée. Vous faites partie à la fois de l'équipe de foot et de celle de basket - vous êtes assez fort pour jouer en troisième division, mais pas suffisamment pour décrocher une bourse. Vous avez légèrement tendance à la ramener et vous ne manquez pas de charme. En termes de popularité, vous vous classez tout de suite après le peloton de tête. Quand vous vous présentez aux tests de sélection qui vont décider de votre cursus universitaire, votre conseiller d'orientation est surpris par vos bons résultats.
Vous visez l'Ivy League, mais à vrai dire vous ne faites pas le poids. Harvard et Yale vous refusent tout net. Penn et Columbia vous placent en liste d'attente. Pour finir, vous entrez à Bowdoin, un petit établissement sélect à Brunswick, dans le Maine. Vous vous y sentez bien. Les classes sont petites. Vous vous faites des amis. Vous n'avez pas de copine attitrée, sans doute parce que vous n'en voulez pas. En deuxième année, vous intégrez l'équipe de foot en tant qu'arrière. En troisième, vous commencez le basket, et maintenant que leur joueur vedette a terminé ses études, vous avez de grandes chances de gagner de précieuses minutes de temps de jeu.
C'est là , en revenant sur le campus entre le premier et le second semestre de cette troisième année de fac, que vous tuez quelqu'un.
Vous passez des vacances délicieusement mouvementées dans votre famille, mais il y a l'entraînement de basket. Vous embrassez donc papa et maman et repartez avec votre meilleur copain et camarade de chambre, Duff. Duff vient de Westchester, dans l'État de New York. Il est trapu, avec des jambes comme des poteaux. Plaqueur droit dans l'équipe de foot, il joue les remplaçants dans celle de basket. C'est le plus gros buveur de tout le campus - il n'a jamais perdu un seul concours de bières.
Vous conduisez.
Duff veut s'arrêter à l'université du Massachusetts, à Amherst. C'est sur le chemin. Un de ses vieux copains de lycée y fait partie d'une confrérie de oufs. Et ils donnent une mégafête.
Vous n'êtes pas très emballé, seulement vous n'êtes pas du style rabat-joie. Vous vous sentez plus à l'aise dans les réunions en petit comité, où vous connaissez tout le monde. Bowdoin compte environ mille six cents étudiants. Amherst, quarante mille. En ce début de janvier, il fait un froid de canard. Le sol est couvert de neige. En entrant dans la maison de la confrérie, vous pouvez voir votre haleine.
Duff et vous jetez vos manteaux sur la pile. Ce geste nonchalant, vous aurez souvent l'occasion d'y repenser dans les années à venir. Si seulement vous aviez gardé votre manteau, si vous l'aviez laissé dans la voiture, si vous l'aviez posé ailleurs...
Mais ça n'a pas été le cas.
La fête est sympa. L'ambiance est chaude, pourtant il y a là quelque chose d'un peu forcé. L'ami de Duff veut que vous passiez tous les deux la nuit dans sa chambre. Vous acquiescez. Vous picolez pas mal - c'est une soirée entre étudiants, non ? -, mais certainement pas autant que Duff. La fête tire à sa fin. À un moment donné, vous allez chercher vos manteaux. Duff a une bière à la main. Il attrape son manteau et le drape par-dessus son épaule.
C'est là qu'il renverse un peu de bière.
Pas beaucoup. Juste une éclaboussure. Ça suffit.
La bière atterrit sur un coupe-vent rouge. C'est l'une des choses dont vous vous souvenez. Dehors, il gèle à pierre fendre, et pourtant quelqu'un est venu avec un simple coupe-vent. L'autre chose qui continuera à vous obséder, c'est qu'un coupe-vent est imperméable. Quelques gouttes de bière risquent difficilement de l'abîmer. Ça ne tache pas, la bière. Il n'y a qu'à rincer un petit coup.
Cependant quelqu'un hurle
- Eh !
Le propriétaire du coupe-vent rouge est un type baraqué, mais pas un colosse. Duff hausse les épaules. Sans s'excuser. Le gars, M. Coupe-Vent Rouge, lui en colle une. Erreur. Car vous savez que Duff a la détente rapide. Dans chaque établissement scolaire, il y a un Duff - celui qu'on n'imagine pas perdre une bagarre.
C'est bien tout le problème. Dans chaque établissement scolaire, il y a un Duff. Et il arrive que votre Duff tombe sur leur Duff à eux.
Vous tentez de vous interposer, de calmer le jeu, mais vous avez affaire à deux excités, imbibés de bibine, qui rougissent et serrent les poings. Un défi est lancé. Vous ne vous rappelez plus qui a fait ça. Tout le monde sort dans la nuit glacée et vous réalisez que vous êtes dans un sacré pétrin. Le gaillard au coupe-vent rouge est avec des potes.
Ils sont huit ou neuf. Vous et Duff êtes seuls. Vous cherchez des yeux le copain de lycée de Duff - Mark ou Mike, vous ne savez plus -, il n'est pas là .
La bagarre démarre aussitôt.
Tête baissée à la façon d'un taureau, Duff fonce sur Coupe-Vent Rouge. Ce dernier s'écarte et le cravate. Il le frappe au visage. Sans lâcher prise, il cogne à nouveau. Puis encore. Et encore.
La tête en bas, Duff s'agite frénétiquement, sans succès. Au bout du septième ou huitième coup, il cesse de s'agiter. Les amis de Coupe-Vent Rouge l'acclament. Duff laisse retomber ses bras.
Vous voulez arrêter ça, seulement vous ne savez pas comment faire. Coupe-Vent Rouge s'acquitte de sa tâche méthodiquement, en prenant son temps, avec de grosses vannes en prime. Ses copains l'encouragent. Des "Oh !" et des "Ah !" saluent chaque torgnole.
Vous êtes terrorisé.
Votre ami se fait tabasser, pourtant c'est votre propre sort qui vous inquiète. Ça vous mortifie. Vous avez envie de faire quelque chose, mais vous avez peur, très peur. Vous êtes incapable de bouger. Vous avez des jambes en coton. Des fourmis dans les bras. Et vous vous en voulez à mort.
Coupe-Vent Rouge met un nouveau coup de poing à Duff, en pleine figure. Puis desserre son étreinte. Duff s'écroule comme un paquet de linge sale. Coupe-Vent Rouge le frappe du pied dans les côtes.
20:48 Publié dans Livres | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : harlan, coben, innocent, critique, livre
12.03.2008
Nik Cohn - Triksta
On parle de Nik Cohn comme de l'inventeur de la critique rock. A 22 ans, il publie Awopbopaloobop Alopbamboom, une analyse de la musique des pionniers, ceux qui ont fait le rock des 60's qui deviendra la bible rock pour certains.

Puis, il collabore régulièrement dans les grands journaux musicaux anglais qui publient ses articles traitant essentiellement de rock, punk et rap. Il est à l'origine du morceau "pinball wizard" ajouté in extremis suite à une remarque faite à Pete Townsend sur l'album Tommy des Who. C'est également un de ses articles publié dans le New-York magazine en 1975 qui servira de scénario au cultissime "saturday night fever" avec John Travolta.
Dans Triksta, l'homme délaisse le rock pour s'intéresser à la bounce de New-Orleans. La bounce? Selon l'auteur: "quand on danse, la bounce est du sexe pur, une musique pour block parties (*), en été par grande chaleur. Le dimanche après-midi, quand la température atteint 45° dans les immeubles et que l'humidité frise les cent pour cent, les DJ font hurler la musique pendant cinq heures d'affilée et les cités deviennent d'immenses mosh pits. Des femmes, belles et grosses, des femmes belles et minces, accaparent l'espace autour des enceintes, prêtes à l'action en short moulant et en débardeur, secouent leur corps jusqu'à ce que vole la sueur et que le béton sous leurs pieds devienne aussi glissant qu'une patinoire".
L'écrivain délaisse sa plume pour s'improviser producteur de cette musique. Il erre dans les quartiers pauvres de la Nouvelle-Orleans, seul blanc au pays des rappeurs. Il découvre un univers d'ultra-violence, de culte du "gangsta", de sexe, d'armes, de drogue, de chaines en or, de grandes gueules. ici, le taux d'homicides est 8 fois supérieur à New-York et plus de la moitié de la population noire vit en dessous du seuil de pauvreté. Des quartiers entiers sont laissés à l'abandon, des "cités transformées en champs de bataille". L'administration est corrompue, les forces de l'ordre ont déserté les lieux et les gangs controlent ces territoires sauvages. C'est dans ce décor moite et dangereux que l'auteur découvre le bounce, rap sensuel qui s'échappe des énormes caissons de baffle des grosses cylindrées ou des "oldsmobile déglinguées" dans la rue.

Nick Cohn est atteint par l'hepatite C. "Ses symptomes et effets secondaires -insomnies, épuisement, psiorasis, vitiligo- n'avaient rien de romantique, pas plus que ses séquelles fréquentes, cyrrhoses et cancer du foie. Il n'y avait aucun profit dramatique à en tirer, simplement des problèmes de gestion quotidienne. Il y avait également quelques compensations. La conscience aiguë que le temps m'était compté m'a obligé à arréter de jouer". (...) "J'ai compris qu'on m'accordait une seconde vie. Peu importait le temps qui me restait, un an, dix ans, vingt ans, je devais me lancer dans la découverte. Ma curiosité, toujours trés grande, est devenue insatiable". C'est cette curiosité qui le pousse à tenter de découvrir de nouveaux artistes, de Slim, Choppa à Junie B, chaque rencontre est l'occasion d'un portrait de ces artistes des rues qui mettent leur vie au service de leur art.
Ce livre est un passionnant témoignage sur une ville, ses habitants, sa musique. Ecrit avec passion, l'auteur se livre, sans fard. Il ne se prend pas pour un grand producteur, il est plein de doutes. Bien décidé à rester fidèle à lui-même, il apparait pour ce qu'il est: un blanc au pays du rap. De ce mélange est né un grand livre, écrit avec les tripes.
Ci-joint une vidéo qui illustre bien ce mouvement:
(*) Les block parties débutèrent à Cedar Park en 1971 ou 72, "un espace vert situé au milieu des immeubles du Bronx. Là , le DJ Kool Herc investit les lieux avec une platine et un système d'amplification sonore assez proche des "sound systems" qui ont fait leur apparition en Jamaïque quelques années plus tôt. Il le branche en piratant le système d'éclairage public local et diffuse des disques des artsites phares de l'époque: James Brown, Sly and the Family Stone, mais aussi the Last Poets.
Kool Herc attire ainsi une population essentiellement composée de jeunes qui viennent danser sur ses morceaux. D'après plusieurs sources, l'idée viendrait de sa soeur qui lui aurait suggéré de venir faire écouter de la musique aux jeunes qui traînaient dans la rue, sans occupation. Cette initiative connait un grand succès et débouche sur ce que l'on va bientôt appeler des "block parties", une expresssion qui peut se traduire par "fête de quartier".
Mais Kool Herc ne se contente pas de faire succéder des disques sur sa platine, il développe des techniques qui vont marquer l'histoire du "deejaying" naissant".
Ce sera la naissance du mouvement hip-hop.
source: dossier d'accompagnement de la conférence/concert du 8/12/07 programmé dans le cadre du jeu de l'ouïe, projet d'éducation artistique des Trans et des Champs Libres - dossier réalisé par Dieynébou Fofana
12:12 Publié dans Livres | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : bounce, hip-hop, choppa, cohn, nik, triksta, critique
08.03.2008
Marc LEVY - Mes amis, mes amours

Bousculons un peu les règles que je m'étais fixé pour parler des livres dans ce blog. Au départ, il s'agit de parler de livre que j'ai lu et aimé, de transmettre l'enthousiasme d'une découverte, de vouloir partager.
Ici, il s'agit d'un livre que je n'ai pas lu. Je l'ai entendu avec les CD audio, excellente initiative qui permet de profiter des longues distances pour continuer à se plonger dans des livres. Mais, la concentration est plus difficile même pour les oeuvres légères comme celle-là . On papillone, on se perd entre les personnages, pense à autre chose, la route, faire le plein, s'arréter manger, Mc Do ou restaurant d'autoroute?
Ensuite, il s'agit d'un livre que je n'ai pas aimé.
L'histoire? Deux amis trentenaires fraichement séparés se retrouvent et décident de vivre sous le même toit dans le quartier français de Londres avec leurs enfants.
Tout donne le sentiment d'avoir été écrit à la va-vite, avec des expressions toutes faites. Il n'y a pas d'histoires, on tourne en rond en suivant les aller et venues des personnages, on tourne en rond, on s'ennuie. Ils se lèvent, s'habillent, déjeunent, amèent leurs enfants à l'école, travaillent, vont chercher leurs enfants à l'école, rient, pleurent, se lèvent, ...
On sent l'auteur en manque d'inspiration. Je l'imagine devant son écran d'ordinateur se creusant la tête pour trouver un scénario original, un début d'histoire. Il virevolte sans savoir par où aller. On se perd dans des dégoulinades de bons sentiment dont l'excès rend l'ensemble du livre indigeste. C'est caricatural, énervant. Un passage à vide d'un auteur habituellement plaisant à lire.
Tout juste m'a-t-il permis de traverser la France en évitant d'écouter d'affilé les 40 flashs infos de France Infos ou les rires niais des radios de jeunes. C'est déjà ça...
15:18 Publié dans Livres | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : levy, marc, mes amis, mes amours
01.02.2008
Dan Brown – Deception point

Ce livre paru aux Etats-Unis en 2001 évite les délires religieux auxquels Dan Brown nous avait habitués avec Da Vinci Code ou Anges et Démons. L’intrigue ici est scientifico-politique, proche de celle d’un Robert Ludlum ou Tom Clancy.
Rachelle Sexton, jeune et brillante membre du NRO (Office National de Reconnaissance) en froid avec son père, sénateur et candidat ambitieux à la présidence des Etats-Unis, est convoquée par la maison blanche.
Au centre de la campagne présidentielle, la NASA pointée du doigt pour ses dépenses outrancières est sur le point d’annoncer l’une des plus grandes découvertes de l’histoire. Avant d’annoncer cette grande nouvelle au monde entier, Herney, le Président des Etats-Unis, missionne Rachelle pour attester la véracité de l’information sur la foi des travaux menés par les scientifiques militaires et de la société civile. Expédiée en Arctique, celle-ci découvrira, au péril de sa vie, qu’il s’agit d’une grosse supercherie.
On retrouve le style qui a rendu populaire cet auteur : des chapitres courts qui se terminent avec un rebondissement, des histoires simultanées, enlacées. On suit le héros, les méchants, un ou deux personnages secondaires et l’ensemble se noue dans un combat final qui verra triompher les forces du bien. C’est caricatural comme les codes de ce type de livre : complot, course poursuite meurtrière, histoire d’amour … Mais, à la façon d’un James Bond, on sait à quoi s’attendre et finalement, malgré quelques longueurs (700 pages tout de même !), cela se lit avec plaisir.
L’histoire est d’autant plus crédible que les explications scientifiques semblent plausibles pour un ignare scientifique comme moi. On imagine l’énorme travail de documentation préalable à l’écriture de ce roman. C’est de la grosse production américaine, honnête, efficace et sans surprise.
Extrait :
Le restaurant Toulos, à proximité de la colline du Capitole, propose un menu politiquement incorrect, où le veau de lait côtoie le carpaccio de cheval, et paradoxal pour un lieu où le tout-Washington se retrouve au petit déjeuner. Ce matin-là , le restaurant était bondé ; on entendait les assiettes et les couverts s'entrechoquer, les machines à espresso siffler, et les téléphones portables sonner sans arrêt.
Le maître d'hôtel sirotait furtivement une gorgée de son bloody mary matinal quand la femme entra ; il se tourna vers elle avec un sourire professionnel.
- Bonjour ! fit-il. Puis-je vous aider ?
Elle était séduisante, âgée d'environ trente-cinq ans, vêtue d'un pantalon de flanelle grise à pinces, d'une veste de tailleur stricte sur un chemisier Laura Ashley en soie ivoire. Elle se tenait très droite. Son menton légèrement relevé, mais sans arrogance, attestait de son assurance.
Sa chevelure châtain clair était coiffée dans le style le plus tendance de Washington, celui de la présentatrice télé : une multitude de boucles cascadait jusqu'à ses épaules. Une coiffure assez longue pour être sexy, mais assez courte pour vous rappeler que vous aviez affaire à une professionnelle intelligente.
- Je suis en retard, fit-elle d'un ton un peu gêné. J'ai rendez-vous avec le sénateur Sexton.
Le maître d'hôtel tressaillit involontairement. Le sénateur Sedgewick Sexton était un habitué du restaurant et l'un des plus célèbres hommes politiques du pays. La semaine précédente, il avait écrasé les douze candidats républicains lors du "Super Tuesday", le jour le plus important des primaires du Parti. Il était donc virtuellement le candidat républicain à la présidence. Nombreux étaient ceux qui pensaient que le sénateur avait de très grandes chances, à l'automne suivant, de ravir la Maison Blanche au Président en place, enlisé dans les difficultés. Ces dernières semaines, on avait vu le visage de Sexton s'étaler sur la plupart des couvertures des grands magazines nationaux, et son slogan de campagne clamait un peu partout dans le pays : "Arrêtons de dépenser sans compter, un sou est un sou !"
- Le sénateur Sexton déjeune dans son box, fit le maître d'hôtel, et vous êtes... ?
- Rachel Sexton, sa fille.
Quel idiot je fais, pensa l'employé. La ressemblance crevait les yeux. Même regard pénétrant, même prestance aristocratique, même air policé réservé à l'élite de vieille souche. Le bon ton qui avait façonné l'allure et les manières du sénateur s'était clairement transmis à sa progéniture, et pourtant Rachel Sexton semblait porter ces dons avec une grâce et une modestie que son père aurait pu imiter.
- Bienvenue au Toulos, mademoiselle Sexton.
En précédant la fille du sénateur à travers la salle à manger, le maître d'hôtel était embarrassé par la multitude de regards masculins qui la suivaient, certains discrets, d'autres plus insistants. Rares étaient les femmes qui prenaient leur petit déjeuner au Toulos et plus rares encore celles qui ressemblaient à Rachel Sexton.
- Elle est bien fichue, chuchota l'un des convives, Sexton s'est déjà trouvé une nouvelle épouse ?
- C'est sa fille, espèce d'idiot ! répliqua son voisin.
L'autre ricana.
- Connaissant Sexton, il serait capable de la baiser quand même si l'envie lui en prenait.
Le mobile collé à l'oreille, le sénateur évoquait à haute voix l'un de ses récents succès. Il jeta un coup d'œil à Rachel avant de tapoter sa montre Cartier d'un petit coup sec pour lui signifier qu'elle était en retard.
Toi aussi tu m'as manqué, songea ironiquement Rachel.
Le vrai prénom de son père était Thomas mais cela faisait bien longtemps qu'il ne se faisait plus appeler que Sedgewick. Rachel le soupçonnait de n'avoir pas pu résister à l'allitération en s : sénateur Sedgewick Sexton, ça sonnait si bien... Sexton était le type même de l'animal politique grisonnant à la langue déliée, aussi persuasif qu'un médecin de famille de feuilleton télévisé, une comparaison appropriée, si l'on songeait Ã






















